Ouvrage
Considérations sur la France
Cet ouvrage propose une analyse provocatrice de la Révolution française perçue comme un événement de nature providentielle. L’auteur soutient que les acteurs révolutionnaires, malgré leur apparente autonomie, ne sont que les instruments passifs d'une force divine supérieure destinée à purgation de la nation. Selon sa vision, la violence extrême et le régime de la Terreur constituent à la fois un châtiment nécessaire pour les crimes du pays et un moyen paradoxal de préserver l'intégrité du royaume. Maistre affirme que l'ordre renaîtra nécessairement de ce chaos, car la Providence utilise les malheurs présents pour préparer une restauration monarchique et religieuse plus éclatante. En examinant le rôle de l'Église et de la langue française, il dépeint la France comme une entité investie d'une mission spirituelle unique en Europe. Ce texte fondamental de la pensée contre-révolutionnaire invite ainsi à voir dans les bouleversements politiques le déploiement d'un plan métaphysique qui dépasse la simple volonté humaine.
Auteur

Homme politique, écrivain et philosophe savoyard, théoricien majeur de la contre-révolution. Considérations sur la France et Du pape défendent l'autorité, la tradition et la Providence contre l'esprit de 1789. Père intellectuel du conservatisme européen antilibéral.
Positionnement
L'ouvrage de Joseph de Maistre, "Considérations sur la France", incarne une pensée profondément contre-révolutionnaire, s'opposant à l'esprit de 1789 et défendant une vision providentialiste de l'histoire. Maistre y présente la Révolution française comme un châtiment divin et une nécessité pour la régénération de la France, prônant un retour à l'ordre monarchique et religieux. Son analyse critique de la raison humaine et des constitutions écrites souligne une méfiance envers les idéaux républicains, ce qui le place clairement dans une droite conservatrice et identitaire, engagée dans la défense des valeurs traditionnelles et de l'autorité. Ce texte est fondamental pour comprendre les fondements de la pensée réactionnaire en France.
Contenu
L'ouvrage « Considérations sur la France » de Joseph de Maistre est un essai de philosophie politique qui analyse la Révolution française sous un angle providentialiste. Voici une description de la pensée de l'auteur, du livre lui-même et la liste de ses chapitres.
La pensée de Joseph de Maistre dans cet ouvrage
La pensée de Joseph de Maistre repose sur la conviction que la Révolution française n'est pas menée par les hommes, mais qu'elle emploie les hommes comme des instruments d'une force supérieure.
- Le providentialisme : Pour Maistre, les êtres libres opèrent sous la main divine ; ils font ce qu'ils veulent, mais sans pouvoir déranger les plans généraux du « Créateur ». La Révolution est perçue comme un événement « satanique » et une punition divine infligée à la France pour avoir abusé de sa mission religieuse en Europe.
- La Révolution comme châtiment et régénération : L'auteur considère que la violence de l'époque est une « épuration » nécessaire pour dégager la nation de ses « scories ». Il va jusqu'à affirmer que seul le jacobinisme de Robespierre a pu sauver l'intégrité de la France face aux puissances étrangères, car le rétablissement de la royauté aurait trop détendu les ressorts de l'État en temps de guerre.
- Critique de la raison humaine et des constitutions écrites : Maistre s'oppose à l'idée qu'une assemblée puisse constituer une nation. Selon lui, une constitution ne peut être le fruit d'une délibération humaine, car les véritables lois fondamentales ne sont jamais écrites et germent de manière insensible. Il raille la Constitution de 1795, affirmant qu'elle est faite pour « l'homme » (une abstraction) mais qu'elle ne convient à aucune nation réelle.
- La Contre-Révolution : Il soutient que le retour à la monarchie ne sera pas une « révolution contraire », mais le « contraire de la révolution », c'est-à-dire un retour naturel à l'ordre et à la paix, sans les vengeances que craignent les républicains.
Description de l'ouvrage
L'œuvre se présente comme un recueil de réflexions philosophiques et historiques, mêlant analyses politiques, conjectures religieuses et digressions historiques (notamment sur la révolution anglaise du XVIIe siècle). Publié initialement vers 1797, l'ouvrage cherche à convaincre les Français de la nullité du gouvernement républicain et de la nécessité de restaurer la monarchie légitime des Bourbons.
Chapitre premier - Des révolutions
Le premier chapitre pose les bases de la philosophie providentialiste de Joseph de Maistre en analysant le rapport entre la liberté humaine et le plan divin dans le contexte de la Révolution française.
La liberté humaine sous la main divine
Maistre commence par une métaphore célèbre : les hommes sont liés au trône de l'Être Suprême par une « chaîne souple » qui les retient sans les asservir. Dans l'ordre universel, les êtres agissent à la fois volontairement et nécessairement. S'ils sont libres de leurs actes, ils ne peuvent cependant pas déranger les plans généraux du « Créateur », qui sait diriger leur volonté sans en altérer la nature.
Il oppose la pauvreté des ouvrages humains (moyens rigides, résultats monotones) à la richesse des ouvrages divins, où la puissance opère « en se jouant » et où même l'obstacle est utilisé comme un moyen pour rentrer dans l'ordre général. Il compare cette action à une montre dont les ressorts varieraient sans cesse mais qui indiquerait toujours l'heure exacte.
La Révolution comme un événement « merveilleux »
Maistre définit le miracle comme un effet produit par une cause divine qui suspend ou contredit une cause ordinaire. Pour lui, la Révolution française est un événement tout aussi merveilleux qu'un arbre se couvrant de fruits en plein hiver, bien que les hommes refusent d'y voir cette dimension supérieure.
Dans le cours ordinaire des choses, l'homme comprend les obstacles et les causes. Mais en temps de révolution, cette compréhension disparaît :
- La chaîne qui lie l'homme se raccourcit brusquement.
- L'action humaine diminue et ses moyens habituels le trompent.
- On assiste au triomphe des hommes les plus coupables et à l'échec systématique des « bons ».
Les hommes comme instruments passifs
L'idée centrale du chapitre est que la Révolution française mène les hommes plus que les hommes ne la mènent. Maistre souligne que même les « scélérats » qui paraissent conduire les événements ne sont que de simples instruments.
- La médiocrité des chefs : Des hommes comme Robespierre, Collot ou Barère étaient, selon l'auteur, « excessivement médiocres » et les premiers étonnés de leur propre puissance. Ils ont été conduits par les circonstances plus qu'ils ne les ont créées.
- Un processus mécanique : Il compare ces hommes au « flûteur de Vaucanson » (un automate), affirmant qu'ils n'ont pas fait de fautes dans leur carrière révolutionnaire simplement parce qu'ils étaient les instruments passifs d'une force supérieure.
- La chute des idoles : Dès qu'un personnage (comme Mirabeau) a voulu s'écarter du torrent ou travailler pour lui-même, il a disparu de la scène.
Un châtiment régénérateur
L'auteur conclut que la Révolution « va toute seule », ce qui est le signe que la Divinité se montre ici plus clairement que dans tout autre événement humain. Si elle emploie des instruments vils et criminels, c'est parce qu'elle « punit pour régénérer ». La force du tourbillon révolutionnaire emporte tout obstacle humain, montrant que l'action supérieure s'est substituée à celle de l'homme.
Chapitre II - Conjectures sur les voies de la Providence dans la révolution française
Dans le deuxième chapitre, Joseph de Maistre développe sa vision de la Révolution comme un châtiment divin destiné à régénérer la France et l'Europe.
Voici les points clés de son analyse :
La France et sa mission détournée
Maistre postule que chaque nation a une mission à remplir et que la France exerçait une véritable « magistrature » sur l'Europe, particulièrement dans le domaine religieux. Cependant, elle a abusé de cette influence pour « démoraliser l'Europe » et contredire sa vocation de nation très chrétienne. La Révolution est donc le moyen terrible par lequel la Providence ramène la France à sa mission initiale.
Un châtiment national et mérité
L'auteur soutient que le nombre de victimes innocentes est bien moindre qu'on ne l'imagine. Il affirme que :
- Tous ceux qui ont travaillé à détruire la religion, les lois de propriété ou les lois fondamentales de l'État sont les véritables auteurs du chaos et en sont devenus les victimes légitimes.
- La justice divine ne respecte pas plus les savants que les ignorants s'ils ont favorisé la révolution par leurs idées.
- La mort de Louis XVI est présentée comme un « forfait » sans nom, un crime national dont l'immense majorité du peuple a été complice, soit par action, soit par une passivité coupable. Pour Maistre, chaque goutte du sang du Roi en coûtera des torrents à la France.
L'ordre dans le désordre : la justice par les scélérats
Maistre admire la manière dont la Providence utilise les révolutionnaires eux-mêmes pour faire justice.
- Il explique que si une contre-révolution avait été faite par la force extérieure pour rétablir le Roi, la justice aurait eu l'air d'une vengeance.
- Au lieu de cela, la Providence a permis que les grands coupables tombent sous les coups de leurs complices.
- Cette « grande épuration » permet de dégager le « métal français » de ses scories impures avant qu'il ne soit remis entre les mains du futur souverain.
Le rôle paradoxal du Jacobinisme
L'un des points les plus originaux de ce chapitre est l'idée que le jacobinisme a sauvé la France.
- Maistre avance que le rétablissement de la monarchie en pleine guerre aurait « détendu tous les ressorts de l'État » et conduit à la division de la France par les puissances étrangères.
- Le « génie infernal de Robespierre » et le gouvernement révolutionnaire, par leur rigueur sombre et leur mépris de la vie, ont été les seuls instruments capables de repousser la coalition étrangère et de maintenir l'intégrité du royaume.
- Ainsi, les « monstres » de la révolution ont travaillé, sans le savoir, pour la royauté en conservant un empire intact au Roi futur.
La régénération du clergé et du christianisme
La persécution contre le culte est vue comme une mesure de régénération nécessaire pour un clergé qui s'était relâché par la richesse et le luxe.
- Le serment constitutionnel a servi à cribler les prêtres, distinguant les fidèles des apostats.
- L'émigration des prêtres français, notamment en Angleterre, est perçue comme un moyen providentiel de rapprocher les différentes églises chrétiennes et de diminuer les haines religieuses.
Maistre suggère que la révolution politique n'est qu'un aspect secondaire d'un plan divin beaucoup plus vaste, visant une révolution morale et religieuse en Europe.
Chapitre III - De la destruction violente de l'espèce humaine
Le troisième chapitre constitue une méditation profonde et sombre sur la permanence de la guerre et sa fonction providentielle dans l'histoire de l'humanité.
Voici un résumé détaillé des points clés développés par Joseph de Maistre :
La guerre comme état habituel de l'humanité
Maistre commence par citer un roi du Dahomey affirmant que « Dieu a fait ce monde pour la guerre ». Selon l'auteur, l'histoire prouve malheureusement que la guerre est l'état habituel du genre humain ; le sang doit couler sans interruption sur le globe, et la paix n'est, pour chaque nation, qu'un répit. Il dresse un inventaire effrayant des massacres depuis l'Antiquité romaine jusqu'à l'époque moderne, incluant les guerres de César, les invasions barbares, l'expansion de l'islam, les croisades et les guerres de religion. Il conclut que l'effusion de sang humain est à peu près constante dans l'univers, bien qu'elle augmente prodigieusement lors d'événements extraordinaires comme la Révolution française.
La fonction régénératrice du sang
L'auteur avance l'idée paradoxale que cette destruction violente n'est pas un mal absolu, mais qu'elle produit des compensations. Il soutient que lorsque l'âme humaine s'est amollie par le luxe et l'incrédulité suite aux excès de la civilisation, elle ne peut être « retrempée que dans le sang ».
Maistre utilise une métaphore célèbre : le genre humain est comme un arbre qu'une main invisible taille sans relâche, et qui gagne souvent à cette opération. Il affirme que les véritables fruits de la nature humaine — les arts, les sciences, les grandes entreprises et les « vertus mâles » — tiennent principalement à l'état de guerre. Pour lui, le sang est « l'engrais de cette plante qu'on appelle génie ».
Le dogme de la réversibilité et du sacrifice
Maistre aborde ensuite la question de la mort des innocents aux côtés des coupables. Il lie ce phénomène au dogme ancien et universel de la « réversibilité des douleurs de l'innocence au profit des coupables ». Selon cette vision, le sacrifice de l'innocent peut faire équilibre aux maux d'une nation. Il voit dans le christianisme la consécration de ce principe, où l'innocence paie pour le crime. Ainsi, les souffrances endurées pendant la Révolution, y compris celles de victimes comme Louis XVI, sont perçues comme ayant une capacité de rachat pour la France.
Un châtiment qui purifie
En conclusion, Maistre rejette la philosophie moderne qui prétend que « tout est bien », affirmant au contraire que le mal a tout souillé et que « tout est mal » puisque rien n'est à sa place. Cependant, il exhorte à ne pas perdre courage : la violence et le désordre sont des moyens par lesquels l'Amour Éternel punit pour purifier et tourne le mal contre lui-même. La Révolution, malgré son horreur, s'inscrit donc dans un plan divin supérieur visant la régénération morale de l'Europe.
Chapitre IV - La république française peut-elle durer ?
Dans le quatrième chapitre, Joseph de Maistre soutient que la nature même des choses et l'expérience historique s'opposent à l'existence d'une grande république indivisible.
Voici les principaux points de son argumentation :
L'impossibilité historique et la métaphore du dé
Maistre rejette l'idée qu'on puisse voir aujourd'hui ce qu'on n'a jamais vu dans le passé. Il utilise la métaphore d'un dé jeté depuis quatre mille ans : si la « Fortune » a jeté ce dé des millions de fois sans jamais amener le nombre « Grande République », c'est que ce nombre n'est pas sur le dé. Pour lui, l'histoire ne montre que des monarchies ou de petites républiques (comme Rome, qui n'était qu'une ville dominant des sujets) ; une grande nation libre sous une république est une chimère.
La critique du système représentatif
L'auteur conteste l'idée que la découverte de la représentation résoudrait le problème. Il affirme que :
- La représentation n'est pas une découverte moderne, mais un reste du gouvernement féodal qui a atteint sa maturité en Angleterre.
- Une représentation où tout le monde serait représenté et où toute fonction héréditaire serait abolie est une chose que l'on n'a jamais vue et qui ne peut réussir.
- Il rejette l'exemple de l'Amérique, qu'il qualifie d'« enfant au maillot », demandant d'attendre qu'elle grandisse avant d'en tirer des conclusions.
Le calcul de la souveraineté
Maistre propose une démonstration arithmétique pour montrer que le peuple n'est pas réellement souverain. En prenant une population de trente millions d'hommes et le renouvellement annuel d'un tiers du corps législatif, il calcule que chaque citoyen n'exercerait sa part de souveraineté que tous les soixante mille ans. Il en conclut que le système représentatif français est précisément conçu pour anéantir les droits du peuple, lequel reste parfaitement étranger au gouvernement résidant à Paris.
Un gouvernement né de la corruption et du crime
L'auteur avance que la durée d'un gouvernement dépend de sa source, et il juge celle de la République française « radicalement mauvaise ».
- Il oppose la « jeunesse de la liberté », caractérisée par des mœurs austères et des vertus, à la France révolutionnaire qui commence par « la gangrène » et la corruption.
- Il voit dans la République un assemblage de bassesse, de cruauté et d'immoralité profonde.
- Le gouvernement est fondé sur le crime, citant l'origine du calendrier républicain daté des « plus grands forfaits ».
Un pouvoir soutenu par la peur
Enfin, Maistre affirme que la nation française ne veut pas de ce gouvernement, mais qu'elle le « souffre » par impuissance ou par crainte de maux pires encore. La République ne repose que sur deux colonnes négatives : l'impossibilité actuelle de la renverser et la peur du retour à l'ancien régime agitée par les partisans du système. Selon lui, les défenseurs de la République ne croient pas eux-mêmes à sa stabilité et ne font que rêver tout haut de sa durée.
Chapitre V - De la révolution française considérée dans son caractère anti-religieux. - Digression sur le christianisme
Le chapitre V constitue le cœur spirituel de l'ouvrage. Joseph de Maistre y analyse la dimension métaphysique de la Révolution, la distinguant de tout autre événement historique par son hostilité radicale envers la religion.
Voici un résumé détaillé des thèses développées :
Le caractère « satanique » de la Révolution
Maistre affirme d'emblée que la Révolution française possède un caractère satanique qui la rend unique dans l'histoire. Il cite pour preuves les profanations, l'apostasie solennelle des prêtres, l'inauguration de la déesse Raison et les discours de Robespierre contre le sacerdoce. Selon lui, même si les excès ont diminué avec le temps, le principe subsiste, notamment dans le décret stipulant que « la nation ne salarie aucun culte ». Pour l'auteur, l'oubli du « grand Être » est un anathème qui condamne d'avance toute œuvre humaine à la stérilité.
La religion, fondement de toute institution durable
L'idée centrale de Maistre est que toutes les institutions humaines reposent sur une idée religieuse, sans quoi elles ne sont que passagères.
- Critique de la philosophie : Il oppose la religion à la « philosophie », qu'il définit comme une puissance essentiellement « désorganisatrice ». L'homme ne peut créer une œuvre durable qu'en se mettant en rapport avec son Créateur.
- La « fécondité du néant » : Maistre raille l'idée qu'une puissance puisse naître d'un système purement humain et sécularisé. Il déclare ne pas croire à la « fécondité du néant ».
- La loi de la durée : Il avance que lorsqu'un homme produit une institution au nom de la Divinité, il participe à sa toute-puissance et crée des œuvres dont la durée étonne la raison, contrairement aux édifices purement rationnels qui s'écroulent rapidement.
L'impuissance des législateurs révolutionnaires
Maistre souligne le contraste frappant entre la puissance religieuse et la faiblesse des nouveaux maîtres de la France :
- L'exemple des fêtes : Il observe qu'un simple missionnaire peut faire obéir des foules deux mille ans après sa mort et établir des fêtes populaires durables en les sanctifiant par la religion.
- L'échec du politique : À l'inverse, les législateurs français, malgré leur or et leurs ressources, sont incapables d'organiser une simple fête nationale qui intéresse le peuple, lequel reste chez lui ou vient uniquement pour se moquer. Cet échec démontre la nullité du système français à créer un lien social.
Digression sur le christianisme : l'épreuve finale
L'auteur voit dans l'époque actuelle un combat à outrance entre le christianisme et le philosophisme.
- Une durée unique : Il rappelle que le christianisme règne depuis dix-huit siècles sur la portion la plus éclairée du globe et qu'il remonte, par ses racines, à l'origine du monde.
- Une résistance à toutes les épreuves : La religion chrétienne a résisté à tout : persécutions, guerres, luxe, et même à l'époque du « grand jour » des siècles de Louis XIV. Julien l'Apostat a jadis échoué à la détruire en employant le ridicule et l'oppression, tout comme les révolutionnaires aujourd'hui.
- L'expérience décisive : Pour Maistre, la Révolution est une expérience de laboratoire. Le christianisme est aujourd'hui privé de tout appui humain (sceptre brisé, prêtres chassés ou égorgés, temples fermés) alors que ses ennemis ont toutes les chances en leur faveur.
Le chapitre conclut sur une prophétie : si le christianisme sort plus pur et plus vigoureux de cette épreuve terrible, alors « patuit Deus » (Dieu s'est montré). Maistre appelle alors les Français à rétablir le « Roi très chrétien » sur son trône antique sous la devise triomphale : « Le Christ commande, il règne, il est vainqueur ».
Chapitre VI - De l'influence divine dans les constitutions politiques
Le sixième chapitre approfondit la critique de Joseph de Maistre contre l'idée qu'une constitution puisse être le produit de la raison humaine délibérée. L'auteur y expose une série de principes montrant que les véritables lois fondamentales d'une nation sont d'origine divine et organique.
Voici un résumé détaillé des thèses développées :
Le principe de la nullité de la création humaine
Maistre commence par poser une loi universelle : l'homme peut tout modifier dans sa sphère d'activité, mais il ne crée rien, que ce soit dans le monde physique ou moral. Si l'homme sait qu'il ne peut pas « faire un arbre », il s'imagine pourtant, par orgueil, qu'il a le pouvoir de « faire une constitution ».
Les treize caractères de la formation des gouvernements
Pour démontrer l'impuissance humaine, Maistre énumère les signes par lesquels la Divinité avertit les hommes de leur faiblesse dans la formation des États :
- Absence de délibération : Aucune constitution ne résulte d'une délibération préalable.
- Antériorité des droits : Les droits des peuples ne sont jamais écrits ; les lois écrites ne sont que des titres déclaratoires de droits antérieurs qui existent « parce qu'ils existent ».
- L'homme comme instrument : Dans la formation des constitutions, les circonstances font tout, et les hommes ne sont eux-mêmes que des « circonstances » utilisées par Dieu.
- L'importance du non-écrit : Il y a toujours dans chaque constitution quelque chose qui ne peut être écrit et qu'il faut laisser dans un « nuage sombre », sous peine de renverser l'État.
- Faiblesse des lois écrites : Plus on écrit, plus l'institution est faible. La multiplicité des lois prouve seulement la multiplicité des chocs et le danger de destruction.
- La liberté est un don : Nulle nation ne peut se donner la liberté si elle ne l'a pas déjà dans sa « constitution naturelle ». La liberté a toujours été un don des Rois.
La figure du législateur providentiel
Maistre reconnaît que la Providence fait parfois apparaître des hommes extraordinaires (comme Lycurgue ou Numa) pour former une constitution plus rapidement. Cependant, ces législateurs possèdent des caractères spécifiques :
- Ils sont toujours rois ou éminemment nobles.
- Ils n'agissent qu'au nom de la Divinité, fondant ensemble la politique et la religion.
- Ils ne sont pas des « savants » ; ils n'écrivent pas et agissent par instinct plutôt que par raisonnement. Maistre oppose ici le « talent » d'un écrivain comme Montesquieu à l'action d'un législateur comme Lycurgue.
Critique de la Constitution de 1795 : une abstraction vide
L'auteur applique ensuite ses principes à la France révolutionnaire :
- L'erreur du « citoyen du monde » : La constitution de 1795 est faite pour « l'homme », une abstraction qui n'existe nulle part. Maistre affirme avoir vu des Français, des Italiens ou des Russes, mais déclare n'avoir jamais rencontré « l'homme » de sa vie.
- L'absence de racine locale : Une constitution faite pour toutes les nations n'est faite pour aucune. C'est une « œuvre scolastique » idéale sans ancrage dans la réalité.
- La définition d'une vraie constitution : Pour Maistre, une constitution est la solution au problème suivant : étant données la population, les mœurs et la géographie d'une nation spécifique, trouver les lois qui lui conviennent.
En conclusion, Maistre rejette la constitution française de 1795 comme un simple « thème » dépourvu du « sceau divin », ce qui la condamne à une destruction prochaine.
Chapitre VII - Signes de nullité dans le gouvernement français
Le septième chapitre présente une critique acerbe de l'activité législative et de la structure même du pouvoir révolutionnaire, que Joseph de Maistre considère comme dépourvus de toute réalité organique et durable.
Voici les points clés de son argumentation :
La loi de l'intermittence législative
Maistre pose comme principe qu'un véritable législateur, à l'image du Créateur, ne travaille pas sans cesse ; il enfante une institution, puis il se repose. Il cite Ovide pour affirmer que ce qui n'a pas de repos n'est pas durable. Pour l'auteur, la fragilité d'une œuvre humaine se mesure à la quantité d'actions qu'elle nécessite : plus elle agit, plus elle est humaine, c'est-à-dire fragile.
L'inflation législative comme aveu de faiblesse
L'auteur souligne le nombre prodigieux de lois produites par les assemblées révolutionnaires entre 1789 et 1795, qu'il évalue à plus de 15 000.
- Il voit dans cet amas de décrets une œuvre « atlantique » dont l'aspect étourdit, mais qui finit par inspirer la pitié.
- Pour lui, cette surproduction prouve qu'il n'y a point de législateur. Les lois révolutionnaires sont comparées à des édifices de cartes élevés par des enfants.
- Il observe que la nation a connu trois constitutions en cinq ans, mais qu'aucune n'a reçu le véritable assentiment du cœur des Français.
La « république sans républicains »
Maistre analyse la Constitution de 1795 comme la moins aimée de toutes.
- Il affirme que le peuple ne s'y est soumis que par lassitude, par désespoir ou par crainte de maux pires, mais sans conviction.
- Il qualifie ce régime de « république sans républicains », soutenue uniquement par l'apathie et la peur.
- Il rejette l'idée que ce gouvernement « marche » : pour lui, c'est le gouvernement (le despotisme) qui marche, tandis que la constitution n'est qu'un papier que l'on viole selon ses intérêts.
L'absence de dignité et de souveraineté
L'auteur soutient qu'il n'y a point de véritable souveraineté en France, car tout y est factice et violent.
- La source de l'honneur : La dignité ne peut être communiquée par l'homme, elle dérive de la souveraineté divine. Maistre note avec mépris qu'il n'y a plus de « rang » en France, mais seulement du pouvoir basé sur la force.
- Le mépris des représentants : Il critique le système de l'indemnité législative, estimant que des représentants payés (évalués par lui en « myriagrammes de froment ») ne peuvent inspirer le respect, contrairement aux députés anglais indépendants.
- L'échec des symboles : Il souligne l'incapacité du pouvoir à « consacrer un habit » ou à imposer des costumes officiels qui soient respectés par l'opinion.
L'illusion des succès militaires
Maistre prévient les Français de ne pas se laisser éblouir par les conquêtes militaires.
- Il affirme que les succès de l'armée sont étrangers à la stabilité de la république : les nations ont vaincu sous tous les types de gouvernements.
- C'est le despotisme de Robespierre qui continue de gagner les batailles en prodiguant le sang et l'or.
- Il conclut sur une prophétie célèbre : « La guerre la fait vivre, donc la paix la fera mourir ».
La critique du projet de Washington D.C.
En digression, Maistre utilise l'exemple des États-Unis pour illustrer l'impuissance de la délibération humaine. Il parie « mille contre un » que la ville de Washington, parce qu'elle est le fruit d'une planification trop humaine et délibérée, ne se bâtira pas, ou ne sera jamais le véritable siège du gouvernement.
Chapitre VIII - De l'ancienne constitution française. - Digression sur le Roi et sur sa déclaration aux Français du mois de juillet 1793
Le huitième chapitre est une défense de la légitimité monarchique et une analyse des fondements juridiques de la France pré-révolutionnaire.
Voici un résumé détaillé des points abordés :
L'existence de l'ancienne constitution
Joseph de Maistre s'attaque d'abord au débat sur l'existence d'une constitution française avant 1789. Il rejette l'idée que la France n'en avait pas, affirmant que cette erreur vient d'une vision moderne qui ne reconnaît que les lois écrites et délibérées. Pour lui, la constitution était ce « mélange de liberté et d'autorité » que tout citoyen et tout étranger ressentait en France.
Les caractères uniques de la monarchie française
L'auteur souligne deux éléments fondamentaux qui distinguaient la France des autres monarchies :
- L'élément théocratique : Le clergé était l'une des trois colonnes du trône et jouait un rôle politique et civil majeur (ambassades, ministères, tribunaux), sans pour autant que le gouvernement soit un régime de prêtres.
- La notion de citoyen : Maistre affirme que le mot « citoyen » existait en France bien avant que la Révolution ne le déshonore, exprimant un patriotisme et une dignité que les autres langues européennes peinent à traduire.
Les principes de la constitution monarchique
S'appuyant sur les travaux de l'ancienne magistrature, Maistre énumère les piliers du droit public français :
- La prérogative royale : Le Roi détient la puissance législatrice, rend la justice, dispose du droit de grâce, confère la noblesse et décide de la paix et de la guerre.
- Les limites de la souveraineté : Le Roi règne par la loi et ne peut agir selon son seul « appétit ». Il existe des lois fondamentales (comme la primogéniture masculine ou l'interdiction d'aliéner le domaine) qu'il est dans l'« heureuse impuissance » de violer.
- Le rôle des ordres et de la nation : La nation est représentée par trois ordres délibérant séparément. Le consentement des États généraux est nécessaire pour l'établissement des impôts.
- L'indépendance de la magistrature : Les juges sont inamovibles et ont le devoir de résister aux ordres royaux contraires à la loi. Maistre cite Machiavel, qui admirait déjà au XVIe siècle le gouvernement français comme étant le plus tempéré par les lois.
Digression sur le Roi (Louis XVIII) et la déclaration de 1793
Maistre consacre une large part du chapitre à défendre la figure de Louis XVIII et sa déclaration de 1793 :
- L'école du malheur : Il soutient que le Roi, formé par l'adversité et l'exil, est plus à même de guérir les plaies de la France qu'un prince qui n'aurait connu que la puissance.
- La sagesse de la sobriété : Il loue le Roi pour ne pas avoir utilisé le langage exalté des révolutionnaires. En promettant la liberté par la constitution et en respectant les formes anciennes, le Roi fait preuve d'une « haute sagesse ».
- Le refus d'une constitution arbitraire : Maistre justifie le refus du Roi de proposer une nouvelle constitution. S'il abandonnait les lois antiques pour l'arbitraire, de quel droit exigerait-il l'obéissance ?. Pour le souverain, l'ancienne constitution doit rester l'« arche d'alliance ».
Appel au peuple et aux royalistes
Le chapitre se conclut par une exhortation :
- La nation est dupe : Maistre affirme que le peuple français souffre de l'anarchie uniquement parce qu'une « poignée de misérables » lui fait peur de son Roi.
- La véritable souveraineté : Il appelle les Français à faire un acte de véritable souveraineté en rappelant leur souverain légitime.
- Le devoir des royalistes : Il exhorte les partisans de la monarchie à ne pas critiquer inutilement les actes du Roi et à travailler sans relâche à diriger l'opinion en sa faveur.
Maistre termine en prédisant que, malgré les ténèbres de l'avenir, l'ordre de choses actuel ne peut durer et que la « force invincible de la nature » ramènera inévitablement la monarchie.
Chapitre IX - Comment se fera la contre-révolution, si elle arrive ?
Le neuvième chapitre analyse la mécanique prévisible du retour à la monarchie, en s'opposant à l'idée qu'un tel événement doive résulter d'une délibération ou d'une volonté populaire active.
Voici les points clés développés par Joseph de Maistre :
Le peuple comme instrument passif
Maistre affirme avec force que le peuple n'est pour rien dans les révolutions, si ce n'est comme un « instrument passif ». Selon lui, ce n'est pas la multitude qui décidera du rétablissement de la monarchie, tout comme elle n'a pas réellement décidé de sa destruction. Il soutient que « quatre ou cinq personnes, peut-être, donneront un Roi à la France » et que les provinces se contenteront d'acclamer la nouvelle une fois apprise.
La lassitude et le désir de repos
L'auteur réfute l'argument selon lequel une majorité de Français serait attachée à la République. Il avance que :
- L'enthousiasme et le fanatisme sont des états passagers qui fatiguent la nature humaine.
- La France est entrée dans une phase d'apathie et d'indifférence où elle ne désire plus rien avec passion, excepté le repos.
- Même celui qui préférerait la République choisira le repos et ne s'opposera pas au retour du Roi si celui-ci garantit la paix.
Le scénario de la restauration (l'effet boule de neige)
Maistre décrit un processus de réaction en chaîne déclenché par des faits plutôt que par des théories :
- L'armée : Dès qu'une faction à Paris proclamera le Roi, les officiers comprendront vite qu'être le premier à crier « Vive le Roi ! » est le moyen le plus sûr de devenir un « grand personnage » et d'obtenir des honneurs. La discipline se relâchera d'elle-même face à l'incertitude.
- Les citadins : Placés entre la peur de périls terribles et l'espoir d'une amnistie, les citoyens attendront de voir quelle ville cédera la première.
- Le mouvement irrésistible : La soumission d'une ou deux villes créera un exemple que les autres suivront, croyant le recevoir. Le mouvement royaliste se renforcera de minute en minute jusqu'à devenir irrésistible. À la fin, républicains et royalistes s'uniront dans un même cri, les uns par amour, les autres par terreur.
La main de la Providence
Pour Maistre, Dieu se réserve la formation des souverainetés et ne confie jamais à la multitude le choix de ses maîtres. Il note un paradoxe providentiel : les efforts mêmes des factions pour détruire la monarchie et le christianisme aboutiront nécessairement à leur exaltation. Les révolutionnaires ne sont que des « bois et les cordages employés par un machiniste », dominés par une force secrète qui se joue de leurs conseils.
Conclusion : le « contraire de la révolution »
Maistre conclut que les dirigeants actuels de la France ne possèdent qu'un pouvoir factice, sans racines, qu'un souffle emportera. Il termine par une distinction célèbre : le rétablissement de la monarchie « ne sera point une révolution contraire, mais le contraire de la révolution ». Ce retour à l'ordre se fera sans effort, par une « force secrète dont l'action est toute créatrice », ramenant une stabilité et un repos que la République est incapable d'offrir.
Chapitre X - Des prétendus dangers d'une contre-révolution (divisé en trois sections : Considérations générales, Des biens nationaux, Des vengeances)
Le dixième chapitre s'attache à déconstruire les arguments utilisés par les partisans du régime républicain pour effrayer la population française et la détourner d'un retour à la monarchie. Joseph de Maistre y répond point par point aux craintes concernant le désordre, la propriété et les représailles.
1. Considérations générales
Maistre qualifie de « sophisme » l'idée que le retour à la monarchie serait aussi douloureux que le passage à la révolution.
- La santé après la maladie : Il compare la révolution à une maladie et la contre-révolution au retour à la santé ; si le passage de la santé à la maladie est pénible, le retour à la santé est au contraire une libération.
- L'alliance avec l'ordre divin : Contrairement à la révolution qui s'est faite par le crime et le renversement des valeurs, la restauration s'appuiera sur « toutes les vertus ». L'homme qui travaille pour rétablir l'ordre s'associe à la Divinité, et son action devient alors « douce et impérieuse », ne rencontrant point de résistance car elle est conforme à la nature des choses.
- Une action positive : La contre-révolution ne sera pas un nouveau malheur, mais l'arrêt des maux actuels ; elle ne fera que « détruire la destruction ».
2. Des biens nationaux
L'auteur traite ici de la peur des acquéreurs de biens saisis pendant la Révolution de devoir les restituer.
- La précarité actuelle : Maistre affirme que les détenteurs de ces biens ne sont pas tranquilles car personne ne croit à la légitimité de ces acquisitions nées du brigandage. La conscience publique et la jalousie sociale rendent ces propriétés fragiles.
- Le danger du gouvernement républicain : Pour lui, le véritable péril pour les acquéreurs vient du gouvernement actuel qui, manquant de fonds, n'hésitera pas à pressurer ces propriétaires par des impôts extraordinaires ou des révisions de contrats, sachant qu'il aura l'opinion pour lui.
- La stabilité par le Roi : Seul un gouvernement stable peut garantir une solution définitive et la paix de l'esprit pour tous les propriétaires. Il justifie le silence du Roi sur ce point dans sa déclaration de 1793 par une prudence nécessaire.
3. Des vengeances
Cette section répond à la crainte de sanglantes représailles de la part des royalistes de retour au pouvoir.
- Le pouvoir d'amnistier : Maistre soutient qu'un gouvernement légitime a seul la force et le droit de proclamer une amnistie et de la faire respecter, contrairement à un pouvoir usurpateur.
- La parole du Roi : Il rappelle la promesse de Louis XVIII : « Qui oserait se venger quand le Roi pardonne ? ». L'oubli sera la règle, à l'exception des régicides les plus coupables, dont beaucoup ont d'ailleurs déjà péri de mort violente par la main de la Providence.
- Impuissance et intérêt du souverain : Maistre argue que le Roi, à son retour, n'aura ni l'envie ni même la force d'exercer des vengeances arbitraires, car son pouvoir sera purement moral au début et son intérêt le plus pressant sera de garantir la paix pour asseoir son trône.
- Le contraire de la révolution : Il conclut par une distinction fondamentale : le rétablissement de la monarchie ne sera point une « révolution contraire » (un bouleversement en sens inverse), mais « le contraire de la révolution », c'est-à-dire un retour naturel au repos et à la justice.
Chapitre XI - Fragment d'une histoire de la révolution française, par David Hume
Le chapitre XI est une pièce d'une ironie mordante où Joseph de Maistre ne rédige pas sa propre analyse, mais compile des extraits de l'œuvre de l'historien David Hume sur la révolution anglaise du XVIIe siècle. Par ce procédé analogique, l'auteur suggère que les événements français ne sont que la répétition d'un schéma historique déjà vu : « Eadem mutata resurgo » (je ressuscite le même, quoique changé).
Voici un résumé détaillé des thèmes et parallèles développés dans ce chapitre :
1. Les prémices et l'esprit de la révolution
Maistre souligne, à travers Hume, comment le « long parlement » anglais a jeté les bases du chaos en se déclarant indissoluble. Les méthodes employées sont présentées comme identiques à celles de 1789 :
- Manipulation de l'opinion : Utilisation d'adresses artificieuses, pétitions organisées par le pouvoir, et abus de la liberté de la presse.
- Nouveau jargon : Apparition d'une langue fanatique et hypocrite pour invectiver contre les « anciens abus ».
- Destruction institutionnelle : Renversement systématique des anciennes institutions et désorganisation de l'armée pour en purger les anciens officiers.
- Guerre psychologique : Les royalistes sont accusés de tous les crimes, y compris les plus absurdes (comme d'avoir voulu miner la Tamise), tandis que le cri général devient : « Point de Roi ! point de noblesse ! égalité universelle ! ».
2. Le procès et l'exécution du Roi
Le texte insiste sur la volonté des rebelles de transformer l'assassinat de Charles Ier en un acte « national » et judiciaire pour étonner l'univers.
- Calomnies et isolement : Avant sa mort, le Roi est dénigré et privé de ses serviteurs. Le parlement prétend mensongèrement qu'il se porte bien en prison pour rassurer le peuple.
- Le Tribunal : Composé de membres de la chambre basse et de bourgeois de « basse extraction », il accuse le Roi d'avoir voulu élever un pouvoir illimité sur les ruines de la liberté.
- La dignité royale : Malgré les insolences, le Roi conserve une force d'âme et une modération qui honorent sa mémoire, tirant ses consolations de la religion.
- Le supplice : L'échafaud est placé face au palais pour marquer la victoire de la « justice du peuple » sur la majesté royale. Maistre cite les dernières paroles du prélat assistant le Roi : changer une couronne périssable contre une « couronne incorruptible ».
3. La vie sous la République (Le Commonwealth)
Maistre utilise Hume pour démontrer que le passage à la République fut un désastre pour le peuple :
- Oppression accrue : Le nouveau régime, plus jaloux et défiant, impose des impôts inconnus jusqu'alors et confie les emplois à la « plus abjecte populace ».
- Innovations extravagantes : On abolit les noms de baptême, on fait du mariage un simple contrat civil, et certains fanatiques vont jusqu'à demander que « votre république arrive » dans l'Oraison dominicale.
- La « République sans républicains » : Les chefs du gouvernement (Cromwell et ses alliés) sont dépeints comme des égoïstes sans popularité réelle, se maintenant par une armée puissante et des tribunaux extraordinaires.
4. Relations internationales et gloire extérieure
Un point crucial souligné par Maistre est que la tyrannie intérieure s'accompagne d'une forme de grandeur extérieure qui flatte la vanité nationale.
- Considération diplomatique : Malgré ses crimes, la République anglaise est reconnue par l'Espagne, la Suède et le Portugal.
- Le rôle de la France : Mazarin courtise Cromwell, et la reine d'Angleterre (fille d'Henri IV) est laissée sans bois pour se chauffer à Paris, montrant la froideur des puissances envers la légitimité exilée.
5. La marche vers la Restauration
Le chapitre se termine sur les signes avant-coureurs du retour à l'ordre, montrant que la contre-révolution est un processus naturel :
- Lassitude générale : Les royalistes, bien que ruinés et opprimés, conservent leur affection pour la famille royale, tandis que les fondateurs de la république (les presbytériens) s'indignent de voir le pouvoir leur échapper.
- Le rôle de Monk : Avec seulement 6 000 hommes contre des forces républicaines bien supérieures, le général Monk parvient à restaurer la monarchie sans livrer un seul combat, porté par un « torrent populaire » irrésistible.
- L'effet de bascule : Maistre souligne qu'une année avant la restauration, le peuple signait encore des engagements envers la République, prouvant que l'opinion peut changer radicalement en très peu de temps.
En conclusion de ce fragment, Maistre laisse entendre que la France suivra inévitablement le même chemin que l'Angleterre : après avoir épuisé les excès de l'anarchie et de la tyrannie républicaine, elle reviendra, par une force secrète et créatrice, à sa constitution naturelle et à son Roi.
Post-scriptum
Le Post-scriptum de l'ouvrage, ajouté lors de la troisième édition, sert de mise au point à Joseph de Maistre concernant l'une de ses sources principales utilisée au chapitre VIII.
Voici les points clés de ce résumé détaillé :
- Désaveu de certaines maximes : L'auteur rapporte que des Français dignes de confiance l'ont averti que l'ouvrage Développement des vrais principes, qu'il a cité pour décrire l'ancienne constitution, contient des thèses que le Roi (Louis XVIII) n'approuve pas.
- La querelle entre magistrature et nation : Le reproche majeur adressé à cette source est d'élever la magistrature au-dessus de la nation. Plus précisément, le livre réduirait le rôle des États généraux à de simples doléances, tout en accordant aux parlements le droit exclusif de vérifier les lois, même celles demandées par les États.
- La position du Roi : Maistre affirme que le Roi est, au contraire, un partisan loyal des droits sacrés de la nation. Prêter au souverain des systèmes visant à diminuer ces droits serait, selon lui, une offense sensible envers le monarque.
- Justification de l'auteur : Joseph de Maistre explique avoir utilisé ce recueil par nécessité pratique, étant alors séparé de sa propre bibliothèque et obligé de travailler de mémoire ou sur d'anciennes notes. Il précise avoir consulté cet ouvrage car il était fortement critiqué par les ennemis de la royauté, ce qui lui semblait être un gage de fiabilité.
- Appel à l'unité future : En conclusion, Maistre juge inutile de se perdre dans des discussions techniques sur les anciens pouvoirs des parlements, qu'il renvoie à « l'histoire ancienne ». Il soutient que si la nation revient à son Roi et rétablit des assemblées nationales régulières, tous les pouvoirs reprendront naturellement leur place sans conflit ni secousse.