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Ouvrages de tous horizons, avec une attention particulière et assumée pour la pensée de droite
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L'intérêt des philosophes romains c'est qu'on peut vivre selon leurs principes. Le poème de Lucrèce, De la nature des choses, se présente un immense traité existentiel perdu dans une encyclopédie du monde. On peut vivre selon Lucrèce. Son poème est d'ailleurs une proposition existentielle faite à son dédicataire Memmius. Le philosophe propose en effet une conversion, autrement dit : une vie nouvelle faisant suite à l'ancienne qu'on abandonne après avoir compris ce qu'il y avait à comprendre, initié par un sage qui nous transmet son savoir. Ici : que le réel est matériel, qu'il n'est fait que d'atomes qui tombent dans le vide et de rien d'autre ; que cette physique de l'ici-bas dispense d'une métaphysique de l'au-delà ; que la religion est superstition et qu'il faut lui préférer la philosophie ; qu'il faut donner au corps ce qu'il demande dans la limite où ce qu'on lui donne ne l'asservit pas ; que l'amour est un remède à la passion ; que la sagesse est atteignable et qu'elle consiste en une arithmétique des plaisirs accompagnée par une diététique des désirs ; qu'il n'y a ni enfer ni paradis mais juste un monde immanent et tangible ; que la mort n'est pas à craindre puisqu'elle n'est qu'une modification de la matière et non sa suppression ; que le réel est tragique et que le savoir confère de la sérénité ; que le paradis existe sur terre pourvu qu'on le construise avec détermination. Ce livre pend donc la forme d'une série de neuf lettres comme autant d'invitations à une sculpture de soi. Cette éthique propose une esthétique de l'existence.
Éric Naulleau et Michel Onfray sont deux hommes de gauche qu'une prétendue gauche n'aime pas. Ils ne souscrivent ni au marché qui fait la loi ni au fouet qui s'y substituerait. Ils ne pensent pas que la gauche ait pour fonction de diluer la Nation dans une Europe libérale travaillant à l'Empire, ni que le wokisme, la cancel culture, l'islamo-gauchisme, la location d'utérus et la vente d'enfants constituent l'horizon indépassable de la gauche contemporaine. L'un et l'autre ne font leur deuil ni du peuple old school, ni de l'École républicaine, ni du régalien, ni du service public, ni de l'intérêt général, ni des humanités, ni de la culture classique. Leur échange exerce un droit d'inventaire pour ranimer un héritage dont Proudhon et Jaurès n'auraient pas à rougir. Un quelque chose qui se nomme socialisme et qui n'a rien à voir avec le marxisme.
La plupart du temps, quand un peintre choisit de traiter un sujet philosophique, il peint un texte. Un texte ou une phrase de ce texte, un moment de ce texte, voire un mot. Comme il est difficile de peindre une idée, il lui faut peindre un clin d'oeil qui dira cette idée à laquelle se résume la totalité de la pensée du philosophe : ce clin d'oeil est un détail, or le diable est dans les détails. Ce qu'il faut voir dans une peinture que je dirai philosophique, c'est le détail qui résume cette philosophie. Pour Anaxagore, c'est une lampe à huile, des légumes pour Pythagore, une cruche pour Socrate et Xanthippe, des larmes pour Héraclite, un rire pour Démocrite, une coupe pour Socrate, une lanterne pour Diogène, une caverne pour Platon, un crocodile pour Aristote, une lancette pour Sénèque, un pain pour Marc-Aurèle, une coquille pour Augustin, ceci pour rester dans les limites de la philosophie antique. De Pythagore à Derrida, via Descartes et Kant, Montaigne et Rousseau, Voltaire et Nietzsche parmi d'autres, en trente-quatre toiles, donc en trente-quatre philosophes, Michel Onfray propose une histoire de la philosophie par la peinture !
« L'histoire de l'âme est l'histoire de l'idée que l'homme se fait de lui-même face à la mort. Des premiers hommes qui découvrent les cycles de la nature aux derniers que nous sommes qui envisagent le posthumain en dehors de la vie sur terre, en passant par les hommes des pyramides, de l'agora, du forum, de l'église, avant d'en arriver à celui du supermarché planétaire, c'est cette odyssée que je me propose de raconter. De l'âme immatérielle à l'âme numérique, tout converge vers la possibilité d'un posthumain inaugural de l'inhumain. Cet avenir est déjà notre présent. » Michel Onfray Véritable enquête philosophique construite comme un roman policier, Anima est le premier volume d'une réflexion consacrée à l'homme et au posthumain. Il sera suivi de Barbarie, qui examinera la nature de cet avenir qui se dessine. Michel Onfray est traduit dans vingt-cinq pays et auteur de plus d'une centaine de livres. Il anime une webtv (michelonfray.com) et a récemment cofondé avec Stéphane Simon la revue Front populaire.
Dans Macron président, la fin de l'innocence, un documentaire à sa gloire diffusé sur France 3, le président de la République Emmanuel Macron dit à propos de la Commune : « Versailles, c'est là où la République s'était retranchée quand elle était menacée ». Les communards ont affublé Thiers, le boucher de la Commune, d'un certain nombre de sobriquets : Adolphe-le-Petit, Général Boum, Coeur Saignant, Obus 1er, Crapaud Venimeux, Tamerlan à Lunettes, César en raccourci, Satrape de Seine-et-Oise, Petit Jean-Foutre, Général Tom Pouce, Croquemort de la Nation. Chez Jules Vallès il y avait aussi : « Foutriquet ». Michel Onfray Dans la pure tradition du libelle politique, Michel Onfray ose un portrait irrévérencieux d'Emmanuel Macron et dresse un bilan sans concession du quinquennat de l'« en même temps ». Cet essai mordant et drôle offre aussi, à l'heure des présidentielles, une édifiante radioscopie de notre société et de la faillite de sa classe politique. Indispensable à quiconque entend voter... ou pas.
Dans ce texte bref mais fondamental de 1867, Marx entreprend une analyse philosophique de la forme-marchandise qui constitue selon lui le point de départ nécessaire pour comprendre le capitalisme dans son essence. Le concept central est celui de « fétichisme de la marchandise » : dans le mode de production capitaliste, les rapports sociaux entre les hommes prennent la forme illusoire de rapports entre des choses. La marchandise semble posséder une valeur en elle-même, indépendamment du travail humain qui la produit, dissimulant ainsi les relations d'exploitation qui la sous-tendent. Marx mobilise une analogie religieuse : de même que les dieux semblent exister indépendamment des hommes alors qu'ils sont leur création, les marchandises semblent avoir une valeur intrinsèque alors qu'elle provient du travail. Cette mystification n'est pas simple erreur intellectuelle mais effet structurel du mode de production capitaliste : tant que les rapports de production restent capitalistes, le fétichisme est inévitable. Ce texte inaugure la critique marxiste de l'idéologie, montrant comment les structures économiques engendrent des représentations illusoires qui masquent leur propre fonctionnement. Il demeure un outil analytique précieux pour comprendre comment le capitalisme naturalise ses propres catégories et rend invisibles les rapports de pouvoir qui le constituent.
Le philosophe livre une réflexion spirituelle magnifique issue de son séjour à l'abbaye de Lagrasse. C'est en suivant le cheminement de saint Augustin et en vivant dans son compagnonnage philosophique que Michel Onfray a poussé les portes de l'abbaye de Lagrasse et partagé pendant quelques jours la vie de ce monastère. Expérience bouleversante pour un homme qui ne croit pas, en compagnie de moines qui ont donné leur vie pour un idéal et dont le mode d'existence est conforme précisément à l'enseignement de saint Augustin et à la sa ligne directrice : une vie d'épure selon la volonté de Dieu. Dans cet univers de silence et de lumière, le visiteur assiste aux offices, aux cérémonies " où tout fait sens " écrit-il, et tout est prière. Il suit l'itinéraire quotidien de la communauté, de la cellule au jardin, découvre l'histoire et le parcours de chacun de ses membres, les écoute, dialogue avec eux. Autant de nourritures de l'âme qui rejoignent sa méditation. Il consacre ici une large part à sa propre lecture des Évangiles et des textes augustiniens, confronté à l'histoire de l'humanité et à la morale chrétienne. Il révèle dans la dernière partie de l'ouvrage son échange épistolaire qui a suivi avec le père Michel, le prieur de Lagrasse dont il est resté proche.
« J'ai été arrêté un jour dans une rue par un expert spécialisé en attributions de peintures du XIXe siècle. Il savait que j'avais parlé des "Arts incohérents" dans l'un de mes livres et voulait me dire qu'il avait trouvé dans une malle vingt-deux oeuvres de ces fameux "anartistes" ! Pendant plus d'une dizaine d'années, ces Incohérents ont réalisé des expositions à Paris où l'humour, la drôlerie, la farce, l'ironie, la dérision ont mené le bal en générant la révolution qu'effectue un jour Marcel Duchamp. Car les premiers ready-made, ce sont eux - un rideau de fiacre exposé par Alphonse Allais. Le premier monochrome, c'est eux - Alphonse Allais et Pierre Bilhaud signent une Première communion de jeunes filles chlorotiques par un temps de neige (1883) qui est un simple bristol blanc... Les premiers happenings, ou les premières oeuvres conceptuelles, ce sont aussi eux. Duchamp et Breton connaissaient ce courant esthétique révolutionnaire dont seuls subsistent les catalogues dont on aurait même pu penser, tant leur délire était grand, qu'ils étaient eux-mêmes des oeuvres conceptuelles d'expositions n'ayant jamais eu lieu ! Nous savons désormais que ça n'est pas le cas. » Michel Onfray
Michel Onfray réexamine la figure de Jésus à travers la thèse mythiste, largement ignorée par les théologiens. Il soutient que Jésus n’a pas existé historiquement et qu’il s’agit d’un “Logos” façonné à partir de traditions religieuses antérieures, surtout celles de l’Ancien Testament. Les récits évangéliques – nativité, miracles, paraboles, résurrection – sont analysés comme des constructions symboliques et non des faits. L’auteur critique aussi la formation du judéo-christianisme et les tentatives jugées frauduleuses d’étayer l’existence physique de Jésus par des reliques comme le Suaire de Turin. Il conclut que la force de Jésus tient à sa postérité textuelle et esthétique plutôt qu’à une réalité historique.
" Conquise, la Gaule a perdu la parole. Sa mémoire était tout entière dans le souvenir inquiet qu'en avaient gardé ceux qui l'avaient soumise. Rome a fait oublier la Gaule. Puis on a cru la reconnaître dans les "Sauvages" de l'Amérique, ou bien reflétant, à distance, notre image : celle de "nos ancêtres les Gaulois". Les découvreurs qui ont exhumé ses vestiges à partir de la fin du XIXe siècle, ont été surpris de la voir livrer des créations subtiles et magnifiques, que l'on croyait trop belles pour elle. Il a fallu attendre les surréalistes, comme André Breton, pour que l'on prenne la mesure de la force d'expressivité et de l'originalité de l'art gaulois. Nous y reconnaissons maintenant la marque d'une pensée et d'un savoir, voisin de celui de la science grecque. " L.O. Retraçant les réinventions successives dont les " Gaulois " ont fait l'objet depuis l'époque de César, Laurent Olivier remonte le fil du temps pour s'approcher au plus près d'un monde disparu, celui des Celtes. Laurent Olivier est archéologue, conservateur en chef des collections d'archéologie celtique et gauloise du musée d'Archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye. Auteur de nombreuses publications scientifiques, il a publié au Seuil Le Sombre Abîme du temps, mémoire et archéologie (2008).
Enquête sur un sujet tabou : l'ensauvagement d'une nation. Toutes les 24 heures : 13 000 vols, 2 000 agressions, 200 viols. "Ces derniers jours, un charmant individu, que nous nommerons Vladimir, a ramassé trente ans pour le meurtre de sa compagne, dont 22 ans de sûreté, soit un an le coup de marteau. Ledit Vladimir, quelques semaines plus tôt, était jugé dans le cadre de la désormais célèbre “affaire des tournantes”, où la justice a expliqué aux Françaises, sans trembler, qu’on pouvait être un violeur en réunion et s’en tirer avec du sursis. Sur 14 prévenus, Vladimir était l’heureux élu, le seul à prendre de la prison ferme. Un an. Pendant ce temps-là, un clandestin était interpellé, pour la 97e fois, au volant d’une voiture volée, après avoir mordu et fracturé le bras d’un policier d’un coup de tête. Pendant que Christiane Taubira veut “rompre avec le tout carcéral”, une centenaire a été poussée au sol et gravement blessée par “plusieurs personnes”, pour une montre. Pendant ce temps-là, on apprend que les barquettes de viande vendues dans un supermarché de Lille sont protégées par des antivols. Pendant ce temps-là, un policier de la BAC a été lynché dans une “cité sensible” de Montpellier. Pendant ce temps-là, un Toulousain a eu l’idée pas très vivre-ensemble de klaxonner derrière un véhicule qui bloquait la chaussée d’un “quartier populaire”. Vigilants, vingt riverains lui ont administré une correction citoyenne, à coups de chaises et de tessons de bouteilles. Alors, pourquoi ce livre ? Parce qu’aujourd’hui, un simple regard peut tuer".Laurent Obertone.
Éric Hazan propose dans ce roman bref et incisif une méditation sur la violence politique révolutionnaire à travers le récit d'une cellule clandestine contemporaine planifiant un attentat. Ce récit de guérilla urbaine n'est pas un manuel d'action directe mais une exploration littéraire des motivations, des doutes et des contradictions internes qui traversent les individus qui choisissent la violence comme moyen d'action politique. Hazan, éditeur de La Fabrique et militant de gauche radicale, construit un texte délibérément ambigu qui refuse l'héroïsation romantique comme la condamnation morale simple. Ses personnages agissent par conviction sincère mais sont traversés de questions sur l'efficacité et la légitimité de leurs actes. Le roman explore la tension irrésoluble entre la nécessité ressentie d'agir face à l'injustice et les coûts humains et politiques de la violence clandestine. La forme narrative choisie – sobre, presque clinique – crée une distance qui force le lecteur à former son propre jugement. Guerilla interroge ainsi les limites de la politique légale dans des situations d'oppression extrême, tout en refusant de trancher définitivement la question de la violence légitime. C'est un texte dérangeant, qui provoque le malaise plutôt qu'il ne rassure, fidèle en cela à la tradition littéraire de l'engagement critique.
L'ouvrage de Robert Nozick, *Anarchie, État et Utopie*, constitue une puissante remise en question philosophique des positions politiques et sociales les plus répandues de notre époque : libéralisme, socialisme et conservatisme. « Les individus ont des droits », écrit Nozick dès sa première phrase, « et il existe des actes qu'aucune personne ni aucun groupe ne peut commettre à leur encontre sans violer ces droits.» L'ouvrage qui suit est une défense à la fois nuancée et passionnée des droits de l'individu face à ceux de l'État. L'auteur soutient que l'État n'est justifié que lorsqu'il est strictement limité à la protection contre la violence, le vol et la fraude, ainsi qu'à l'exécution des contrats. Toute intervention étatique plus étendue, démontre-t-il, violera inévitablement les droits individuels. Parmi les nombreux apports de cet ouvrage figurent une nouvelle théorie importante de la justice distributive, un modèle d'utopie et une intégration de l'éthique, de la philosophie du droit et de la théorie économique en une position profonde en philosophie politique qui alimentera les débats pendant de nombreuses années.
Frédéric Lordon, économiste et philosophe au CNRS, signe dans ce texte satirique et polémique une charge virulente contre les mensonges et les hypocrisies du discours économique dominant. Le titre provocateur situe d'emblée le registre : il ne s'agit pas d'une critique académique feutrée mais d'une invective philosophique contre ceux qui prétendent transformer l'économie néolibérale en destin inévitable et en vérité scientifique. Lordon mobilise Spinoza et sa théorie des affects pour analyser comment le capitalisme contemporain capture les désirs et les énergies des individus au service de l'accumulation. Sa critique ne se limite pas aux dimensions économiques : il s'attaque à la façon dont le néolibéralisme a colonisé les imaginaires, les subjectivités et les formes de vie, rendant difficile même de concevoir des alternatives. Le texte combine rigueur théorique et verve polémique dans une prose souvent féroce qui n'épargne ni les économistes mainstream ni les responsables politiques qui les suivent. Lordon défend une position radicalement critique qui refuse tout réformisme partiel pour exiger une transformation structurelle des rapports de production. Cet ouvrage, difficile à classer entre l'essai politique, la satire et le traité philosophique, témoigne de la vitalité d'une pensée économique hétérodoxe qui refuse de se soumettre aux catégories dominantes.
Léon Bloy, écrivain catholique intransigeant et pamphlétaire redoutable, livre dans ce recueil de textes brefs une série d'attaques féroces contre tous les compromis, toutes les lâchetés et toutes les médiocrtés de son époque. Bloy est l'une des plumes les plus violentes et les plus inclassables de la littérature française : catholique fervent mais antisalonnard, admirateur de la pauvreté mais contempteur de l'humanité ordinaire, il occupe une position radicalement solitaire dans le paysage intellectuel de la Troisième République. Ce recueil illustre parfaitement son style unique : une prose biblique et apocalyptique, gonflée d'imprécations et de métaphores fulgurantes, qui tranche radicalement avec le naturalisme positiviste de son époque. Bloy attaque sans distinction les bourgeois satisfaits, les catholiques tiédasses, les républicains laïcards et les socialistes matérialistes – tous coupables à ses yeux de trahir l'idéal de l'Absolu chrétien au profit de leurs intérêts mesquins. Sa vision du monde est eschatologique : le monde court à sa perte parce qu'il a renoncé à Dieu, et seule une catastrophe purificatrice pourrait le sauver. Bloy demeure un cas littéraire fascinant, hanté par la sainteté et la damnation, prophète maudit d'une modernité qu'il haïssait de toutes ses forces.
The Madness of Crowds est un essai dans lequel Douglas Murray analyse les dérives de la culture woke et la montée de la politique identitaire, qu’il voit comme un « dérèglement » contemporain. À travers une prose incisive, il aborde les sujets les plus sensibles – genre, sexualité, race, technologie – en revenant sur les racines idéologiques du phénomène et sur le rôle des réseaux sociaux dans la polarisation. L’un des rares à contester ouvertement les nouveaux dogmes culturels, Murray interroge notamment la transition de genre chez les mineurs et les conséquences des revendications trans sur les droits des femmes. Dans une postface ajoutée, il revient sur la réception du livre et sur l’impact des mobilisations Black Lives Matter, tout en plaidant pour un retour au discernement et à la liberté d’expression.
Les Essais de Michel de Montaigne (1580-1592), œuvre fondatrice du genre essayiste, rassemblent 107 chapitres en trois livres où l’auteur s’examine librement, sans plan rigide, pour peindre « en toute vérité » la condition humaine dans sa diversité et ses contradictions. Nourri de lectures antiques (Plutarque, Sénèque), de son expérience personnelle, de voyages et des guerres de Religion, Montaigne aborde des thèmes variés – mort, amitié (surtout avec La Boétie), éducation, cruauté, coutume, relativité des mœurs (« Des cannibales »), vanité, maladie, sexualité, politique – sans dogmatisme ni système philosophique. Son scepticisme (« Que sais-je ? ») le pousse à douter des certitudes, à relativiser jugements moraux et culturels, et à privilégier le concret sur l’abstrait. L’unité de l’œuvre réside dans une quête honnête de connaissance de soi (« Je m’étudie plus que tout autre sujet »), une tolérance envers les faiblesses humaines, un humour ironique et une sagesse modérée qui célèbre le plaisir de vivre simplement, sans illusions ni fanatisme. Pleins de digressions, contradictions assumées et retours en arrière, les Essais incarnent un humanisme sceptique et introspectif, précurseur de la modernité, offrant au lecteur un miroir pour mieux se comprendre.
À un moment où l’irrationalisme, le relativisme et l’historicisme radical sont devenus obligatoires pour qui veut être un philosophe de notre époque, il est réellement étonnant que le nom de Spengler n’apparaisse pour ainsi dire jamais. Il est vrai que son cas révèle de façon un peu trop voyante l’existence d’un nietzschéisme de droite (pour ne pas dire plus) : un phénomène dont les interprètes français les plus réputés n’aiment généralement pas beaucoup se souvenir. Le Nietzsche de Spengler fait partie des possibilités et des suites que l’on préfère ignorer hypocritement. De façon générale, l’intermède du IIIe Reich a rejeté dans l’oubli un certain nombre d’antécédents hautement significatifs de l’irrationalisme de la philosophie française contemporaine. On peut se demander si ce n’est pas à ce fait qu’elle doit essentiellement sa réputation d’innocence et de progressisme. Il y a des ancêtres qu’on préfère, autant que possible, ne pas connaître. Mais le mieux est encore de ne pas les avoir. Depuis les années 1960, Jacques Bouveresse n’a cessé de confronter nos modes philosophiques successives aux idées d’auteurs « peu fréquentés » ou « mal famés » : Gottfried Benn, le poète expressionniste ; Oswald Spengler, le penseur du Déclin de l’Occident ; Karl Kraus, le satiriste ; mais aussi les philosophes de la tradition autrichienne, notamment ceux du Cercle de Vienne ; et bien sûr Robert Musil. Il n’y a pas seulement trouvé des armes dans son combat contre les fausses valeurs du monde intellectuel. Il pose en les lisant une question cruciale pour tout rationaliste : quelle part de vérité peut-on reconnaître à l’irrationalisme ou au nietzschéisme sans risquer de perdre l’essentiel ? Professeur au Collège de France, Jacques Bouveresse a publié de nombreux ouvrages de philosophie du langage et de la connaissance mais aussi sur des écrivains comme Robert Musil et Karl Kraus. Il est aussi l’un des principaux commentateurs français de Ludwig Wittgenstein.
Paul Gottfried, philosophe politique américain et figure du paléoconservatisme, livre dans cet ouvrage une critique acérée des dérives du libéralisme contemporain qui, selon lui, a abandonné ses engagements originels envers la liberté individuelle pour devenir un vecteur d'ingénierie sociale et de conformisme idéologique. Sa thèse centrale est que le libéralisme classique, celui de Locke, Montesquieu et Tocqueville, s'est progressivement transformé en son contraire : une idéologie interventionniste qui utilise l'État pour imposer ses normes culturelles et morales à l'ensemble de la société. Gottfried analyse comment les institutions libérales – universités, médias, administrations – sont devenues les instruments d'une nouvelle orthodoxie progressiste qui n'admet aucune dissidence. Il identifie dans ce phénomène une forme de totalitarisme doux, d'autant plus efficace qu'il procède par la manipulation des mœurs et des représentations plutôt que par la contrainte explicite. Sa perspective est résolument conservatrice et nourrie d'une profonde méfiance envers l'utopisme politique sous toutes ses formes. L'ouvrage constitue une contribution importante au débat sur les limites du libéralisme et sur la tension permanente entre liberté et égalité dans les démocraties contemporaines, même si son positionnement politique tranchant en limite parfois la portée analytique.
Cet ouvrage propose une exploration complète de l'histoire du continent africain, depuis les premières civilisations jusqu'à nos jours. Il aborde les grandes périodes historiques, les dynamiques politiques, économiques et culturelles qui ont façonné l'Afrique. L'auteur met en lumière les interactions entre l'Afrique et le reste du monde, tout en soulignant les spécificités locales. Il insiste notamment sur l’impact déterminant des transformations climatiques préhistoriques, sur la conquête et l’islamisation de l’Afrique du Nord, sur l’essor des grands empires sahéliens et sur les effets cumulatifs des trois traites esclavagistes. L’analyse se poursuit avec l’impérialisme du XIXe siècle et le partage du continent à Berlin, puis avec la décolonisation rapide après 1960 et les défis posés par des frontières héritées de l’époque coloniale. Enfin, l’ouvrage montre comment, depuis la fin de la Guerre froide, la réaffirmation des identités ethniques et l’importation de modèles politiques occidentaux ont engendré des tensions contemporaines qui structurent encore la vie politique africaine.
Claude Lévi-Strauss explore la nature et la sophistication de la pensée dite "primitive," argumentant qu'elle n'est pas inférieure à la pensée scientifique occidentale, mais plutôt une logique concrète et méthodologique distincte. L'auteur réfute l'idée que les savoirs indigènes sont uniquement fonctionnels ou limités par les besoins pratiques, en citant des exemples de classifications zoologiques et botaniques extrêmement précises, comme chez les Indiens. Lévi-Strauss introduit le concept de bricolage pour caractériser cette pensée, qui utilise un ensemble fini de moyens pour créer des systèmes d'intelligibilité, soulignant que des pratiques comme la magie et la science moderne sont des modes de connaissance parallèles. Enfin, l'ouvrage démontre l'omniprésence des systèmes de classification dans les mythes, les rituels et l'organisation sociale, allant des tabous aux totémismes, pour affirmer que la pensée sauvage est logique et hautement structurée.
Dans Essai sur le don (1925), Marcel Mauss montre, à partir d’exemples ethnologiques issus de sociétés traditionnelles (Polynésie, Amérique du Nord, Mélanésie), que l’échange n’est pas d’abord un acte économique utilitaire, mais un fait social total engageant à la fois le religieux, le juridique, le politique, le symbolique et l’affectif. Le don n’y est jamais gratuit : il obéit à une triple obligation – donner, recevoir, rendre – qui structure les alliances, hiérarchies et rapports de prestige entre groupes. En révélant que la réciprocité précède historiquement le marché et le contrat, Mauss démontre que les sociétés humaines reposent d’abord sur des relations d’obligation mutuelle plutôt que sur le calcul marchand, offrant ainsi une critique fondamentale des conceptions purement économiques du lien social.
« Dans le premier tome de mes mémoires, les Français ont découvert un jeune Breton fier de sa famille, de sa petite patrie la Trinité, de sa grande patrie, la France. Un fils de la nation désolé de voir celle-ci blessée, rapetissée par la seconde guerre mondiale et la fin de l’Empire, qui n’aura pu, malgré son engagement, empêcher des responsables politiques en poste de l’enfoncer dans la décadence. Le deuxième tome raconte la construction d’un mouvement indépendant qui tente de relever la France, l’aventure exaltante du Front national, si généralement et si bassement calomnié. Quarante ans d’histoire de France, de lutte implacable. Une vie personnelle et familiale parfois difficile. Et puis la suite. La transmission qui ne coule pas de source. Les attaques de plus en plus vives contre la nation. Le mondialisme totalitaire, l’ouragan de l’invasion, l’écologisme maître de la pensée unique. Et la nation trahie. La droite et la gauche piétinant leurs valeurs respectives. Le peuple français abandonné par les collaborateurs du déclin, Giscard, Mitterrand, Chirac, puis par leurs minuscules épigones d’aujourd’hui. J’ai échoué à prendre le pouvoir, mais j’aurai fait ce qu’il fallait faire, vu ce qu’il fallait voir, dit ce qu’il fallait dire. À temps. J’aurai été le tribun d’un peuple martyrisé. Advienne maintenant que pourra. L’heure vient où il faut regarder plus haut que la terre, en espérant pourtant que notre civilisation, notre lignée, trouveront le moyen de survivre. Vive la France quand même ! »
Un nouveau regard sur Le Pen : le sien « Mes grands-parents ne savaient pas lire mais surent donner une vie décente à leurs enfants. Ma paysanne de mère était élégante et fière, mon père, patron pêcheur taciturne, avait navigué pendant la Grande guerre, à treize ans, mousse sur un cap-hornier, ces cathédrales de toile et de bois qui affrontaient les quarantièmes rugissants. A la maison, il n’y avait pas l'eau courante mais on aimait sa famille, son pays et Dieu – et la Bretagne aussi, avec ses îles, ses navires. L’instituteur et le curé nous apprenaient à les chanter ensemble. En somme, j’étais un petit Breton heureux dans la grande France. Puis vint la Seconde guerre mondiale. Le père est mort, la France était blessée, des curés m’ont dégoûté de Dieu. C’est alors que j’ai découvert la folie des hommes, Paris, l’université, l’Indochine, l’Assemblée nationale, l’Algérie. J’eus une épouse et des filles. La vie s’offrait, tantôt magnifique, tantôt désolante. Le petit Breton avait grandi, la France rapetissé. Pour la relever, j’ai choisi le combat politique. »
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