A Droite

Ouvrage

Théorie du partisan et notion du politique

Ce livre explore l'évolution de la figure du combattant irrégulier dans l'histoire moderne. L'auteur identifie la guérilla espagnole de 1808 comme le point de rupture où des civils ont affronté pour la première fois une armée régulière issue de la Révolution française. Cette transition marque la fin du droit classique de la guerre, lequel reposait sur une distinction stricte entre militaires et non-combattants au sein de conflits étatiques limités. Le texte souligne comment cette forme de lutte, centrée sur une hostilité absolue, a été théorisée par des penseurs comme Clausewitz avant d'être radicalisée par Lénine et Mao Tsé-toung. Finalement, Schmitt démontre que le partisan moderne n'est plus un simple hors-la-loi, mais un acteur politique central des conflits mondiaux contemporains.

Auteur

Carl Schmitt
Carl Schmitt

Juriste et philosophe politique allemand, Schmitt affirme que le politique repose sur la distinction fondamentale entre ami et ennemi. Il critique les illusions libérales et insiste sur la nécessité d’un souverain capable de trancher dans les situations de crise.

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Contenu

Cet ouvrage regroupe deux textes fondamentaux de Carl Schmitt qui ont été publiés initialement à des dates distinctes : 1932 pour ++La Notion de politique++ et 1963 (avec une version préliminaire en 1962) pour la Théorie du partisan. En Français, ils sont regroupés dans un même volume, comme le propose l'édition de chez ++Flammarion sur le site des Éditions Flammarion++.

La pensée de Carl Schmitt dans cet ouvrage

La thèse centrale de Schmitt repose sur la définition et l'évolution de la figure du partisan, qu'il considère comme une figure clé pour comprendre la réalité politique moderne.

Schmitt définit le partisan authentique selon quatre critères fondamentaux :

  1. L'irrégularité : Le partisan est un combattant qui ne fait pas partie d'une armée régulière et ne porte pas l'uniforme traditionnel.
  2. La mobilité : Il se caractérise par un haut degré de souplesse, de rapidité et de capacité à passer de l'offensive à la retraite.
  3. L'engagement politique intensif : Contrairement au pirate ou au bandit dont les buts sont privés (enrichissement), l'action du partisan est intrinsèquement politique.
  4. Le caractère tellurique : C'est un combattant lié au sol, à la population autochtone et à la géographie de son pays. Sa position est fondamentalement défensive : il protège son territoire contre un envahisseur étranger.

Schmitt retrace ensuite une évolution historique et théorique cruciale :

  • L'origine espagnole (1808-1813) : Le partisan naît de la résistance du peuple espagnol contre les armées régulières de Napoléon.
  • L'accréditation philosophique à Berlin (1813) : Des penseurs et militaires prussiens (comme Clausewitz) donnent au partisan une base théorique et une légitimité intellectuelle.
  • Le tournant de Lénine : Avec Lénine, le partisan cesse d'être purement tellurique et défensif pour devenir un instrument de la révolution mondiale. L'hostilité, qui était autrefois limitée à un « ennemi réel » (qu'on respecte en tant que belligérant), devient une hostilité absolue contre un « ennemi absolu » (qu'on cherche à exterminer moralement et physiquement).
  • Mao Tsé-Toung : Mao réalise la synthèse la plus complète en intégrant la force tellurique (la paysannerie chinoise) à l'idéologie communiste globale, faisant du partisan le personnage central d'une guerre qui mêle action militaire et guerre psychologique.

Schmitt conclut que le développement technique et industriel moderne risque de transformer le partisan en un simple outil interchangeable de puissances mondiales, lui faisant perdre son lien avec le sol (dé-tellurisation) et ouvrant la voie à une extermination totale dans l'ère nucléaire.


Description de l'ouvrage

L'ouvrage est issu de deux conférences prononcées par Schmitt en Espagne au printemps 1962. Il se présente comme un examen de la transformation du droit international et des méthodes de combat. Schmitt y analyse comment le modèle classique de la guerre entre États souverains (le Jus Publicum Europaeum), qui limitait l'hostilité, a été démantelé par l'apparition du partisan et de la guerre révolutionnaire. Le livre mêle analyses historiques, théories militaires (notamment une relecture de Clausewitz) et réflexions juridiques sur le statut du combattant.


Voici un résumé détaillé de chaque chapitre de l'ouvrage :

1. Préface

L'ouvrage tire son origine de deux conférences prononcées par Carl Schmitt en Espagne au printemps 1962. Bien que présenté comme une « note incidente » à ses travaux sur la notion de politique, il constitue un travail indépendant centré sur le problème de la discrimination entre l'ami et l'ennemi. Schmitt y explique vouloir rendre accessibles ses réflexions sur l'évolution de la figure du partisan à ceux qui suivent le débat sur la politique.

2. Introduction : Regard sur la situation de départ, 1808-1813

Schmitt identifie la guerre de guérilla espagnole contre Napoléon comme l'acte de naissance du partisan moderne. C'est la première fois qu'un peuple "pré-bourgeois" affronte avec succès une armée régulière moderne et organisée. L'auteur souligne que le partisan combat en irrégulier, et que cette irrégularité prend toute sa force en s'opposant à la précision de l'organisation étatique napoléonienne. Si des réformateurs prussiens comme Gneisenau et Scharnhorst furent profondément influencés par ce modèle, le Congrès de Vienne (1814-1815) restaura ensuite le droit européen classique de la guerre limitée, reléguant le partisan à une figure marginale.

3. L'horizon de notre étude

Le droit international classique (le Jus Publicum Europaeum) ne laissait aucune place au partisan, considéré soit comme troupe légère, soit comme hors-la-loi. Cependant, l'introduction du service militaire obligatoire et les guerres du peuple ont brouillé ces limites. Schmitt oppose l'hostilité conventionnelle des guerres limitées à l'hostilité réelle du partisan moderne, dont l'escalade mène au terrorisme et à l'extermination. Il évoque également le cas de la Russie en 1812, où le combat partisan fut mythifié par Tolstoï avant d'être intégré à la stratégie bolchevique par Staline.

4. Le terme et le concept de partisan

Schmitt définit le partisan authentique par quatre critères :

  • L'irrégularité : Absence d'uniforme et opposition au soldat régulier.
  • L'engagement politique intensif : C'est ce qui le distingue du pirate ou du bandit motivé par le gain privé.
  • La mobilité : Un haut degré de souplesse, de rapidité et de capacité de retraite.
  • Le caractère tellurique : Le partisan est fondamentalement lié au sol national et à une position défensive. Il note toutefois que le progrès technique risque de "dé-telluriser" le partisan, en faisant un simple outil interchangeable au service de puissances mondiales.

5. Regard sur la situation de droit international

L'auteur analyse l'évolution juridique allant du Règlement de La Haye (1907) aux Conventions de Genève (1949). Ces dernières tentent d'accorder des droits de combattants aux mouvements de résistance organisés, mais créent une confusion juridique en assouplissant les distinctions classiques entre militaires et civils. Schmitt souligne le paradoxe de la protection de la population : protéger les civils revient souvent à protéger le partisan qui se cache parmi eux. Il discute également du concept de risque (emprunté au droit maritime), soulignant que le partisan accepte d'être rejeté hors du droit par son ennemi.

6. Évolution de la théorie

Ce chapitre retrace le passage du partisan comme combattant national à celui de soldat de la révolution mondiale :

  • La Prusse : Après 1813, l'armée prussienne a banni la notion de partisan au profit du combat régulier d'État à État.
  • L'accréditation à Berlin : C'est pourtant à Berlin, par des penseurs comme Fichte et Clausewitz, que le partisan a reçu sa légitimation philosophique et théorique.
  • De Clausewitz à Lénine : Lénine transforme le partisan en un instrument de la guerre de classes. L'hostilité devient absolue contre l'ennemi bourgeois.
  • Mao Tsé-Toung : Mao réalise la synthèse la plus puissante en alliant la force tellurique des paysans chinois à l'agressivité de l'idéologie communiste.
  • Raoul Salan : Schmitt examine le cas du général français qui, par "esprit géométrique" et amertume après les défaites en Indochine et Algérie, a fini par devenir lui-même un partisan contre son propre État.

7. Aspects et concepts du dernier stade

Schmitt conclut par quatre dimensions de la situation actuelle :

  • L'espace : Le partisan crée un espace de combat en "profondeur" (clandestinité), similaire au sous-marin en mer.
  • Le démantèlement social : La guerre subversive détruit les structures sociales traditionnelles (ex : changement de nature de la prise d'otages).
  • Le tiers intéressé : Le partisan a besoin du soutien d'une puissance tierce pour obtenir des armes et une reconnaissance politique.
  • L'ennemi absolu : Avec les armes de destruction massive, l'hostilité réelle devient hostilité absolue. Pour justifier l'extermination, on doit criminaliser totalement l'adversaire, ce qui marque la fin de la guerre limitée et le triomphe de l'inhumanité.