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Ouvrage

Le Génocide voilé

Le Génocide voilé est une enquête historique de Tidiane N’Diaye qui révèle la traite négrière arabo-musulmane en Afrique subsaharienne pendant treize siècles comme un génocide massif et systématiquement occulté.

Auteur

Tidiane Ndiaye
Tidiane Ndiaye
HistorienÉcrivain
1950-2025Franco-Sénégalais

Tidiane N’Diaye était un anthropologue, économiste et écrivain franco-sénégalais, né au Sénégal. Après un engagement de cinq ans dans la Légion étrangère (2e REP), il poursuit des études en France et devient chargé d’études à l’INSEE, où il réalise de nombreuses analyses économiques et sociales sur les départements d’outre-mer, avant d’enseigner l’économie descriptive et de diriger des recherches à Sup de Co Caraïbes. Spécialiste de l’histoire des civilisations négro-africaines et de leurs diasporas, il a publié plusieurs essais sur ces thèmes, dont Le Génocide voilé (2008), qui lui a valu une nomination au prix Renaudot de l’essai.

Contenu

Le Génocide voilé (Tidiane N’Diaye, Gallimard, 2008 ; réédité en Folio) est une enquête historique sur la traite négrière arabo-musulmane en Afrique subsaharienne.

L’auteur, anthropologue et économiste franco-sénégalais, retrace treize siècles de razzias (du VIIe au XXe siècle) qui auraient fait environ 17 millions de victimes : hommes castrés, femmes réduites en esclavage, populations déportées à travers le Sahara ou par mer via Zanzibar vers le Maghreb, l’Égypte et la péninsule Arabique. Il insiste sur la brutalité extrême de cette traite (mortalité massive liée à la castration et aux marches forcées) et sur le fait qu’elle a quasiment empêché les esclaves de faire souche, à la différence de la traite atlantique.

N’Diaye explique pourquoi ce pan de l’histoire reste largement occulté : la conversion à l’islam, la solidarité religieuse entre Africains islamisés et monde arabo-musulman, et le recentrage des mémoires sur la seule traite occidentale. L’ouvrage est documenté, polémique et se veut un effort pour lever le voile sur un « génocide » longtemps passé sous silence.

Thèse centrale de Tidiane N’Diaye dans Le Génocide voilé :

La traite négrière arabo-musulmane constitue un « génocide » de très longue durée (treize siècles, du VIIe au XXe) qui a été volontairement occulté (« voilé »), alors qu’elle a été plus destructrice, plus longue et plus massive que la traite atlantique.

Les points principaux de sa démonstration :

  1. Une durée et une ampleur exceptionnelles Alors que la traite transatlantique a duré environ quatre siècles, les razzias arabo-musulmanes se sont poursuivies sans interruption pendant treize siècles. N’Diaye avance le chiffre d’environ 17 millions de victimes (tuées, castrées ou réduites en esclavage), dont une très grande partie n’a jamais survécu au trajet (traversée du Sahara à pied ou transport maritime depuis l’Afrique de l’Est).
  2. Un caractère génocidaire par la castration systématique Contrairement à la traite atlantique, où les esclaves pouvaient se reproduire, la traite orientale s’accompagnait très souvent de la castration des hommes (pratiquée dans des conditions atroces, avec une mortalité estimée à 70-75 %). Résultat : quasi-disparition des populations noires déportées dans le monde arabo-musulman. Peu d’esclaves ont fait souche. C’est ce mécanisme d’éradication démographique qui justifie, pour l’auteur, le terme de « génocide ».
  3. Un oubli volontaire et collectif Pourquoi ce pan de l’histoire est-il si peu évoqué, alors que la traite atlantique est massivement documentée et enseignée ?
  • La conversion à l’islam était théoriquement un moyen d’échapper à l’esclavage, ce qui a favorisé l’islamisation progressive de l’Afrique noire.
  • Aujourd’hui, la majorité des Africains étant musulmans, il existe une solidarité religieuse entre descendants de victimes et descendants de bourreaux.
  • Cette solidarité, combinée à une lecture anticoloniale qui focalise toutes les critiques sur l’Occident, conduit à « voiler » la traite orientale.
  1. Une continuité jusqu’à l’époque contemporaine N’Diaye rappelle que la traite n’a officiellement pris fin qu’au XXe siècle et que des formes d’esclavage ou de nettoyage ethnique (il évoque notamment le Darfour) persistent encore dans certaines régions.

En résumé, l’auteur (lui-même Noir et musulman) défend l’idée que le silence sur cette traite n’est pas un simple oubli, mais le produit d’un tabou idéologique et religieux qui empêche une mémoire complète de l’esclavage en Afrique. Son livre se veut donc un acte de vérité historique contre ce qu’il considère comme une amnésie organisée.