Ouvrage
De l'esprit des lois
Publiée en 1748, De l'esprit des lois est la somme politique de Montesquieu : une enquête comparée sur les gouvernements, les sociétés et les lois, dont le principe de séparation des pouvoirs a nourri les constitutions modernes. L'auteur y analyse comment les lois se rattachent au climat, aux mœurs, à la religion et au commerce de chaque peuple, et dessine une manière nouvelle de penser le politique, attentive à la diversité des situations plutôt qu'à des modèles abstraits.
Auteur

Philosophe et magistrat français des Lumières, Montesquieu analyse la diversité des lois et des régimes politiques en fonction des mœurs et des conditions sociales. Il est surtout connu pour sa théorie de la séparation des pouvoirs.
Positionnement
Somme fondatrice de la pensée politique moderne, lue et revendiquée par les libéraux comme par toutes les traditions constitutionnelles : comme Le Prince ou De la démocratie en Amérique sur le site, l'ouvrage échappe à un classement partisan et relève du centre transversal.
Contenu
Fruit d'une vingtaine d'années de travail, De l'esprit des lois paraît à Genève en 1748 et connaît immédiatement un immense retentissement, qui ne l'empêche pas d'être mis à l'Index quelques années plus tard. Montesquieu y abandonne le récit moraliste des Lettres persanes et de Considérations sur les causes de la grandeur des Romains pour une entreprise plus systématique : comprendre comment les lois de chaque peuple se relient à son gouvernement, à son climat, à sa religion, à ses mœurs et à son commerce.
L'ouvrage distingue trois formes de gouvernement - la république, la monarchie et le despotisme - et leur assigne à chacune un principe moteur : la vertu pour la première, l'honneur pour la seconde, la crainte pour le troisième. Cette typologie, loin d'être un classement scolaire, sert à montrer que les lois bonnes ici peuvent être déplacées ailleurs, et que la modération du pouvoir importe davantage que le nom du régime.
La séparation des pouvoirs constitue le cœur le plus célèbre du livre : Montesquieu y analyse comment la liberté politique suppose que le pouvoir législatif, le pouvoir exécutif et le pouvoir de juger ne soient pas réunis dans les mêmes mains. En lisant le modèle anglais à sa manière, il formule une exigence qui traversera les constitutions américaine et françaises. Autour de ce centre, l'ouvrage multiplie les enquêtes - sur l'esclavage, la tolérance, les impôts, le commerce - avec une prudence de jugement qui déroute encore les lectures hâtives.
Pourquoi le lire ? Pour revenir à la source de la pensée des équilibres institutionnels et de la liberté par la loi ; pour découvrir aussi une méthode comparée qui refuse de juger les sociétés à l'aune d'un modèle unique. On peut discuter certaines de ses thèses - la théorie des climats, par exemple - sans rien perdre de l'intérêt d'un livre qui enseigne d'abord la modération dans l'exercice du pouvoir.