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Ouvrages de tous horizons, avec une attention particulière et assumée pour la pensée de droite
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L'ouvrage de Robert Nozick, *Anarchie, État et Utopie*, constitue une puissante remise en question philosophique des positions politiques et sociales les plus répandues de notre époque : libéralisme, socialisme et conservatisme. « Les individus ont des droits », écrit Nozick dès sa première phrase, « et il existe des actes qu'aucune personne ni aucun groupe ne peut commettre à leur encontre sans violer ces droits.» L'ouvrage qui suit est une défense à la fois nuancée et passionnée des droits de l'individu face à ceux de l'État. L'auteur soutient que l'État n'est justifié que lorsqu'il est strictement limité à la protection contre la violence, le vol et la fraude, ainsi qu'à l'exécution des contrats. Toute intervention étatique plus étendue, démontre-t-il, violera inévitablement les droits individuels. Parmi les nombreux apports de cet ouvrage figurent une nouvelle théorie importante de la justice distributive, un modèle d'utopie et une intégration de l'éthique, de la philosophie du droit et de la théorie économique en une position profonde en philosophie politique qui alimentera les débats pendant de nombreuses années.
Frédéric Lordon, économiste et philosophe au CNRS, signe dans ce texte satirique et polémique une charge virulente contre les mensonges et les hypocrisies du discours économique dominant. Le titre provocateur situe d'emblée le registre : il ne s'agit pas d'une critique académique feutrée mais d'une invective philosophique contre ceux qui prétendent transformer l'économie néolibérale en destin inévitable et en vérité scientifique. Lordon mobilise Spinoza et sa théorie des affects pour analyser comment le capitalisme contemporain capture les désirs et les énergies des individus au service de l'accumulation. Sa critique ne se limite pas aux dimensions économiques : il s'attaque à la façon dont le néolibéralisme a colonisé les imaginaires, les subjectivités et les formes de vie, rendant difficile même de concevoir des alternatives. Le texte combine rigueur théorique et verve polémique dans une prose souvent féroce qui n'épargne ni les économistes mainstream ni les responsables politiques qui les suivent. Lordon défend une position radicalement critique qui refuse tout réformisme partiel pour exiger une transformation structurelle des rapports de production. Cet ouvrage, difficile à classer entre l'essai politique, la satire et le traité philosophique, témoigne de la vitalité d'une pensée économique hétérodoxe qui refuse de se soumettre aux catégories dominantes.
Léon Bloy, écrivain catholique intransigeant et pamphlétaire redoutable, livre dans ce recueil de textes brefs une série d'attaques féroces contre tous les compromis, toutes les lâchetés et toutes les médiocrtés de son époque. Bloy est l'une des plumes les plus violentes et les plus inclassables de la littérature française : catholique fervent mais antisalonnard, admirateur de la pauvreté mais contempteur de l'humanité ordinaire, il occupe une position radicalement solitaire dans le paysage intellectuel de la Troisième République. Ce recueil illustre parfaitement son style unique : une prose biblique et apocalyptique, gonflée d'imprécations et de métaphores fulgurantes, qui tranche radicalement avec le naturalisme positiviste de son époque. Bloy attaque sans distinction les bourgeois satisfaits, les catholiques tiédasses, les républicains laïcards et les socialistes matérialistes – tous coupables à ses yeux de trahir l'idéal de l'Absolu chrétien au profit de leurs intérêts mesquins. Sa vision du monde est eschatologique : le monde court à sa perte parce qu'il a renoncé à Dieu, et seule une catastrophe purificatrice pourrait le sauver. Bloy demeure un cas littéraire fascinant, hanté par la sainteté et la damnation, prophète maudit d'une modernité qu'il haïssait de toutes ses forces.
The Madness of Crowds est un essai dans lequel Douglas Murray analyse les dérives de la culture woke et la montée de la politique identitaire, qu’il voit comme un « dérèglement » contemporain. À travers une prose incisive, il aborde les sujets les plus sensibles – genre, sexualité, race, technologie – en revenant sur les racines idéologiques du phénomène et sur le rôle des réseaux sociaux dans la polarisation. L’un des rares à contester ouvertement les nouveaux dogmes culturels, Murray interroge notamment la transition de genre chez les mineurs et les conséquences des revendications trans sur les droits des femmes. Dans une postface ajoutée, il revient sur la réception du livre et sur l’impact des mobilisations Black Lives Matter, tout en plaidant pour un retour au discernement et à la liberté d’expression.
Les Essais de Michel de Montaigne (1580-1592), œuvre fondatrice du genre essayiste, rassemblent 107 chapitres en trois livres où l’auteur s’examine librement, sans plan rigide, pour peindre « en toute vérité » la condition humaine dans sa diversité et ses contradictions. Nourri de lectures antiques (Plutarque, Sénèque), de son expérience personnelle, de voyages et des guerres de Religion, Montaigne aborde des thèmes variés – mort, amitié (surtout avec La Boétie), éducation, cruauté, coutume, relativité des mœurs (« Des cannibales »), vanité, maladie, sexualité, politique – sans dogmatisme ni système philosophique. Son scepticisme (« Que sais-je ? ») le pousse à douter des certitudes, à relativiser jugements moraux et culturels, et à privilégier le concret sur l’abstrait. L’unité de l’œuvre réside dans une quête honnête de connaissance de soi (« Je m’étudie plus que tout autre sujet »), une tolérance envers les faiblesses humaines, un humour ironique et une sagesse modérée qui célèbre le plaisir de vivre simplement, sans illusions ni fanatisme. Pleins de digressions, contradictions assumées et retours en arrière, les Essais incarnent un humanisme sceptique et introspectif, précurseur de la modernité, offrant au lecteur un miroir pour mieux se comprendre.
À un moment où l’irrationalisme, le relativisme et l’historicisme radical sont devenus obligatoires pour qui veut être un philosophe de notre époque, il est réellement étonnant que le nom de Spengler n’apparaisse pour ainsi dire jamais. Il est vrai que son cas révèle de façon un peu trop voyante l’existence d’un nietzschéisme de droite (pour ne pas dire plus) : un phénomène dont les interprètes français les plus réputés n’aiment généralement pas beaucoup se souvenir. Le Nietzsche de Spengler fait partie des possibilités et des suites que l’on préfère ignorer hypocritement. De façon générale, l’intermède du IIIe Reich a rejeté dans l’oubli un certain nombre d’antécédents hautement significatifs de l’irrationalisme de la philosophie française contemporaine. On peut se demander si ce n’est pas à ce fait qu’elle doit essentiellement sa réputation d’innocence et de progressisme. Il y a des ancêtres qu’on préfère, autant que possible, ne pas connaître. Mais le mieux est encore de ne pas les avoir. Depuis les années 1960, Jacques Bouveresse n’a cessé de confronter nos modes philosophiques successives aux idées d’auteurs « peu fréquentés » ou « mal famés » : Gottfried Benn, le poète expressionniste ; Oswald Spengler, le penseur du Déclin de l’Occident ; Karl Kraus, le satiriste ; mais aussi les philosophes de la tradition autrichienne, notamment ceux du Cercle de Vienne ; et bien sûr Robert Musil. Il n’y a pas seulement trouvé des armes dans son combat contre les fausses valeurs du monde intellectuel. Il pose en les lisant une question cruciale pour tout rationaliste : quelle part de vérité peut-on reconnaître à l’irrationalisme ou au nietzschéisme sans risquer de perdre l’essentiel ? Professeur au Collège de France, Jacques Bouveresse a publié de nombreux ouvrages de philosophie du langage et de la connaissance mais aussi sur des écrivains comme Robert Musil et Karl Kraus. Il est aussi l’un des principaux commentateurs français de Ludwig Wittgenstein.
Paul Gottfried, philosophe politique américain et figure du paléoconservatisme, livre dans cet ouvrage une critique acérée des dérives du libéralisme contemporain qui, selon lui, a abandonné ses engagements originels envers la liberté individuelle pour devenir un vecteur d'ingénierie sociale et de conformisme idéologique. Sa thèse centrale est que le libéralisme classique, celui de Locke, Montesquieu et Tocqueville, s'est progressivement transformé en son contraire : une idéologie interventionniste qui utilise l'État pour imposer ses normes culturelles et morales à l'ensemble de la société. Gottfried analyse comment les institutions libérales – universités, médias, administrations – sont devenues les instruments d'une nouvelle orthodoxie progressiste qui n'admet aucune dissidence. Il identifie dans ce phénomène une forme de totalitarisme doux, d'autant plus efficace qu'il procède par la manipulation des mœurs et des représentations plutôt que par la contrainte explicite. Sa perspective est résolument conservatrice et nourrie d'une profonde méfiance envers l'utopisme politique sous toutes ses formes. L'ouvrage constitue une contribution importante au débat sur les limites du libéralisme et sur la tension permanente entre liberté et égalité dans les démocraties contemporaines, même si son positionnement politique tranchant en limite parfois la portée analytique.
Cet ouvrage propose une exploration complète de l'histoire du continent africain, depuis les premières civilisations jusqu'à nos jours. Il aborde les grandes périodes historiques, les dynamiques politiques, économiques et culturelles qui ont façonné l'Afrique. L'auteur met en lumière les interactions entre l'Afrique et le reste du monde, tout en soulignant les spécificités locales. Il insiste notamment sur l’impact déterminant des transformations climatiques préhistoriques, sur la conquête et l’islamisation de l’Afrique du Nord, sur l’essor des grands empires sahéliens et sur les effets cumulatifs des trois traites esclavagistes. L’analyse se poursuit avec l’impérialisme du XIXe siècle et le partage du continent à Berlin, puis avec la décolonisation rapide après 1960 et les défis posés par des frontières héritées de l’époque coloniale. Enfin, l’ouvrage montre comment, depuis la fin de la Guerre froide, la réaffirmation des identités ethniques et l’importation de modèles politiques occidentaux ont engendré des tensions contemporaines qui structurent encore la vie politique africaine.
Claude Lévi-Strauss explore la nature et la sophistication de la pensée dite "primitive," argumentant qu'elle n'est pas inférieure à la pensée scientifique occidentale, mais plutôt une logique concrète et méthodologique distincte. L'auteur réfute l'idée que les savoirs indigènes sont uniquement fonctionnels ou limités par les besoins pratiques, en citant des exemples de classifications zoologiques et botaniques extrêmement précises, comme chez les Indiens. Lévi-Strauss introduit le concept de bricolage pour caractériser cette pensée, qui utilise un ensemble fini de moyens pour créer des systèmes d'intelligibilité, soulignant que des pratiques comme la magie et la science moderne sont des modes de connaissance parallèles. Enfin, l'ouvrage démontre l'omniprésence des systèmes de classification dans les mythes, les rituels et l'organisation sociale, allant des tabous aux totémismes, pour affirmer que la pensée sauvage est logique et hautement structurée.
Dans Essai sur le don (1925), Marcel Mauss montre, à partir d’exemples ethnologiques issus de sociétés traditionnelles (Polynésie, Amérique du Nord, Mélanésie), que l’échange n’est pas d’abord un acte économique utilitaire, mais un fait social total engageant à la fois le religieux, le juridique, le politique, le symbolique et l’affectif. Le don n’y est jamais gratuit : il obéit à une triple obligation – donner, recevoir, rendre – qui structure les alliances, hiérarchies et rapports de prestige entre groupes. En révélant que la réciprocité précède historiquement le marché et le contrat, Mauss démontre que les sociétés humaines reposent d’abord sur des relations d’obligation mutuelle plutôt que sur le calcul marchand, offrant ainsi une critique fondamentale des conceptions purement économiques du lien social.
« Dans le premier tome de mes mémoires, les Français ont découvert un jeune Breton fier de sa famille, de sa petite patrie la Trinité, de sa grande patrie, la France. Un fils de la nation désolé de voir celle-ci blessée, rapetissée par la seconde guerre mondiale et la fin de l’Empire, qui n’aura pu, malgré son engagement, empêcher des responsables politiques en poste de l’enfoncer dans la décadence. Le deuxième tome raconte la construction d’un mouvement indépendant qui tente de relever la France, l’aventure exaltante du Front national, si généralement et si bassement calomnié. Quarante ans d’histoire de France, de lutte implacable. Une vie personnelle et familiale parfois difficile. Et puis la suite. La transmission qui ne coule pas de source. Les attaques de plus en plus vives contre la nation. Le mondialisme totalitaire, l’ouragan de l’invasion, l’écologisme maître de la pensée unique. Et la nation trahie. La droite et la gauche piétinant leurs valeurs respectives. Le peuple français abandonné par les collaborateurs du déclin, Giscard, Mitterrand, Chirac, puis par leurs minuscules épigones d’aujourd’hui. J’ai échoué à prendre le pouvoir, mais j’aurai fait ce qu’il fallait faire, vu ce qu’il fallait voir, dit ce qu’il fallait dire. À temps. J’aurai été le tribun d’un peuple martyrisé. Advienne maintenant que pourra. L’heure vient où il faut regarder plus haut que la terre, en espérant pourtant que notre civilisation, notre lignée, trouveront le moyen de survivre. Vive la France quand même ! »
Un nouveau regard sur Le Pen : le sien « Mes grands-parents ne savaient pas lire mais surent donner une vie décente à leurs enfants. Ma paysanne de mère était élégante et fière, mon père, patron pêcheur taciturne, avait navigué pendant la Grande guerre, à treize ans, mousse sur un cap-hornier, ces cathédrales de toile et de bois qui affrontaient les quarantièmes rugissants. A la maison, il n’y avait pas l'eau courante mais on aimait sa famille, son pays et Dieu – et la Bretagne aussi, avec ses îles, ses navires. L’instituteur et le curé nous apprenaient à les chanter ensemble. En somme, j’étais un petit Breton heureux dans la grande France. Puis vint la Seconde guerre mondiale. Le père est mort, la France était blessée, des curés m’ont dégoûté de Dieu. C’est alors que j’ai découvert la folie des hommes, Paris, l’université, l’Indochine, l’Assemblée nationale, l’Algérie. J’eus une épouse et des filles. La vie s’offrait, tantôt magnifique, tantôt désolante. Le petit Breton avait grandi, la France rapetissé. Pour la relever, j’ai choisi le combat politique. »
Gaston Mialaret, figure majeure des sciences de l'éducation françaises, propose dans cet ouvrage de synthèse une introduction rigoureuse aux fondements théoriques et méthodologiques de la psychologie de l'éducation. Discipline carrefour entre psychologie cognitive, psychologie du développement et sciences de l'éducation, la psychologie de l'éducation cherche à comprendre les mécanismes par lesquels les individus apprennent et se développent dans des contextes éducatifs formels et informels. Mialaret présente les grandes théories qui ont structuré ce champ : le béhaviorisme de Skinner, le constructivisme de Piaget, le socioconstructivisme de Vygotski, les théories cognitives de Bruner et leurs implications pédagogiques respectives. Il analyse également les recherches sur la motivation, l'attention, la mémoire et les différentes formes d'intelligence, montrant comment ces connaissances peuvent éclairer les pratiques éducatives. L'ouvrage aborde aussi les questions de différenciation pédagogique, d'évaluation et d'adaptation aux besoins particuliers des élèves. Mialaret insiste sur la nécessité de fonder la pratique pédagogique sur des connaissances scientifiques validées plutôt que sur des intuitions ou des traditions non questionnées. Ce manuel de référence constitue une introduction indispensable pour les étudiants en sciences de l'éducation et pour les enseignants soucieux de comprendre les bases psychologiques de leur pratique professionnelle.
Christopher Lasch montre ici comment des élites hédonistes assoient leur pouvoir sur un culte de la marge et sur un fantasme de l'émancipation permanente. Alors qu'elles sont responsables des normes imposées à la société, leurs comportements consistent à feindre d'être hors norme. Cette dialectique mensongère de la norme et de la marge, remarquablement démontée dans ces pages, est celle de notre temps. Voici un livre qui devrait faire réfléchir tous ceux qui s'inquiètent de l'évolution d'un espace public et médiatique où les élites émancipées se mettent le plus souvent du côté de la transgression en imaginant un ordre moral, un éternel retour de la censure qui ne sont que la contrepartie de leurs transgressions imaginaires. Le testament d'un grand intellectuel anticonformiste, politiquement très incorrect, inclassable et dérangeant.
Et si l'histoire des femmes ne se réduisait pas à une longue chronique de l'oppression patriarcale? Prenant le contre-pied d'une pensée féministe répandue, Christopher Lasch montre le caractère paradoxal de l'émancipation des femmes et insiste sur le rôle qu'elles ont joué dans leur propre soumission : croyant se libérer du patriarcat traditionnel, elles se sont en réalité assujetties à un nouveau paternalisme, celui de la société de consommation et de l'État libéral. Proposant une réflexion solide sur la désintégration de la famille contemporaine, ce recueil d'articles, composé de la main de l'auteur peu de temps avant sa mort, constitue une excellente introduction aux grands thèmes de la pensée de Lasch.
Il y a des philosophes mélomanes et des philosophes sourds... Quelques-uns seulement ont fait de la musique l’épicentre de leur vision du monde. Deux ou trois ont été compositeurs – Rousseau, Adorno. D’autres, mélomanes, ont écrit sur la musique ou les musiciens. Nietzsche, lui, a réuni ces trois talents. Avec son ami Jean-Yves Clément, Michel Onfray aborde une multitude de questions : y a-t-il une essence de la musique ? Dit-elle quelque chose ? Comment et pourquoi devient-on mélomane ? Quels rapports entretiennent musique et philosophie ? Michel Onfray raconte ses premières expériences, ses rendez-vous manqués, la façon dont il a construit sa culture musicale en autodidacte, avant de travailler aujourd’hui avec des compositeurs contemporains. Il nous confie comment la musique lui a appris à écrire, à composer ses livres...
Pierre Kropotkine, géographe et théoricien anarchiste russe, expose dans ce texte bref et percutant les fondements éthiques de l'anarchisme en les distinguant rigoureusement de toute morale autoritaire, qu'elle soit religieuse, étatiste ou utilitariste. Pour Kropotkine, la morale authentique ne procède pas d'un commandement extérieur – divin, légal ou social – mais de l'instinct de solidarité et d'entraide qui caractérise l'espèce humaine dans son histoire naturelle. Il s'appuie sur ses recherches en biologie et en anthropologie pour affirmer que la coopération, et non la compétition, constitue le moteur principal de l'évolution des espèces sociales. La morale anarchiste qu'il propose est donc une éthique de l'immanence : elle trouve ses fondements dans la nature même de l'être humain social, sans avoir besoin d'un garant transcendant. Cette position s'oppose directement au darwinisme social qui justifie les inégalités par la sélection naturelle, et au moralisme religieux qui fonde l'éthique sur la révélation. Kropotkine dessine ainsi les contours d'une société sans État ni autorité coercitive, dans laquelle la solidarité spontanée remplacerait les mécanismes institutionnels de régulation sociale. Ce texte, remarquablement clair et accessible, reste l'une des meilleures introductions aux fondements philosophiques de l'anarchisme communiste.
André Piganiol, historien français spécialiste de l'Antiquité romaine, offre dans cet ouvrage de synthèse une fresque complète de l'histoire de Rome depuis ses origines légendaires jusqu'à la chute de l'Empire d'Occident en 476. Alliant érudition philologique et sens de la narration, Piganiol guide le lecteur à travers les grandes phases de l'histoire romaine : la monarchie primitive, la République aristocratique et ses crises, l'Empire augustéen et sa stabilisation, les dynasties successives et leurs vicissitudes, la crise du IIIe siècle et la transformation tardive de l'Empire. Piganiol accorde une attention particulière aux structures institutionnelles, économiques et sociales qui ont permis à Rome de construire un empire méditerranéen durable, mais aussi aux tensions internes et aux pressions extérieures qui ont progressivement érodé cette construction monumentale. Sa lecture de la chute de Rome est nuancée : il refuse les explications monocausales au profit d'une analyse complexe mêlant facteurs militaires, économiques, démographiques et culturels. L'ouvrage reste une synthèse de référence par la clarté de son exposé et la solidité de son érudition, même si les découvertes archéologiques et historiographiques ultérieures ont enrichi ou nuancé certaines de ses analyses. Une introduction solide et complète pour quiconque souhaite comprendre l'une des civilisations les plus influentes de l'histoire humaine.
Paul Veyne, historien antiquisantet membre de l'Académie française, réunit dans ce recueil une série d'essais et de leçons qui illustrent sa conception singulière de l'histoire ancienne : un regard à la fois savant et étonné sur les façons de penser et de vivre des Anciens, radicalement différentes des nôtres. Veyne excelle à restituer l'étrangeté du passé sans l'anachronisme : il ne projette pas nos catégories modernes sur les Grecs et les Romains, mais cherche à comprendre leur logique propre, leurs évidences et leurs angles morts. Ces essais abordent des thèmes variés : la sexualité antique, la religion romaine, le stoïcisme comme art de vie, la conception du bonheur chez les Anciens, le rapport à la mort et à la mémoire. Veyne montre comment ces sociétés ont construit des systèmes cohérents de représentation du monde qui n'ont ni la même logique ni les mêmes priorités que les nôtres. Son écriture, remarquablement claire et souvent ironique, rend accessibles des questions d'histoire intellectuelle habituellement réservées aux spécialistes. À l'école des Anciens constitue une invitation à la philosophie pratique autant qu'à l'histoire : ces penseurs du passé, en nous montrant que d'autres manières de vivre ont été possibles, élargissent notre imagination du présent et de l'avenir.
Emmanuel Mounier, fondateur du personnalisme et de la revue Esprit, aborde dans cet essai la triple dialectique existentielle qui structure selon lui la condition humaine authentique : l'aventure comme ouverture au possible et à la transcendance, l'ennui comme tentation du repli sur soi et du conformisme, le sérieux comme engagement responsable dans le monde. Contre le divertissement pascalien qui fuit la question du sens, Mounier défend une philosophie de l'engagement personnel qui ne sacrifie pas la profondeur intérieure à l'agitation superficielle. L'aventure véritable n'est pas l'escapisme romantique mais l'engagement total d'une personne dans une cause qui la dépasse. L'ennui, loin d'être un simple état affectif négatif, révèle la vacuité d'une existence qui n'a pas trouvé son orientation essentielle. Le sérieux enfin – non la gravité pédante mais l'engagement responsable – caractérise l'existence personnelle qui a choisi de se donner à une vocation. Mounier développe ces thèmes dans un dialogue constant avec les existentialistes de son époque, qu'il admire mais dont il critique l'individualisme athée. Sa vision personnaliste cherche à intégrer la dimension communautaire et spirituelle que l'existentialisme sartrien tend à négliger. Cet essai reste une introduction accessible et stimulante à la pensée personnaliste.
Des démocrates athéniens à Montesquieu, d'Aristote à Rousseau, personne ne songeait à faire de l'élection l'instrument démocratique par excellence. Démocratie n'équivalait alors pas à gouvernement représentatif ; c'est le tirage au sort qui paraissait le mieux apte à respecter l'égalité stricte des candidats. Que s'est-il donc passé au tournant du XVIIIe siècle, en Europe et aux Etats-Unis, pour que se renverse cette conception multiséculaire et qu'advienne l'idée qu'une démocratie est, par essence, un gouvernement représentatif ? Dans cet essai, Bernard Manin montre que le système représentatif n'a pas pour seule fonction de permettre au peuple de se gouverner lui-même. Le gouvernement représentatif mêle en fait des traits démocratiques et aristocratiques. L'élu n'est jamais le double ni le porte-parole de l'électeur, mais gouverne en anticipant le jour où le public rendra son jugement.
Cette œuvre séminale de Samuel Huntington propose un nouveau paradigme géopolitique pour l'après-Guerre froide, affirmant que les conflits majeurs ne sont plus idéologiques mais culturels. L'auteur définit les civilisations comme les entités collectives les plus vastes, structurées par la religion, l'histoire et la langue. Il observe un déclin relatif de l'Occident face à la montée en puissance de l'Asie et à la résurgence de l'Islam, créant des tensions aux lignes de fracture du globe. Le texte examine également le défi des pays "déchirés" qui tentent de changer d'identité culturelle, comme la Turquie ou la Russie. En conclusion, Huntington plaide pour que l'Occident préserve son héritage unique tout en renonçant à l'universalisme pour éviter une guerre mondiale entre blocs civilisationnels.
Best-seller d’un anthropologue américain et théoricien anarchiste influent, initiateur d’Occupy Wall Street en 2011, David Graeber propose dans ce livre une lecture qui contredit le récit économique classique : selon lui, le crédit précède la monnaie et la dette structure depuis toujours nos systèmes économiques et nos rapports sociaux, bien avant le troc. Il montre aussi que nombre de nos concepts moraux – culpabilité, pardon, rédemption – trouvent leur origine dans les conflits antiques autour de la dette. L’ouvrage explore les alternances historiques entre sociétés de crédit et d’argent métallique, évoque les jubilés de dettes de l’Antiquité et interroge enfin la morale même du remboursement, en contestant l’idée que toute dette doive nécessairement être honorée.
Frédéric Hermel vit en Espagne depuis près de trente ans mais reste profondément attaché à ses racines : la France et son Pas-de-Calais natal. Exilé volontaire, il visite dans cet ouvrage les petits et grands trésors de notre pays, ces merveilles du quotidien qui marquent notre différence mais que, souvent, nous ne savons plus voir ni apprécier. Chaque chapitre est construit comme un tableau dans lequel l’auteur brosse avec tendresse le portrait d’une particularité typiquement française : les bals du 14 Juillet, la passion du pain, le vouvoiement, le parfum, mais aussi les poèmes de Victor Hugo qu’on apprend à l’école ou l’attente fébrile du passage du Tour de France... Tous ces tableaux forment un musée imaginaire dans lequel le lecteur déambule le cœur léger. Un hymne vibrant à la France et à ses innombrables beautés.
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