Ouvrage
C'était de Gaulle
Cet ouvrage d'Alain Peyrefitte offre une plongée intime dans la pensée politique et l'action du Général de Gaulle durant sa présidence. À travers des dialogues et des témoignages directs, l'auteur illustre la volonté farouche du dirigeant de restaurer la souveraineté française et de bâtir un État fort. Le récit aborde des thèmes cruciaux tels que la résolution tragique de la guerre d'Algérie, la construction d'une Europe indépendante face à l'influence américaine, et la réforme des institutions républicaines. On y découvre un homme d'État déterminé à placer l'intérêt national au-dessus des querelles partisanes. Ce premier tome souligne l'ambition gaullienne de rendre à la France son prestige et son autonomie sur la scène mondiale. En somme, ces sources constituent une archive précieuse sur l'exercice du pouvoir et la vision d'un personnage historique complexe.
Auteur

Homme politique, diplomate et écrivain français, proche de Charles de Gaulle. Normalien et énarque, il a été plusieurs fois ministre (Information, Éducation nationale, Justice) et maire de Provins pendant plus de trente ans. Membre de l’Académie française, il est l’auteur de livres marquants comme Le Mal français et Quand la Chine s’éveillera….
Themes
Contenu
C’était de Gaulle, dont le premier tome est sous-titré « La France redevient la France », est un témoignage historique de premier rang basé sur les notes prises par Alain Peyrefitte au cours de ses entretiens avec Charles de Gaulle entre 1958 et 1963. Peyrefitte y a consigné les propos du Général « au jour le jour », souvent en sténographie personnelle, pour en préserver la brutalité, la familiarité militaire et l'authenticité, loin des reconstructions habituelles des Mémoires.
L'ouvrage ne cherche pas à présenter une doctrine figée, mais plutôt une pensée en mouvement, une « pédagogie instantanée » destinée à ses ministres. Il dépeint un de Gaulle pragmatique, fuyant l'idéologie pour se concentrer sur la conduite à adopter face aux réalités. Le livre est structuré de manière chronologique, mais organise le matériau par thèmes pour faire ressortir la permanence des principes gaulliens à travers les événements.
La démarche de Peyrefitte est celle d'un « scribe » fidèle et d'un observateur attentif. Sa pensée est guidée par plusieurs axes :
- L'objectivité par la prise de notes à chaud : Il refuse de remodeler ses souvenirs a posteriori et préfère livrer le Général « tel qu’il était », avec ses colères, ses injustices et sa grandeur.
- Le rôle de « surface plane » : Peyrefitte se définit comme celui qui renvoie les balles au Général sans les couper, cherchant avant tout à le comprendre en profondeur pour mieux transmettre sa pensée.
- La quête de la légitimité : Peyrefitte est fasciné par la manière dont de Gaulle incarne la France et l'État. Il voit en lui l'homme capable de rendre à la France sa dimension universelle et sa fierté.
- Le gaullisme comme « troisième voie » : À travers ses questions, il explore la vision gaullienne d'une France indépendante des deux blocs (USA/URSS) et d'un système social dépassant le capitalisme et le collectivisme.
Citations phares du Général de Gaulle
L'ouvrage regorge de formules percutantes qui synthétisent sa pensée politique et sa vision de l'Histoire :
- Sur les Français : « C'est très bien qu'il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu'elle a une vocation universelle. Mais à condition qu'ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. »
- Sur la France et sa mission : « [Notre pays] est champion de l’indépendance des nations, contre toute hégémonie. Tous le sentent obscurément dans le monde ; la France est la lumière du monde, son génie est d’éclairer l’univers. »
- Sur la légitimité : « Les questions d’autorité, de subordination, d’ordre social, sont résolues par la loi et le règlement. Mais quand il y a une urgence nationale, comprenez-vous, un péril public... le critère des critères, c’est l’intérêt du pays, qui doit toujours primer. L’État en est le garant. Si la légalité est défaillante, la légitimité doit s’y substituer. » (Le titre du chapitre correspondant est explicitement : « La légitimité passe avant la légalité »).
- Sur l'Algérie et l'intégration : « Si nous faisions l’intégration, si tous les Arabes et Berbères d’Algérie étaient considérés comme Français, comment les empêcherait-on de venir s’installer en métropole, alors que le niveau de vie y est tellement plus élevé ? Mon village ne s’appellerait plus Colombey-les-Deux-Églises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées ! »
- Sur les nations : « Vouloir faire "l'Europe supranationale" sans les nations, ou à plus forte raison contre les nations, c'est une absurdité ! La seule réalité internationale qui tienne, au moins dans ce siècle et sans doute dans le prochain, ce sont les nations. La seule institution qui ait qualité pour répondre d'une nation, c'est l'État qui la dirige. » (Il répète plus loin : « Les seules réalités internationales, ce sont les nations. »).
- Sur l'Europe : « Chaque peuple est différent des autres, incomparable, inaltérable, irréductible. Il doit rester lui-même... Si vous voulez que des nations s'unissent, ne cherchez pas à les intégrer comme on intègre des marrons dans une purée de marrons. Il faut respecter leur personnalité. »
- Sur l'indépendance et les alliés : « Les Américains ne pourront jamais s'empêcher de favoriser au maximum la carrière d'un Jean Monnet... et de s'opposer à de Gaulle, car ils sentent en lui un homme qui leur résiste. Pourtant, ils devraient comprendre que le meilleur allié des États-Unis, ce n'est pas celui qui s'aplatit devant eux, c'est celui qui sait leur dire non. »
- Sur l'État : « Ma tâche essentielle, celle qui commande toutes les affaires dont j'ai reçu la charge... c'est de bâtir l'État. J'ai reçu mandat de bâtir un État qui en soit un... La mission que m'a donnée le peuple, c'est de sculpter la statue de l'État. »
- Sur le peuple : « Le thème de la nation passe bien... Bien sûr qu'il passe ! Les Français redeviennent français ! Nous vivons dans des temps difficiles. Il faut s'élever au-dessus des intérêts particuliers. Si nous nous divisons, si nous nous disputent, nous sommes perdus... Quand les Français se divisent et se disputent, je leur parle de la France. »
- Sur le communisme et la Russie : « Les seules réalités internationales, ce sont les nations. La Russie boira le communisme comme le buvard boit l'encre. »
- Sur l'inflation : « Nous devons avoir une monnaie forte. L'inflation est agréable pour bien des gens : les emprunteurs, les propriétaires, les salariés qui croient qu'ils gagnent davantage... Mais elle mine les bases mêmes de l'existence d'un pays. Notamment à l'intérieur du Marché commun. »
