La critique de la modernité et du progrès interroge une promesse : l'évolution technique, économique ou sociale rendrait nécessairement la vie meilleure. Les auteurs réunis ici ne forment pas une école. Ils examinent les pertes, les dépendances ou les formes de domination que cette promesse peut masquer, depuis des positions parfois opposées.
Une première ligne porte sur la technique et la consommation. Jacques Ellul analyse l'autonomie du système technicien ; Ivan Illich cherche les limites au-delà desquelles les institutions desservent ceux qu'elles prétendent aider. Guy Debord et Jean Baudrillard interrogent la place des marchandises, des images et des signes dans la vie sociale.
Une autre ligne vise la croyance au progrès elle-même. Les Illusions du progrès de Georges Sorel en conteste les justifications ; Christopher Lasch et Jean-Claude Michéa confrontent les promesses d'émancipation aux liens et aux expériences des sociétés ordinaires. La sortie de la religion relève de la même interrogation : Marcel Gauchet distingue la persistance des croyances individuelles du recul de la religion comme principe d'organisation de la société ; dans l'Essai sur le catholicisme, le libéralisme et le socialisme, Donoso Cortés oppose au doute libéral l'autorité du catholicisme. Spengler oppose au récit linéaire une lecture cyclique des civilisations. Le diagnostic de déclin prolonge cette lecture : Le Déclin de l'Occident en reste le modèle ; David Engels (Que faire ? Vivre avec le déclin de l'Europe) et Guillaume Faye (L'Occident comme déclin) le confrontent à l'actualité européenne. Ces critiques ne donnent ni le même diagnostic ni les mêmes réponses.
Le regroupement permet de lire ensemble ces objections sans confondre critique de la technique, critique sociale et refus du progressisme. Une œuvre peut y être étudiée pour une question qu'elle soulève, sans que son auteur soit présenté comme membre d'une doctrine unique.