Ouvrage
Malaise dans la génération Z
Génération Z (1995-2013) : plus déprimée, anxieuse et fragile que toutes les précédentes. Dans Malaise dans la génération Z, Pierre Valentin montre que smartphones et Covid n’ont fait qu’exacerber une culture thérapeutique individualiste qui pathologise le quotidien, transforme les troubles en identité (70 % des jeunes Américains s’y reconnaissent) et révèle, derrière les chiffres hallucinants, une profonde crise du sens.
Auteur

Pierre Valentin est un jeune essayiste et philosophe politique français, l’un des premiers et des plus influents analystes critiques du wokisme et des fragilités de la génération Z.
Positionnement
L'ouvrage de Pierre Valentin, Malaise dans la génération Z, aborde des problématiques contemporaines avec une critique mesurée des dynamiques individualistes et de la culture thérapeutique. Bien que l'auteur ne se positionne pas explicitement dans un cadre politique, son analyse des souffrances de la génération Z et des conséquences des nouvelles technologies s'inscrit dans une perspective qui peut être perçue comme conservatrice. Il met en lumière une crise morale et culturelle, ce qui résonne avec des préoccupations souvent exprimées par des voix de droite modérée. La réflexion sur le malaise social et les remèdes possibles, sans appel à des solutions radicales, renforce cette classification.
Contenu
La génération Z, celle des personnes nées entre 1995 et 2013 (aujourd’hui âgées de 13 à 31 ans), est la nôtre : nos enfants, nos petits-enfants, nos amis, nos conjoints. Équipée de smartphones et baignée dans les réseaux sociaux, elle a traversé la crise financière de 2008, les attentats de 2015 et la période du Covid. Et elle va mal. Le constat est unanime parmi les spécialistes : cette génération est plus déprimée, plus anxieuse, plus fragile et plus malheureuse que toutes celles qui l’ont précédée. Les causes de ce malaise et les remèdes possibles font l’objet d’un débat intense. Dans Malaise dans la génération Z (Gallimard, 2026), Pierre Valentin s’efforce de remonter aux racines les plus profondes de cette détresse. Si les nouvelles technologies et les confinements y ont indéniablement contribué, ils n’ont fait qu’exacerber des dynamiques individualistes plus vastes. Derrière la souffrance psychologique se dessine le portrait d’une génération qui radicalise les tendances à l’œuvre dans toute la société, et qui annonce peut-être le monde de demain. Sa souffrance trahit une crise morale et culturelle : une crise du sens.
Des chiffres qui heurtent, surtout aux États-Unis
L’auteur s’appuie en priorité sur les données américaines, particulièrement abondantes. Outre-Atlantique, 50 % des 18-35 ans déclarent avoir régulièrement songé au suicide. Depuis le XXe siècle, chaque génération américaine a été plus dépressive que la précédente. À la sortie de la Seconde Guerre mondiale, une « culture thérapeutique » s’installe progressivement. Les psychiatres et psychologues prennent peu à peu le pas sur les parents, les prêtres et les enseignants. Cette médicalisation du mal-être s’accompagne d’une explosion du nombre de troubles décrits dans les manuels de référence. Le DSM (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders) passe d’une centaine de pages en 1952 à près de 500 en 1980, puis à 1 120 pages en 2022.
Cf l'analyse du Professeur de psychiatrie canadien Rob Whitley, cité dans l’ouvrage de Valentin :
Le DSM jette un filet diagnostique, et ce filet capture de plus en plus de personnes, les recherches indiquant une augmentation de 50 % de la prévalence des maladies mentales après la transition du DSM-III au DSM-III-R, avec une augmentation similaire [...] lors de la transition du DSM-III au DSM-IV. Cela signifie que des millions de personnes passent du jour au lendemain d’individus mentalement sains à des patients potentiels qui nécessitent un traitement, ce qui augmente la demande globale de services psychiatriques.
Ces évolutions reflètent certes des progrès de la recherche. Mais elles suscitent aussi le soupçon d’une pathologisation croissante de comportements autrefois considérés comme normaux. Le professeur de psychiatrie canadien Rob Whitley, cité par Valentin, l’analyse ainsi : le DSM jette un filet diagnostique de plus en plus large. Les recherches indiquent une augmentation d’environ 50 % de la prévalence des maladies mentales après le passage du DSM-III au DSM-III-R, avec une hausse similaire lors de la transition vers le DSM-IV. Des millions de personnes passent ainsi, du jour au lendemain, du statut d’individus mentalement sains à celui de patients potentiels, augmentant mécaniquement la demande de services psychiatriques.
Une culture thérapeutique aux résultats ambivalents
Les résultats de cette culture thérapeutique s’avèrent en partie décevants. Dans un contexte de crise identitaire, elle peut encourager insidieusement les jeunes à s’identifier à leurs troubles et à s’y enfermer. Environ 70 % des jeunes de la génération Z aux États-Unis affirment que les défis liés à la santé mentale constituent une partie importante de leur identité — plus de deux fois plus que chez les baby-boomers. Les femmes sont davantage concernées.
Cette culture trouve un terrain fertile dans le monde numérique, qui recrée des « communautés » pour des jeunes isolés et perdus. En août 2023, le hashtag #trauma avait déjà atteint plus de 25 milliards de vues sur TikTok, tandis que #mentalhealth dépassait les 100 milliards. Résultat : 42 % des jeunes de la génération Z aux États-Unis ont déjà reçu au moins un diagnostic de trouble mental. La normalité devient de plus en plus anormale… ou l’anormalité de plus en plus normale.
Et en France ?
La culture thérapeutique explose également dans notre pays. Les succès d’audience de séries comme HPI ou En thérapie (la plus vue de l’histoire d’Arte) en témoignent. Cette vague culturelle envahit les podcasts — on pense notamment à Folie douce de Lauren Bastide — et les documentaires. Plusieurs champions du monde 2018 ont été mobilisés pour parler de leurs difficultés psychologiques.
De façon plus latente mais néanmoins massive, on aperçoit un peu partout des signes de la direction thérapeutique que prend notre culture. La série En thérapie sur Arte est la plus vue de l’histoire de la plateforme, et les épisodes de HPI (pour « Haut potentiel intellectuel ») pulvérisent des records d’audience. Cette vague culturelle prend également d’assaut l’univers des podcasts, avec notamment « Folie douce » où la journaliste Lauren Bastide « invite des personnalités à se confier sur leur parcours en santé mentale, histoire de secouer les tabous sous un angle intime et politique² ». De nombreux champions de la Coupe du monde de football de 2018 ont été mobilisés pour témoigner de leurs difficultés psychologiques dans un documentaire intitulé « Têtes plongeantes : faire équipe pour la santé mentale », émission qui fut multidiffusée le mardi 2 décembre 2025 sur TMC, TF1+, L’Équipe, YouTube, TV5 Monde...
Même Miss France a utilisé son temps d’antenne pour évoquer sa santé mentale. Stromae, en 2022, chantait Santé en direct au journal télévisé de TF1, confiant ses pensées suicidaires.
De la même façon, la gagnante de Miss France 2026 a utilisé son temps d’antenne pour parler de sa santé mentale. Au moment de promouvoir son dernier album en 2022, Stromae profitait d’un entretien au journal télévisé de TF1 pour chanter Santé, les yeux dans la caméra, dont le refrain est : « J’ai parfois eu des pensées suicidaires / Et j’en suis peu fier / On croit parfois que c’est la seule / Manière de les faire taire / Ces pensées qui me font vivre un enfer / Ces pensées qui me font vivre un enfer. » Cette confession cathodique a été excellemment accueillie, et l’album un succès colossal.
Les chiffres suivent la même pente. La part de Français ayant suivi une psychothérapie est passée de 5 % en 2001 à 8 % en 2006, puis à plus de 20 % en 2013. Le nombre de psychologues a bondi de 27 000 en 2008 à 66 000 dix ans plus tard, pour atteindre 77 000 psychologues actifs de moins de 62 ans début 2024. La hausse s’est poursuivie.
Il ne s’agit évidemment pas de nier la souffrance ni d’arrêter de soigner les troubles mentaux. Le livre de Pierre Valentin est bien plus nuancé que ce résumé. Il s’appuie sur de nombreux travaux de psychologues et refuse toute posture simpliste.
Une thèse qui force le trait… pour mieux interroger
Sur son profil, l’auteur propose un schéma qui résume sa thèse : la culture thérapeutique, loin de résoudre le problème, radicalise des tendances individualistes plus anciennes et contribue à transformer le mal-être en identité. Ce schéma est subjectif. On peut en discuter, en contester certains aspects. Cela n’empêche pas d’apprécier une lecture passionnante, documentée et plus nuancée que les extraits qui en circulent.
Derrière les statistiques et les hashtags, Valentin voit une génération qui, en radicalisant les dynamiques de toute la société, nous force à regarder en face une crise plus large : celle du sens, de la projection dans l’avenir et des liens qui nous relient les uns aux autres. Le malaise de la génération Z n’est pas seulement un problème de santé mentale. C’est un symptôme.
Cet article est basé sur l'analyse de Marc Vanguard sur Twitter.