Le conservatisme est moins une doctrine qu'une disposition : tenir les institutions, les mœurs et les attachements hérités pour un bien fragile que le changement brutal met en danger. Sur ce site, le courant recouvre aussi la filiation traditionaliste, qui radicalise cette disposition en une remise en cause du monde moderne lui-même.
On peut la lire selon plusieurs lignes de force :
- Le scepticisme envers le progrès : depuis Edmund Burke et sa critique de la Révolution française, le conservatisme fait confiance à l'expérience accumulée des sociétés plutôt qu'aux constructions rationnelles abstraites.
- L'ordre, la transmission, l'enracinement : la famille, la religion, la nation et la culture reçue sont défendues comme conditions de la liberté concrète - de Taine et Renan à Bernanos, Raspail, Finkielkraut ou Zemmour.
- La filiation traditionaliste : avec Guénon (La Crise du monde moderne, 1927) et Evola (Chevaucher le tigre, Les Hommes au milieu des ruines), la critique devient métaphysique : le monde moderne est lu comme le terme d'un processus de dissolution, face auquel il s'agit de tenir.
- La Révolution conservatrice allemande : une famille distincte, née dans l'entre-deux-guerres (Moeller van den Bruck, Ernst Jünger) et cartographiée par Armin Mohler (La Révolution conservatrice en Allemagne 1918-1932, 1950) ; elle cherche une voie nationale et antilibérale sans se confondre avec le traditionalisme.
Dans cette perspective, conserver n'est pas nécessairement refuser tout changement : c'est exiger que le changement respecte ce qui a fait ses preuves.