Ouvrage
Réflexions sur la violence
Publié en 1908, ce recueil défend l'idée que les grands mouvements sociaux sont portés par des mythes mobilisateurs plutôt que par des plans rationnels. Sorel y fait de la grève générale le mythe central du syndicalisme révolutionnaire et réhabilite la violence prolétarienne comme signe de vitalité face à une bourgeoisie qu'il juge épuisée.
Auteur

Philosophe et sociologue français, théoricien du syndicalisme révolutionnaire. Ses Réflexions sur la violence ont marqué la gauche radicale comme certaines droites anti-bourgeoises. Penseur du mythe politique et de l'énergie des foules.
Positionnement
Figure majeure du syndicalisme révolutionnaire, Sorel a été revendiqué aussi bien par la gauche radicale que par la droite nationaliste (Cercle Proudhon, réception maurrassienne). Le livre est classé par sa critique du parlementarisme, du progressisme et de la mollesse bourgeoise, qui en a fait une référence de la droite radicale, sans effacer son ancrage marxiste initial.
Contenu
Publié en 1908 chez Marcel Rivière, Réflexions sur la violence rassemble des articles d'abord parus dans Le Mouvement socialiste en 1906-1907. Georges Sorel, ingénieur des ponts et chaussées reconverti en essayiste, y prend position dans le débat qui divise alors la gauche française : d'un côté le socialisme parlementaire de Jaurès, de l'autre le syndicalisme révolutionnaire de la CGT. Il critique les deux, reprochant au premier son optimisme électoral et au second sa dépendance aux intellectuels.
La thèse du livre tient en une distinction : les grands mouvements sociaux ne sont pas portés par des plans rationnels (les « utopies »), mais par des « mythes », ensembles d'images capables de soulever une classe entière. La grève générale est ce mythe pour le prolétariat : elle n'a pas besoin d'être réalisable pour être efficace, il suffit qu'elle organise la volonté de combat. Dans ce cadre, la violence prolétarienne n'est ni un crime ni une stratégie d'État : elle est le signe que la séparation des classes reste vivante, face à une bourgeoisie qui, selon Sorel, a perdu sa propre énergie.
Un livre aux lectures croisées. Figure de proue du syndicalisme révolutionnaire, Sorel a été lu bien au-delà de la gauche : le Cercle Proudhon, animé par Georges Valois avec la sympathie de Charles Maurras, a tenté de rapprocher ses idées du nationalisme, et sa critique du parlementarisme et des illusions du progrès a marqué durablement la pensée de la droite radicale. Cette réception ambivalente fait partie de l'histoire du livre.
Pourquoi le lire ? Pour comprendre comment les mouvements politiques se mobilisent par le récit plutôt que par le programme, et pour mesurer le rôle que Sorel donne à la volonté dans l'action collective. Lecture exigeante, à confronter aux critiques que sa défense de la violence n'a jamais manqué de susciter.