Ouvrage
Les Héros
Publié en 1841, Les Héros rassemble les conférences que Thomas Carlyle consacra aux grandes figures de l'histoire : prophètes, poètes, religieux, hommes de lettres, rois et chefs. Pour l'historien écossais, l'histoire universelle est au fond l'histoire de ces grands hommes, et l'incapacité d'une époque à les reconnaître signe son déclin. Un classique de la pensée du XIXe siècle, entre historiographie et philosophie politique.
Auteur

Écrivain, satiriste et historien écossais de l'époque victorienne. Théoricien du « culte des héros », il a marqué le romantisme politique et la critique de la société industrielle. Son style prophétique influence encore le conservatisme anglo-saxon.
Courants
Catégories
Positionnement
Culte des grands hommes et critique assumée de l'égalitarisme démocratique : l'ouvrage s'inscrit dans la tradition contre-révolutionnaire et relève de la droite affirmée.
Contenu
En mai 1840, Carlyle prononce à Londres six conférences qui paraîtront l'année suivante sous le titre On Heroes, Hero-Worship, and the Heroic in History. L'entreprise va à contre-courant de son temps : là où l'historiographie montante cherche les forces collectives et les structures, Carlyle soutient que les événements tiennent d'abord à des individus d'exception, dont l'action donne sa forme à chaque époque.
Les six conférences déclinent la figure du héros en autant de types : le prophète, avec Mahomet ; le poète, avec Dante et Shakespeare ; l'homme de religion, avec Luther et Knox ; l'homme de lettres, avec Johnson, Rousseau et Burns ; enfin le roi et le chef, avec Cromwell et Napoléon. À chaque fois, Carlyle cherche ce qui fait la sincérité et la grandeur de ces hommes, bien plus que leur perfection morale.
La thèse du livre tient en une formule restée célèbre : l'histoire universelle n'est, au fond, que l'histoire des grands hommes. Le héros, pour Carlyle, est celui qui perçoit la vérité d'une situation et la fait advenir par la force de sa conviction ; la foule, elle, ne fait que suivre. Cette vision s'accompagne d'une méfiance déclarée envers l'égalitarisme et le parlementarisme, qui rend le livre aussi influent que discuté - son héritage court de l'historiographie romantique aux lectures autoritaires qu'il faudra combattre.
Pourquoi le lire ? Parce que c'est le texte fondateur de la théorie des grands hommes, sans lequel on ne comprend ni l'historiographie du XIXe siècle ni les débats qu'elle a engagés jusqu'à nous ; parce que les portraits, de Dante à Cromwell, sont d'une puissance d'écriture rare. La présente édition, préfacée et annotée, restitue le contexte d'un ouvrage qu'il faut lire pour le discuter en connaissance de cause.