La Révolution conservatrice désigne la mouvance intellectuelle qui, dans l'Allemagne de l'entre-deux-guerres, rejette à la fois le libéralisme, le marxisme et le conservatisme parlementaire, au nom d'une refonte nationale et autoritaire de l'État et de la société. L'historien Armin Mohler en a dressé la cartographie dans La Révolution conservatrice en Allemagne 1918-1932 (1950), l'ouvrage qui a fixé le nom et les limites de cette famille.
Ses principaux axes incluent :
- Une troisième voie nationale : contre le marxisme comme contre le capitalisme libéral, Arthur Moeller van den Bruck (Le Troisième Reich, 1923) et Oswald Spengler (Prussianité et socialisme, 1919) revendiquent un « socialisme » national et prussien fondé sur la discipline et la communauté plutôt que sur la lutte des classes.
- La mobilisation comme modèle social : chez Ernst Jünger (Le Travailleur, 1932), la figure du Travailleur prolonge l'expérience du front de 1914-1918 : une société organisée selon le modèle de la mobilisation totale, par-delà classes et partis.
- Une histoire constituée après coup : c'est Mohler qui, après 1945, rassemble sous ce nom des auteurs très divers ; Carl Schmitt est souvent rangé dans la mouvance par l'historiographie, mais son parcours demeure singulier, et Julius Evola n'en est qu'une périphérie italienne, son foyer propre étant le Traditionalisme métaphysique.
Lire la Révolution conservatrice, c'est comprendre comment une partie de la droite européenne a pensé la crise de la démocratie libérale entre les deux guerres, et ce que ses thèmes (peuple, empire, travailleur, décision) ont légué aux droites radicales ultérieures.