A Droite

Ouvrage

Le Moment Straussien

Dans cet essai, Peter Thiel soutient que les attentats du 11 septembre 2001 ont brisé le cadre politique rationnel de la modernité occidentale. L'auteur analyse comment les pères fondateurs, sous l'influence de John Locke, ont délibérément mis de côté les questions fondamentales sur la nature humaine et la religion pour favoriser la paix par le commerce. Cette stratégie de l'Enlightenment est désormais défiée par des acteurs comme Oussama ben Laden, qui réintroduisent une violence radicale motivée par la foi. Thiel examine alors les théories de Carl Schmitt sur l'inéluctabilité du conflit entre amis et ennemis, ainsi que l'approche ésotérique de Leo Strauss. Finalement, l'œuvre suggère que l'Occident doit sortir de son amnésie intellectuelle pour affronter un monde où la prospérité économique ne suffit plus à garantir la sécurité.

Auteur

Peter Thiel
Peter Thiel

Peter Thiel est un entrepreneur et investisseur américain, cofondateur de PayPal et de Palantir Technologies. Il est également connu pour ses idées sur la technologie, la politique et l'économie.

Personnalités mentionnées

Carl Schmitt
Carl Schmitt

Juriste

1888-1985Allemand
Politologue

Contenu

Description de l’essai « The Straussian Moment » de Peter Thiel

Dans l’ouvrage collectif Politics and Apocalypse publié par la Michigan State University Press en 2007, l’essai de Peter Thiel intitulé « The Straussian Moment » (p. 189-218) constitue l’une des contributions les plus marquantes. Thiel y développe une réflexion sur la fin de l’ère moderne et sur la nécessité de repenser le politique face à une violence devenue globale et potentiellement apocalyptique.

L'ouvrage rassemble les essais tirés d’une conférence sur la politique, la religion et les thèmes apocalyptiques que Thiel a co-organisée à Stanford en juillet 2004. L’essai de Thiel est l’un des derniers chapitres, ce qui explique pourquoi il commence à la page 189 plutôt qu’au début de l’ouvrage.

La thèse centrale de l’essai est que les attentats du 11 septembre 2001 ont mis en lumière la faillite du cadre politique et militaire de la modernité. Ce cadre, fondé sur la diplomatie, les États-nations rationnels, la dissuasion et le débat public, s’est révélé impuissant face à une violence sacrificielle et religieuse qui échappe aux catégories libérales.

Thiel construit son argumentation autour de quatre figures intellectuelles majeures :

  • John Locke et la critique de l’héritage des Lumières Selon Thiel, la modernité lockéenne a tenté de pacifier le monde en réduisant l’homme à un homo economicus rationnel et en reléguant les questions de religion, de vertu et de nature humaine dans la sphère privée. Cet « ensommeillement intellectuel » a rendu l’Occident incapable de comprendre des acteurs comme Oussama ben Laden, motivés par une passion religieuse et non par un calcul d’intérêts économiques.
  • Carl Schmitt et la persistance du politique En s’appuyant sur Schmitt, Thiel rappelle que le politique se définit par la distinction fondamentale entre ami et ennemi. Le refus unilatéral de reconnaître un ennemi ne conduit pas à la paix, mais à la défaite. Un monde entièrement unifié par l’économie et la technique risquerait de n’être qu’une « unité babylonienne » artificielle, annonciatrice d’une catastrophe.
  • Leo Strauss et le besoin de secret Thiel reprend l’idée straussienne selon laquelle certaines vérités sur la violence fondatrice des sociétés sont trop dangereuses pour être exposées au grand public. Le maintien d’un ordre libéral pourrait nécessiter des moyens qui sortent du cadre transparent de la démocratie (espionnage global, décisions prises dans le secret), afin d’assurer une forme de pax Americana.
  • René Girard et la révélation mimétique L’essai se clôt sur la théorie mimétique de Girard. L’imitation humaine engendre inévitablement des rivalités violentes. Le mécanisme du bouc émissaire, qui stabilisait autrefois les sociétés par une violence sacralisée, a cessé de fonctionner dans un monde qui a dévoilé l’innocence des victimes. Ce dévoilement (sens originel du mot « apocalypse ») place l’humanité devant un choix radical : la violence sans limites ou la paix du « royaume de Dieu ».

Présentation de l’ouvrage Politics and Apocalypse

Politics and Apocalypse, publié en 2007 par Michigan State University Press dans la collection « Studies in Violence, Mimesis & Culture », rassemble les communications d’une conférence organisée en juillet 2004 à Stanford par Peter Thiel et le théologien Robert Hamerton-Kelly. L’ouvrage explore les liens entre politique, religion et thèmes apocalyptiques au lendemain du 11 septembre, en croisant les perspectives de René Girard, Carl Schmitt, Leo Strauss et Eric Voegelin.

Table des matières complète :

  1. An Introductory Essay – Robert Hamerton-Kelly (p. 1-28)
  2. The Evangelical Subversion of Myth – René Girard (p. 29-49)
  3. “Denial of the Apocalypse” versus “Fascination with the Final Days” – Jozef Niewiadomski (p. 51-67)
  4. Carl Schmitt’s “Apocalyptic” Resistance against Global Civil War – Wolfgang Palaver (p. 69-94)
  5. Philosophy, History, and Apocalypse in Voegelin, Strauss, and Girard – Fred Lawrence (p. 95-137)
  6. Modernity and the Jewish Question: What Leo Strauss Learned from Nietzsche – John Ranieri (p. 139-187)
  7. The Straussian Moment – Peter Thiel (p. 189-218)
  8. Understanding in Quest of Faith: The Central Problem in Eric Voegelin’s Philosophy – Stefan Rossbach (p. 219-261)