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Conservatisme culturel
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33
Le conservatisme culturel s'attache à défendre les formes concrètes de la vie commune : la langue, les œuvres, les mœurs, la famille, les traditions locales. Moins doctrinal que le conservatisme politique, il se lit d'abord dans la défense d'une culture transmise. Quelques traits marquants : - **L'enracinement** : *Les Déracinés* de Maurice Barrès décrit le coût de la coupure d'avec la terre natale ; Frédéric Mistral consacre son œuvre (*Mireille*) à la langue et à la culture provençales. - **Les mœurs et la famille** : le courant voit dans la famille et les usages hérités des cadres de transmission qui ne peuvent être remplacés par le seul droit ou par le marché. - **La transmission scolaire et culturelle** : la question de ce qui est transmis, et de ce qui ne l'est plus, en est un motif récurrent. Son intuition de fond : une culture ne se décrète pas, elle se reçoit et se transmet.
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Conservatisme et Traditionalisme
Éléments
97
Le conservatisme est moins une doctrine qu'une disposition : tenir les institutions, les mœurs et les attachements hérités pour un bien fragile que le changement brutal met en danger. Sur ce site, le courant recouvre aussi la filiation traditionaliste, qui radicalise cette disposition en une remise en cause du monde moderne lui-même. On peut la lire selon plusieurs lignes de force : - **Le scepticisme envers le progrès** : depuis Edmund Burke et sa critique de la Révolution française, le conservatisme fait confiance à l'expérience accumulée des sociétés plutôt qu'aux constructions rationnelles abstraites. - **L'ordre, la transmission, l'enracinement** : la famille, la religion, la nation et la culture reçue sont défendues comme conditions de la liberté concrète - de Taine et Renan à Bernanos, Raspail, Finkielkraut ou Zemmour. - **La filiation traditionaliste** : avec Guénon (La Crise du monde moderne, 1927) et Evola (Chevaucher le tigre, Les Hommes au milieu des ruines), la critique devient métaphysique : le monde moderne est lu comme le terme d'un processus de dissolution, face auquel il s'agit de tenir. - **La Révolution conservatrice allemande** : une famille distincte, née dans l'entre-deux-guerres (Moeller van den Bruck, Ernst Jünger) et cartographiée par Armin Mohler (La Révolution conservatrice en Allemagne 1918-1932, 1950) ; elle cherche une voie nationale et antilibérale sans se confondre avec le traditionalisme. Dans cette perspective, conserver n'est pas nécessairement refuser tout changement : c'est exiger que le changement respecte ce qui a fait ses preuves.
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Critique de la modernité et du progrès
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68
La critique de la modernité et du progrès interroge une promesse : l'évolution technique, économique ou sociale rendrait nécessairement la vie meilleure. Les auteurs réunis ici ne forment pas une école. Ils examinent les pertes, les dépendances ou les formes de domination que cette promesse peut masquer, depuis des positions parfois opposées. Une première ligne porte sur la technique et la consommation. Jacques Ellul analyse l'autonomie du système technicien ; Ivan Illich cherche les limites au-delà desquelles les institutions desservent ceux qu'elles prétendent aider. Guy Debord et Jean Baudrillard interrogent la place des marchandises, des images et des signes dans la vie sociale. Une autre ligne vise la croyance au progrès elle-même. Les Illusions du progrès de Georges Sorel en conteste les justifications ; Christopher Lasch et Jean-Claude Michéa confrontent les promesses d'émancipation aux liens et aux expériences des sociétés ordinaires. La sortie de la religion relève de la même interrogation : Marcel Gauchet distingue la persistance des croyances individuelles du recul de la religion comme principe d'organisation de la société ; dans l'*Essai sur le catholicisme, le libéralisme et le socialisme*, Donoso Cortés oppose au doute libéral l'autorité du catholicisme. Spengler oppose au récit linéaire une lecture cyclique des civilisations. Le diagnostic de déclin prolonge cette lecture : *Le Déclin de l'Occident* en reste le modèle ; David Engels (*Que faire ? Vivre avec le déclin de l'Europe*) et Guillaume Faye (*L'Occident comme déclin*) le confrontent à l'actualité européenne. Ces critiques ne donnent ni le même diagnostic ni les mêmes réponses. Le regroupement permet de lire ensemble ces objections sans confondre critique de la technique, critique sociale et refus du progressisme. Une œuvre peut y être étudiée pour une question qu'elle soulève, sans que son auteur soit présenté comme membre d'une doctrine unique.
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École autrichienne
Éléments
10
L'école autrichienne est une tradition d'économistes née à Vienne à la fin du XIXe siècle avec Carl Menger, développée en exil par Ludwig von Mises et Friedrich Hayek, puis prolongée aux États-Unis par Murray Rothbard. Elle explique les phénomènes économiques à partir de l'action individuelle plutôt que de grandeurs collectives. Trois idées en font l'unité : - **L'individualisme méthodologique et la praxéologie** : dans *L'Action humaine*, Mises fonde l'économie comme science de l'action humaine - les choix, les préférences et les calculs des individus, et non les modèles agrégés, en sont le point de départ. - **Le processus de marché contre la planification** : Mises, puis Hayek, soutiennent que les prix condensent une information dispersée qu'aucune planification centrale ne peut rassembler. Hayek expose cet argument dans The Use of Knowledge in Society (1945) ; La route de la servitude (1944) porte sur les risques politiques de la planification. - **La monnaie et l'ordre spontané** : de la théorie mengerienne de l'origine de la monnaie aux cycles économiques provoqués par le crédit artificiel, l'école voit l'ordre social comme le résultat d'actions humaines et non d'un dessein humain. Cette tradition a nourri, au-delà de l'économie, une philosophie politique : chez Rothbard, elle débouche sur une défense radicale de la propriété et du marché libre. Pour cette école, la liberté économique n'est pas un système parmi d'autres : c'est la condition de la coordination pacifique de millions de décisions individuelles.
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Études des civilisations
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13
Les études des civilisations prennent les grandes cultures pour unité d'analyse, plutôt que les seuls États. Deux approches se partagent ce champ. La morphologie des civilisations, de Spengler à Toynbee, décrit chaque civilisation comme un ensemble organique qui naît, s'épanouit et décline selon un rythme propre, avec son style, ses symboles et son âme. La géopolitique des civilisations, illustrée par Huntington, lit les conflits contemporains aux failles entre ces grandes aires. Ce courant réunit les deux approches. Ses fondateurs : - **Spengler** : *Le Déclin de l'Occident* compare les civilisations à des organismes vivants et annonce la phase crépusculaire de la culture européenne. - **Toynbee** : son œuvre monumentale décrit la genèse, la croissance et la désintégration des civilisations en réponse aux défis qu'elles rencontrent. - **Danilevski** : *La Russie et l'Europe* (1869) affirmait déjà l'existence de types civilisationnels distincts, dont un type slave. - **Huntington** : *Le Choc des civilisations* (1996) transpose cette grille aux conflits de l'après-guerre froide, en réponse à la « fin de l'histoire » de Francis Fukuyama, son ancien étudiant. Feliks Koneczny (*De la pluralité des civilisations*), Ernst Jünger, Ortega y Gasset (*Une méditation sur l'Europe*) et David Engels prolongent cette tradition pour l'Europe contemporaine. À distinguer de la géopolitique réaliste, qui raisonne en rapports de puissance entre États, et du courant Décadence et déclin civilisationnel, qui porte le diagnostic du déclin occidental actuel.
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Études postcoloniales
Éléments
1
Fanon, Said, Césaire, Mbembe, colonialisme
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Existentialisme
Éléments
10
L'existentialisme est le courant qui part de l'existence concrète de l'individu : sa liberté, sa finitude, sa responsabilité, son angoisse. Il connaît une forte diffusion en France autour de Sartre. Camus partage plusieurs de ses questions, tout en refusant l'étiquette existentialiste. Ses thèmes majeurs : - **La liberté assumée** : chez Sartre, l'homme est « condamné à être libre » : aucune nature humaine ne décide à sa place de ce qu'il doit être. - **L'absurde et la révolte** : *L'Homme révolté* d'Albert Camus fait de la révolte la réponse à un monde sans sens donné, et mesure le prix des idéologies qui promettent de le combler. - **L'existence en face de la mort** : de Heidegger à Irvin Yalom, la conscience de la finitude devient un instrument de lucidité, y compris thérapeutique. La liberté n'y signifie pas l'absence de contraintes : elle désigne la responsabilité de se situer et d'agir sans pouvoir remettre entièrement son choix à une règle ou à une autorité extérieure.
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Gaullisme
Éléments
7
Le **gaullisme** est le courant politique issu de l'action et de l'œuvre de Charles de Gaulle : la souveraineté nationale, un État républicain fort, et l'idée que la France n'existe pleinement que dans son rang. Né du refus de l'effondrement de 1940, il a structuré la Ve République et demeure une référence disputée de la vie politique française. Trois directions s'y distinguent : - **L'appel et la Résistance** : l'appel du 18 juin 1940 fonde une légitimité politique sur le refus ; les *Mémoires de guerre* (1954-1959) en donnent le récit et la doctrine. - **L'État et les institutions** : du discours de Bayeux (1946) à la Constitution de 1958, un exécutif fort au service de la stabilité républicaine ; *Le Fil de l'épée* (1932) et *Vers l'armée de métier* (1934) portent déjà cette réflexion sur le commandement et l'État. - **L'indépendance nationale** : force de dissuasion, retrait du commandement intégré de l'OTAN (1966), politique du rang ; les *Mémoires d'espoir* (1970-1971) prolongent « une certaine idée de la France ».
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Géopolitique réaliste
Éléments
20
La géopolitique réaliste lit l'histoire et les relations internationales à travers les rapports de force : territoires, empires, ressources, ambitions. Elle s'intéresse moins aux intentions déclarées qu'aux intérêts permanents et aux contraintes de l'espace. Trois entrées la définissent : - **L'espace comme grammaire** : *Géographie politique et géopolitique. Une grammaire de l'espace politique* donne à l'analyse des territoires une méthode ; Jacques Bainville et Bernard Lugan ont fait de cette lecture géographique une école française. - **La guerre et la stratégie** : *De la guerre* de Clausewitz et les analyses de Raymond Aron permettent d'articuler les moyens militaires aux objectifs politiques. - **La dynamique des empires** : les travaux de Niall Ferguson sur les empires et de Raymond Aron sur les relations internationales éclairent les ressources et les limites de la puissance. Cette approche est d'abord un instrument de lucidité : comprendre le monde tel qu'il est avant de juger ce qu'il devrait être.
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Historiens et pensée de longue durée
Éléments
24
Ce courant regroupe les historiens qui placent le temps long au centre de leur méthode : sous les événements, ils cherchent les structures lentes, démographiques, climatiques, familiales ou civilisationnelles, qui expliquent le cours des sociétés. Fernand Braudel en est la figure tutélaire. Quelques voies de recherche : - **Les structures élémentaires** : Emmanuel Todd lit l'histoire à travers les systèmes familiaux ; Fustel de Coulanges montrait déjà, dans *La Cité antique*, le poids des croyances sur les institutions. - **La grande histoire comparée** : *Mahomet et Charlemagne* de Henri Pirenne relie la fin de l'Antiquité à l'expansion de l'islam ; John Iliffe et Kyle Harper appliquent la même ambition à l'Afrique et à la chute de Rome. - **La synthèse accessible** : Yuval Noah Harari et David Engels prolongent cette histoire de grande ampleur pour un lectorat plus large. La comparaison de sociétés éloignées permet ici de relier un événement à des transformations qui le précèdent de plusieurs générations.
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Humanisme classique
Éléments
13
L'humanisme classique place l'homme, sa formation et son jugement au centre de la culture : lire les Anciens, exercer sa raison, devenir meilleur par les lettres. De la Renaissance aux grandes figures littéraires françaises, il défend une idée de l'éducation comme libération intérieure. Trois thèmes se dégagent : - **Montaigne** : les *Essais* inventent une forme de pensée qui s'examine elle-même, sceptique sur les certitudes, attentive à l'expérience. - **La lecture des Anciens** : l'humanisme de la Renaissance retrouve dans les textes antiques des ressources pour penser l'éducation, les mœurs et la vie publique. - **L'éducation du jugement** : chez Montaigne, lire et comparer ne visent pas à accumuler des citations, mais à apprendre à juger. Le savoir reçu doit être confronté à l'expérience. À l'heure des savoirs fragmentés, ce courant rappelle que la culture n'est pas un stock d'informations mais une manière d'habiter le monde.
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Identitarisme
Éléments
59
L'identitarisme place l'identité collective, européenne, nationale ou régionale, au centre de la réflexion politique. Ce courant considère que les peuples ont une continuité historique, culturelle et démographique dont la préservation constitue un objectif politique. Ses principaux thèmes : - **Le droit à la différence des peuples** : héritée de la Nouvelle Droite, l'idée que chaque peuple possède une identité qu'il est en droit de défendre (Alain de Benoist, Guillaume Faye, *L'Archéofuturisme*). - **La démographie comme enjeu politique** : la transformation des populations européennes par l'immigration est lue comme un changement de peuplement ; *Le Grand Remplacement et la Grande Déculturation* de Renaud Camus et *L'étrange suicide de l'Europe* de Douglas Murray en sont les textes de référence. - **L'action militante** : les organisations identitaires donnent à ces thèmes une forme militante. Dans cette perspective, l'identité n'est pas un sentiment privé mais un bien commun qui se défend collectivement. Le roman *Le Camp des saints* de Jean Raspail figure parmi les références littéraires mobilisées par ce courant autour des thèmes de l'immigration et de la continuité européenne.
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Libéralisme classique et moderne
Éléments
61
Le libéralisme classique est la tradition politique qui fait de la liberté individuelle le principe premier de l'ordre social : droits naturels, propriété, limitation de la puissance publique. De Locke et Montesquieu à Tocqueville, Hayek et Rawls, il traverse trois siècles de pensée politique. Ses grands thèmes : - **Les droits contre le pouvoir** : la défense des libertés face à l'autorité, de l'*Aréopagitica* de John Milton aux traités du gouvernement civil de Locke. - **L'État limité** : chez Montesquieu, puis dans *De la démocratie en Amérique* de Tocqueville, les institutions encadrent le pouvoir plutôt qu'elles ne le concentrent. - **La liberté débattue** : Isaiah Berlin distingue liberté négative et liberté positive (*Deux concepts de la liberté*) ; John Rawls repense la justice comme équité (*A Theory of Justice*) ; Hayek et Mises rattachent la liberté politique à la liberté économique. Cette tradition n'est pas un bloc : ses propres auteurs en disputent les frontières, du libéralisme égalitaire de Rawls au libéralisme économique de Hayek.
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Libertarianisme
Éléments
26
Le libertarianisme radicalise la défense libérale de la liberté individuelle et des droits de propriété. Ses auteurs contestent la légitimité des contraintes imposées par l'État au-delà de la protection des personnes et de leurs biens. Le courant contemporain s'est développé notamment aux États-Unis, avec des liens importants avec l'école autrichienne d'économie. Ses formulations principales : - **L'État minimal** : dans *Anarchy, State, and Utopia*, Robert Nozick défend un État veilleur de nuit, limité à la sécurité et aux contrats ; toute redistribution forcée y est une violation des droits. - **La critique de la démocratie** : Hans-Hermann Hoppe (*Démocratie, le dieu qui a échoué*) compare la gestion monarchique et démocratique du pouvoir, pour défendre une société de propriété privée plutôt qu'une autorité publique permanente. - **Le héros créateur** : chez Ayn Rand (*La Source vive*), l'indépendance du créateur et la poursuite de ses propres fins s'opposent à l'exigence de sacrifice au collectif. L'objectivisme de Rand partage avec les libertariens la défense des droits individuels, sans se confondre avec toutes leurs doctrines. Murray Rothbard a donné à ce courant sa forme anarcho-capitaliste : un ordre entièrement fondé sur la propriété et le contrat, sans État du tout.
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Lumières et contractualisme
Éléments
10
Ce courant rassemble la pensée politique des Lumières : l'idée que la légitimité de l'ordre politique peut être interrogée par la raison, plutôt que reçue de la seule tradition. Les théories du contrat cherchent notamment à expliquer ce qui autorise des individus à vivre sous un pouvoir commun. De Hobbes à Kant, c'est la matrice de la politique moderne. Ses textes fondateurs : - **Le Léviathan** : chez Hobbes (1651), les hommes sortent de la guerre de tous contre tous en déléguant leur force à un souverain. - **Le contrat social** : chez Rousseau (1762), la légitimité vient de la volonté générale ; le peuple ne s'aliène qu'à lui-même. - **L'esprit des lois** : chez Montesquieu (1748), la liberté politique exige la séparation des pouvoirs et l'attention aux formes concrètes des gouvernements. Kant donne à cet ensemble son horizon : l'émancipation de l'homme par l'usage public de sa raison.
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National-conservatisme
Éléments
12
Le national-conservatisme conjugue deux fidélités : celle de la nation, cadre souverain de la vie politique, et celle de la tradition, socle culturel et moral de la société. Il se définit contre le libéralisme mondialisé autant que contre la gauche multiculturaliste. Ses marqueurs contemporains : - **La nation menacée** : *Le Suicide français* d'Éric Zemmour lit un demi-siècle d'histoire de France comme une série de renoncements ; *La France n'a pas dit son dernier mot* en prolonge le constat. - **L'Europe des nations** : Christoph Blocher en Suisse incarne une voie national-conservatrice européenne, attachée à l'indépendance et à la démocratie directe. - **Le constat occidental** : Douglas Murray décrit une Europe qui doute d'elle-même ; Jean-Marie Le Pen a porté cette sensibilité sur la scène politique française pendant des décennies. Ce courant se distingue du nationalisme pur par l'importance qu'il accorde aux mœurs, à la religion et à la continuité historique.
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Nationalisme
Éléments
41
Le nationalisme est le courant qui fait de la nation le cadre politique central : un peuple constitué en corps collectif, maître de son territoire, de ses frontières et de sa destinée. Il se décline en de nombreuses familles, de l'héritage romantique aux doctrines françaises du XXe siècle. Ses principaux thèmes : - **La nation comme fait historique** : les *Discours à la nation allemande* de Fichte en donnent une formulation fondatrice ; les travaux d'Anthony Smith (*The Ethnic Origins of Nations*) en explorent les racines culturelles. - **La souveraineté et la décision** : chez Carl Schmitt, le politique suppose un corps capable de se distinguer et de décider. - **La nation en débat** : de Pierre Boutang à Pierre-André Taguieff, en passant par Jean-Yves Le Gallou, la définition de la nation, civique ou culturelle, héritée ou voulue, traverse toute la réflexion française contemporaine. Sur ce site, ce courant voisine avec le souverainisme, le national-conservatisme et l'identitarisme sans s'y confondre : il porte sur la nation comme cadre et comme concept, tandis que l'identitarisme porte sur une mouvance militante contemporaine.
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Nationalisme intégral
Éléments
11
Le nationalisme intégral est la doctrine formulée par Charles Maurras et l'Action française : la nation est la condition première de toute civilisation, et sa défense commande l'ordre politique entier, de l'État à la culture. Monarchique, antiparlementaire et positiviste, il prétend tirer ses conclusions d'une « politique d'abord » fondée sur l'expérience. Ses textes de référence : - **Les fondements** : *Mes Idées Politiques* rassemble l'essentiel de la doctrine maurrassienne : monarchie héréditaire, décentralisation, antimarxisme et défense de l'ordre français. - **L'empirisme organisateur** : dans *Trois idées politiques*, Maurras confronte les héritages de Chateaubriand, de Michelet et de Sainte-Beuve ; il oppose aux passions romantiques et démocratiques un ordre tiré de l'expérience historique. - **La transmission** : Léon de Montesquiou et l'Action française ont diffusé cette doctrine dans la droite française du premier XXe siècle. Ce courant est une étape incontournable de l'histoire des droites françaises, par son influence comme par les ruptures qu'il a provoquées.
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Neo-Reaction (NRx)
Éléments
19
La pensée néoréactionnaire, ou **NRx** (*Neoreaction*), est une approche politique et philosophique qui remet en question les fondements de la démocratie moderne. Elle part notamment de l'idée que les démocraties contemporaines tendent structurellement vers l'expansion de l'État, l'égalitarisme et le progressisme. Ses principaux axes de réflexion incluent : - **La critique de la démocratie** : s'appuyant notamment sur des auteurs comme Curtis Yarvin et Hans-Hermann Hoppe, la pensée néoréactionnaire considère que les mécanismes démocratiques contemporains favorisent l'extension continue de l'État et un déplacement idéologique vers la gauche et le progressisme. - **La hiérarchie et les élites** : la NRx remet en cause l'idéal égalitaire moderne et considère les hiérarchies comme une réalité naturelle des sociétés humaines. Elle s'intéresse notamment à la question de la protection des individus les plus compétents, productifs ou créateurs contre ce qui peut être interprété, dans une perspective nietzschéenne, comme une « revanche des faibles » ou une domination de la morale égalitaire. - **La souveraineté et l'efficacité** : la pensée néoréactionnaire explore des formes alternatives d'organisation politique : monarchie, gouvernance entrepreneuriale, États dirigés comme des entreprises ou modèle du **patchwork**, dans lequel une multitude de juridictions souveraines et concurrentes remplaceraient les grands États centralisés. Dans cette perspective, les individus pourraient davantage **« voter avec leurs pieds »**, en choisissant de vivre dans la juridiction correspondant le mieux à leurs valeurs, leurs intérêts ou leurs préférences politiques. En somme, la pensée néoréactionnaire cherche à imaginer des systèmes politiques dans lesquels la compétence, la technique, la reconnaissance des inégalités réelles et une gouvernance plus entrepreneuriale remplaceraient en partie le dogme égalitaire et les mécanismes de la démocratie représentative moderne.
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Nouvelle Droite
Éléments
27
La Nouvelle Droite est une mouvance intellectuelle française née à la fin des années 1960 autour du GRECE et d'Alain de Benoist. Elle a choisi de renouveler la pensée de droite par le travail culturel et métapolitique - revues, colloques, ouvrages - plutôt que par l'engagement partisan direct. Trois axes structurent cette démarche : - **La métapolitique** : convaincue que le pouvoir politique découle du pouvoir culturel, la Nouvelle Droite s'inspire de la stratégie de Gramsci pour mener sur le terrain des idées un combat de longue haleine, à travers des revues comme *Éléments* ou *Nouvelle École*. - **La critique du libéralisme et de l'égalitarisme** : de *Vu de droite* à *Contre le libéralisme*, Alain de Benoist conteste l'individualisme moderne et la primauté de l'économie, qu'il considère comme dissolvants pour les communautés humaines. - **Les identités et l'Europe** : la mouvance défend le droit des peuples à la différence et réfléchit à une Europe pensée comme civilisation, en relisant ses traditions les plus anciennes - y compris, chez de Benoist, son héritage païen. Cette constellation a produit des prolongements variés : l'archéofuturisme de Guillaume Faye, qui propose de concilier traditions et technoscience ; la figure du « samouraï d'Occident » de Dominique Venner ; les travaux de Pierre Vial, Giorgio Locchi ou François Bousquet. Fondé en 1968 autour d'Alain de Benoist, le GRECE demeure l'organisation matrice de cette mouvance ; les revues Éléments et Nouvelle École en portent encore la réflexion.
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Pensée classique et antique
Éléments
32
La philosophie antique se présente comme un art de vivre autant que comme un savoir : interroger le monde, gouverner sa vie, tenir son rôle dans la cité. D'Épicure à Cicéron et Marc Aurèle, ses textes sont lus depuis vingt siècles comme des manuels de sagesse pratique. Quelques fils conducteurs : - **La sagesse comme exercice** : chez Épicure (*Lettre à Ménécée*) comme chez les stoïciens, la philosophie se pratique au quotidien. - **Le devoir et la cité** : *Des Devoirs* de Cicéron et *Le Prince* de Machiavel pensent l'action publique, entre exigence morale et lucidité politique. - **La réception sans fin** : de Virgile (*L'Énéide*) aux *Essais* de Montaigne, chaque époque se reconstruit en relisant les Anciens. Lire les classiques, c'est moins remonter le temps que vérifier ce qui, de l'expérience humaine, n'a pas changé.
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Pensée religieuse et spirituelle
Éléments
15
Ce courant réunit les réflexions sur la religion comme fait humain et comme expérience : la foi, la métaphysique, la place du sacré dans la cité. Il accueille aussi bien la philosophie chrétienne que l'examen critique ou comparé des spiritualités. Trois directions s'y distinguent : - **La philosophie chrétienne** : Étienne Gilson et Jacques Maritain ont montré au XXe siècle que la tradition de Thomas d'Aquin pouvait dialoguer avec la philosophie moderne sans s'y dissoudre. - **Le pouvoir et le religieux** : *Théorie du pouvoir politique et religieux* interroge le lien entre autorité civile et autorité spirituelle, question centrale de la tradition contre-révolutionnaire. - **La vie intérieure** : Gustave Thibon pense l'expérience spirituelle dans un cadre chrétien ; *Waking Up* explore une voie de méditation sans adhésion religieuse. Ce courant voisine avec la théologie chrétienne, plus strictement doctrinale : il s'ouvre ici à la comparaison des expériences spirituelles.
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Pensée scientifique et rationaliste
Éléments
29
Ce courant défend la primauté de la méthode scientifique et de la raison empirique dans l'examen du monde, y compris sur les terrains où la religion et l'idéologie prétendent trancher. De Popper à Dawkins, il réunit des esprits attachés à la preuve et à la réfutabilité. Ses lignes de force : - **La démarche critique** : chez Karl Popper, une théorie n'est scientifique que si elle peut être réfutée ; Jacques Bouveresse défend en France cette exigence de clarté contre les impostures du discours. - **Le fait religieux examiné** : Émile Durkheim en fait un objet de sociologie ; Sam Harris (*The End of Faith*) soumet les croyances à la critique ; les travaux de Richard Dawkins, dont *The Selfish Gene*, portent la réflexion vers les mécanismes de l'évolution. - **L'anthropologie de terrain** : Bronislaw Malinowski fonde l'observation participante, preuve que la méthode change la connaissance. Ces approches ne se confondent pas avec le scientisme, qui prétend faire de la science la réponse à toute question. Leur point commun est de demander quelles observations et quels arguments peuvent soutenir une proposition.
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Phénoménologie
Éléments
5
La phénoménologie est le courant qui propose de revenir « aux choses mêmes » : décrire l'expérience vécue telle qu'elle se donne à la conscience, avant toute théorie. Fondée par Husserl au début du XXe siècle, elle a nourri une grande part de la philosophie continentale. Deux approches en montrent la portée : - **Heidegger** : *Être et Temps* (1927) transforme la méthode phénoménologique en interrogation sur l'être et sur la condition humaine, faite de souci, de finitude et de projet. - **Max Scheler** : il applique la phénoménologie aux valeurs, aux sentiments et à la personne, ouvrant la voie à une anthropologie philosophique. Cette méthode de description attentive a irrigué l'existentialisme, l'herméneutique et une part des sciences humaines contemporaines.
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Philosophie contemporaine et éthique
Éléments
18
Ce courant regroupe des réflexions modernes et contemporaines de philosophie pratique : la réflexion sur la justice, le bonheur, les vertus et la vie bonne, menée dans le langage de notre temps. D'Alain à Michael Sandel, elle dialogue avec les Anciens sans jargon de chapelle. Quelques orientations : - **L'éthique du quotidien** : les *Propos sur le bonheur* d'Alain et les réflexions de Jankélévitch ou d'André Comte-Sponville traitent la morale comme un art de vivre. - **La justice en débat** : avec *Le Libéralisme et les limites de la justice* et *Justice*, Michael Sandel discute la philosophie de Rawls et défend une place pour les appartenances communautaires. - **La politique relue par la philosophie** : Marcel Gauchet et Pierre Manent prolongent la réflexion sur la démocratie, la religion et la nation. C'est une philosophie de discussion : moins de systèmes achevés que de questions tenues ouvertes.
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Philosophie franco-allemande
Éléments
29
Ce courant désigne le va-et-vient philosophique entre l'Allemagne et la France, de Husserl et Heidegger à Sartre, Foucault et Derrida. La France y a relu l'Allemagne, de Kojève commentant Hegel dans les années 1930 à la « French Theory » exportée aux États-Unis. Trois moments marquent cette trajectoire : - **La leçon de Hegel et de la phénoménologie** : les cours d'Alexandre Kojève (*Introduction à la lecture de Hegel*) et l'œuvre de Martin Heidegger fixent le cadre dans lequel toute une génération française va penser. - **L'existentialisme et ses suites** : Sartre et Camus portent la philosophie dans la cité, avant que le structuralisme et le post-structuralisme ne déplacent la question du sujet vers les structures (Lacan, Barthes). - **L'analyse des pouvoirs** : avec Foucault (*Surveiller et punir*, *Histoire de la sexualité*), la philosophie devient enquête sur les institutions, les normes et les savoirs. C'est cette conversation franco-allemande qui a fourni une grande part du vocabulaire philosophique du XXe siècle.
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Pragmatisme
Éléments
6
Le pragmatisme est une tradition philosophique née aux États-Unis, née avec William James et Charles Sanders Peirce : le sens d'une idée se précise par ses conséquences pratiques, et la connaissance se construit dans l'enquête. John Dewey l'a prolongée en philosophie de l'éducation et de la démocratie, Richard Rorty en critique du rationalisme absolutiste. Ses traits essentiels : - **Les idées à l'épreuve** : le sens d'une idée s'éclaire par les conséquences qu'elle produit dans l'expérience ; l'enquête permet de la corriger. - **L'anti-dogmatisme** : contre les systèmes fermés, le pragmatisme préfère l'enquête, l'expérimentation et la révision permanente. Ce courant reste une matrice de la vie intellectuelle américaine et une alternative discrète aux grandes métaphysiques européennes.
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Révolution conservatrice
Éléments
9
La **Révolution conservatrice** désigne la mouvance intellectuelle qui, dans l'Allemagne de l'entre-deux-guerres, rejette à la fois le libéralisme, le marxisme et le conservatisme parlementaire, au nom d'une refonte nationale et autoritaire de l'État et de la société. L'historien Armin Mohler en a dressé la cartographie dans *La Révolution conservatrice en Allemagne 1918-1932* (1950), l'ouvrage qui a fixé le nom et les limites de cette famille. Ses principaux axes incluent : - **Une troisième voie nationale** : contre le marxisme comme contre le capitalisme libéral, Arthur Moeller van den Bruck (*Le Troisième Reich*, 1923) et Oswald Spengler (*Prussianité et socialisme*, 1919) revendiquent un « socialisme » national et prussien fondé sur la discipline et la communauté plutôt que sur la lutte des classes. - **La mobilisation comme modèle social** : chez Ernst Jünger (*Le Travailleur*, 1932), la figure du Travailleur prolonge l'expérience du front de 1914-1918 : une société organisée selon le modèle de la mobilisation totale, par-delà classes et partis. - **Une histoire constituée après coup** : c'est Mohler qui, après 1945, rassemble sous ce nom des auteurs très divers ; Carl Schmitt est souvent rangé dans la mouvance par l'historiographie, mais son parcours demeure singulier, et Julius Evola n'en est qu'une périphérie italienne, son foyer propre étant le Traditionalisme métaphysique. Lire la Révolution conservatrice, c'est comprendre comment une partie de la droite européenne a pensé la crise de la démocratie libérale entre les deux guerres, et ce que ses thèmes (peuple, empire, travailleur, décision) ont légué aux droites radicales ultérieures.
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Romantisme critique
Éléments
9
Le romantisme critique désigne la veine de la philosophie qui conteste la toute-puissance de la raison au nom de la vie, de la volonté, de l'art et de l'instinct. Schopenhauer et Nietzsche en sont les grandes voix : contre l'optimisme rationaliste, ils réhabilitent les forces profondes de l'existence. Ses jalons : - **Le monde comme volonté** : *Le Monde comme volonté et comme représentation* de Schopenhauer décrit une réalité mue par un vouloir-vivre aveugle, que l'art et la compassion apaisent. - **La naissance de l'art tragique** : dans *La Naissance de la tragédie*, Nietzsche oppose l'apollinien et le dionysiaque, et fait de la tragédie grecque une réponse artistique à la souffrance de l'existence. - **La critique des valeurs** : *Le Gai Savoir* et *La Généalogie de la Morale* examinent la généalogie de nos morales et appellent à une réévaluation. Ce courant a irrigué la littérature, la psychanalyse et la philosophie du XXe siècle : il rappelle que l'homme n'est pas seulement un animal raisonnable.
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Socialisme et Anarchisme
Éléments
46
Ce courant rassemble les traditions qui contestent l'ordre capitaliste au nom de l'égalité : socialisme, communisme, anarchisme. De Marx et Proudhon à Bourdieu et Piketty, il constitue un ensemble de lectures critiques de la modernité économique. Plusieurs lignes le composent : - **La critique du capital** : Marx analyse la marchandise, l'exploitation et le fétichisme ; *Capital et idéologie* de Thomas Piketty prolonge cette enquête avec les moyens de la statistique contemporaine. - **La propriété et l'État** : Proudhon, pour qui « la propriété, c'est le vol », et Bakounine opposent à l'État et au capital des formes fédéralistes d'auto-organisation. - **L'action directe** : dans les *Réflexions sur la violence* (1908), Georges Sorel fait de la grève générale le mythe mobilisateur du syndicalisme révolutionnaire, contre la conquête du pouvoir par les partis. - **La culture et la domination** : Gramsci théorise l'hégémonie, Bourdieu analyse la reproduction sociale, Clouscard et Marcuse (*L'Homme unidimensionnel*) critiquent la consommation : la domination se joue aussi dans les esprits. L'opposition entre conquête du pouvoir d'État et organisation autonome de la société traverse ces traditions. Leur critique commune du capitalisme ne supprime pas leurs désaccords sur la propriété, la révolution et les institutions à construire.
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Sociologie classique
Éléments
7
La sociologie classique naît à la fin du XIXe siècle, quand Durkheim et Weber font de la société un objet de science : faits sociaux, solidarité, religion, rationalisation du monde. Elle fournit les concepts de base avec lesquels on pense encore la modernité. Deux approches fondatrices : - **Durkheim** : les faits sociaux s'imposent aux individus ; la cohésion repose sur des croyances et des rites partagés, dont la religion est la forme première. - **Weber** : la modernité occidentale est un processus de rationalisation et de désenchantement du monde, dont l'éthique protestante donne un exemple décisif. Ce courant est une boîte à outils commune : les courants les plus opposés du site en utilisent les concepts.
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Souverainisme
Éléments
57
Le souverainisme est un courant politique français transversal qui fait de la souveraineté - nationale, populaire, parfois monétaire - la condition première de la liberté collective. Il s'est structuré face à l'intégration européenne, à la mondialisation économique et au poids croissant des juridictions et des marchés supranationaux. Ses principaux thèmes : - **La nation comme cadre de la vie politique** : s'appuyant notamment sur des auteurs comme Pierre Manent et Carl Schmitt (*Théologie politique*), le souverainisme considère que la démocratie n'existe que dans un corps politique délimité, capable de décider en dernier ressort. - **La critique de la construction européenne** : de Philippe de Villiers à Nicolas Dupont-Aignan et Jean-Yves Le Gallou (*Populicide*), le courant reproche à l'Union européenne les transferts de compétences opérés sans débat démocratique véritable. - **Le peuple contre les élites** : le souverainisme partage avec le populisme l'idée que les gouvernants se sont coupés des gouvernés ; des journalistes comme Natacha Polony, Ivan Rioufol ou Charlotte d'Ornellas en portent les thèmes dans le débat public. Dans cette perspective, la frontière n'est pas une nostalgie mais un instrument : celui qui permet à un peuple de choisir ses lois, sa monnaie et sa politique.
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Structuralisme
Éléments
8
Le structuralisme est le mouvement qui, dans les années 1950-1970, déplace l'attention du sujet vers les structures : derrière les actes, les récits et les symboles, il cherche des systèmes de relations qui les organisent à l'insu des individus. Linguistique d'abord, il conquiert l'anthropologie, la psychanalyse et la critique littéraire. Ses chantiers majeurs : - **L'anthropologie structurale** : *Race et histoire*, *Tristes tropiques* et *La Pensée sauvage* de Claude Lévi-Strauss font des mythes et des parentés des systèmes logiques. - **La psychanalyse relue** : Jacques Lacan soutient que l'inconscient est structuré comme un langage. - **La critique des signes** : Roland Barthes étudie les textes et les signes de la vie quotidienne ; le jeune Foucault en hérite autant qu'il s'en démarque. Ce courant a durablement changé les sciences humaines : on n'y pense plus les hommes sans penser les systèmes qui les portent.
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Théologie chrétienne
Éléments
15
La théologie chrétienne est la réflexion rationnelle sur la foi : Dieu, la création, l'homme, la grâce, la cité. De Thomas d'Aquin à René Girard, elle a fourni pendant des siècles le cadre intellectuel de l'Europe. Trois registres la caractérisent : - **Foi et raison** : la *Somme théologique* de Thomas d'Aquin articule révélation et philosophie dans un édifice qui reste la référence du thomisme. - **La théologie politique** : chez Donoso Cortés (*Essai sur le catholicisme, le libéralisme et le socialisme*), les grands problèmes politiques sont des problèmes théologiques déplacés. - **Le christianisme face à la modernité** : Nicolas Berdiaev et René Girard lisent dans les Évangiles une clé pour comprendre le désir et la violence des sociétés modernes. Cette tradition reste une matrice : même sécularisées, beaucoup de nos catégories politiques viennent d'elle.
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Théorie des élites
Éléments
5
La théorie des élites est le courant qui étudie la place et le rôle des minorités dirigeantes dans les sociétés : qui gouverne réellement, comment les élites se reproduisent, et pourquoi toute organisation tend vers l'oligarchie. Ses formulations classiques : - **La loi d'airain de l'oligarchie** : dans *Les Partis politiques* (1911), Robert Michels montre que la professionnalisation de la direction et la maîtrise de l'information favorisent la concentration du pouvoir, même dans les organisations démocratiques. - **La révolte des masses** : José Ortega y Gasset décrit l'avènement de « l'homme-masse », qui réclame les droits sans en accepter les devoirs, et la crise des élites qui devraient guider la société. - **La psychologie des foules** : *Les Lois psychologiques de l'évolution des peuples* prolonge la réflexion sur la conduite des masses et des groupes humains. Ce courant conduit à examiner les mécanismes de sélection, de professionnalisation et de fermeture des classes dirigeantes, au-delà de leur discours démocratique.
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Traditionalisme métaphysique
Éléments
11
Le traditionalisme métaphysique désigne ici l'école de pensée développée autour de René Guénon et Julius Evola. Elle ne se réduit pas au respect des coutumes ou au conservatisme politique : elle soutient qu'une tradition spirituelle primordiale se retrouve sous des formes différentes dans les grandes religions et que la modernité s'en éloigne. Les références actuellement réunies sur le site sont celles d'Evola. Révolte contre le monde moderne oppose les civilisations de la Tradition à la modernité matérialiste ; Chevaucher le tigre et Les Hommes au milieu des ruines examinent la conduite à tenir dans un monde qu'il juge privé de son principe spirituel. Métaphysique du sexe et Orientations prolongent cette lecture dans d'autres domaines. Cette page porte donc sur une filiation précise. Elle reste distincte de la pensée religieuse au sens large, de la théologie chrétienne et du conservatisme politique. Les proximités ou influences ne valent pas identité entre ces traditions.