Publiés en 1988, vingt et un ans après la parution de La société du spectacle, ces Commentaires constituent moins une révision qu'une radicalisation du diagnostic initial. Guy Debord, dont la lucidité n'a rien perdu de son tranchant, revient sur ses analyses fondamentales à la lumière de deux décennies d'histoire – mai 68, les mutations du capitalisme, l'essor des médias de masse – pour constater que le spectacle ne s'est pas affaibli mais perfectionné. Il introduit une notion nouvelle, le « spectacle intégré », synthèse du spectaculaire concentré des régimes totalitaires et du spectaculaire diffus des démocraties libérales de consommation. Dans ce stade avancé, le spectacle a pénétré jusqu'aux interstices les plus intimes de l'existence, colonisant la mémoire, le désir et la perception du temps. Plus inquiétant encore : les mouvements contestataires, les dissidences et les formes alternatives de vie sont eux-mêmes absorbés et neutralisés par le système qu'ils prétendaient combattre. La critique devient marchandise, la révolte devient spectacle. Debord observe avec une lucidité désabusée que le monde dans lequel il écrit est dominé par des structures d'opacité et de désinformation organisées. Ces Commentaires, rédigés avec la concision acérée qui caractérise leur auteur, offrent une clé d'interprétation de la modernité médiatique que les développements ultérieurs d'Internet et des réseaux sociaux n'ont fait que confirmer et amplifier.