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Ouvrages de tous horizons, avec une attention particulière et assumée pour la pensée de droite
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Cet essai présente une philosophie de l'histoire où les civilisations sont traitées comme des organismes vivants soumis à un cycle naturel de croissance et de déclin. L'auteur oppose radicalement la culture Faustienne de l'Occident, définie par sa soif d'infini et d'espace, à la culture Apollinienne de l'Antiquité, centrée sur le corps et le moment présent. Il analyse comment chaque société développe ses propres symboles mathématiques, artistiques et religieux pour exprimer son âme unique face à la mort. Le texte explore également la transition inévitable vers la Civilisation, phase finale marquée par l'urbanisation massive, la domination de l'argent et l'émergence du Césarisme. Spengler affirme que la science et la démocratie sont des phénomènes éphémères qui s'effacent devant une seconde religiosité lors de l'hiver d'une culture. En somme, l'œuvre propose une méthode morphologique pour anticiper le destin des peuples à travers l'étude comparative des grandes cultures mondiales.
Premier volume d'un cycle en quatre tomes qui retrace l'histoire de la civilisation occidentale à travers la philosophie. Ce premier opus consacré à l'Antiquité gréco-romaine présente la philosophie comme une "guerre des idées" structurée par des antagonismes radicaux. Onfray s'appuie sur une "dynamique des diades" qui oppose les grandes figures pour en révéler les tensions fondatrices : l'idéalisme de Platon contre le matérialisme de Démocrite, Héraclite contre Parménide, la vertu stoïcienne contre l'hédonisme d'Aristippe, l'ascétisme d'Épicure face à la jouissance de Lucrèce. Le titre évoque les "ruines" au double sens : notre connaissance fragmentaire de l'Antiquité (victime des autodafés chrétiens) et les fondations philosophiques sur lesquelles s'est bâtie notre civilisation. Les trois volumes suivants traiteront du christianisme, de la Renaissance à la Révolution, puis de la modernité nihiliste. Sélectionné au Prix Renaudot Essai, ce livre propose une initiation accessible à la sagesse antique tout en montrant comment ces débats millénaires structurent encore notre pensée contemporaine.
Roger Scruton présente une exploration approfondie du conservatisme, en le distinguant entre ses formes métaphysique et empirique. L'auteur définit le conservatisme empirique comme une réponse moderne aux changements de la Réforme et des Lumières, visant à protéger les biens collectifs hérités tels que la liberté individuelle, l'État de droit impartial et la culture ouverte. Une partie significative du texte est consacrée aux réflexions personnelles de Scruton, contrastant le socialisme de son père, enraciné dans le ressentiment de classe, avec un instinct conservateur plus profond pour la protection de la patrie et du patrimoine local, ce qu'il a lui-même adopté. Scruton analyse également les défis posés par l'égalitarisme, l'État-providence et la culture de la répudiation anti-Lumières qui menace la raison et la vérité objective. Enfin, il critique l'érosion de la souveraineté nationale par l'Union européenne et souligne l'importance des frontières nationales, de l'identité partagée et du droit séculier pour maintenir la démocratie et la société civile, y compris l'environnement.
John Rawls expose sa théorie de la justice comme équité (justice as fairness), qu'il présente comme une alternative au principe d'utilité, en se concentrant sur les principes de justice qui régiraient les institutions d'une société bien ordonnée. Il traite de concepts fondamentaux tels que la position originelle (une expérience de pensée hypothétique), la liberté égale (le premier principe), et le principe de différence (qui garantit que les inégalités bénéficient aux moins avantagés). Le travail compare et contraste cette approche contractualiste avec l'intuitionnisme et l'utilitarisme, et explore la stabilité de la conception de la justice et son rapport avec le bien individuel (la rationalité délibérative).
Publié en 1651 pendant la Guerre civile anglaise, le Léviathan de Thomas Hobbes énonce la doctrine fondatrice de la philosophie politique moderne contractuelle. Confronté au spectacle de l'effondrement politique et social, Hobbes construit un système théorique implacable : dans l'état de nature pré-politique règne la guerre de tous contre tous, où chaque vie demeure nécessairement « sordide, bestiale et brève ». Seul remède à cette violence originelle : un contrat social où les individus renoncent volontairement à leurs libertés absolues pour confier toute autorité à un souverain omnipotent, qu'il soit monarque, assemblée ou magistrature. Cette abdication de la liberté naturelle demeure l'unique fondement possible de la paix civile et de la sécurité collective. Hobbes rejette l'illusion que les arrangements institutionnels fragmentés ou limités puissent garantir la stabilité : seul le pouvoir indivisible, armé de la terreur légitime, peut imposer l'ordre. Cette philosophie de l'absolutisme contractuel inaugure le débat fondateur de la modernité politique : comment justifier légalement et rationnellement l'autorité souveraine ? Locke, Rousseau et Kant débattront ce paradigme hobbésien du contrat, mais tous demeurent captifs de sa problématique. Leviathan demeure l'œuvre maîtresse de la pensée politique réaliste.
Julien Rochedy confie à un ami sa vision du monde et les principes philosophiques constituant sa conception de la droite intellectuelle française. Cet essai ne se veut ni polémique crude ni manifeste partisan, mais plutôt catéchèse pédagogique exposant l'architecture conceptuelle d'une pensée politique alternative. L'auteur situe sa philosophie dans la lignée des penseurs contre-révolutionnaires : de Maistre, Burke, Bonald et Cortès fournissent les fondations théoriques. Cette droite-là repose sur trois piliers : l'ordre comme principe d'intelligibilité politique, la tradition comme sagesse séculaire plus fiable que la raison révolutionnaire, et la nature comme réalité irréductible aux projets utopiques des idéologues. Rochedy oppose systématiquement cette vision conservatrice à l'utopie progressiste de gauche, mais aussi à la bêtise superficielle d'une droite libérale détachée de ses racines doctrinales. L'essai déploie la continuité historique d'une pensée politique refusant l'illusion du commencement absolu ; la révolution apparaît chez lui comme processus désastreux brisant la cumulation prudente des civilisations. Rochedy enrichit sa réflexion par une postface confrontant ses idées à la nouvelle gauche déconstructionniste du wokisme contemporain, présentée comme l'aboutissement logique de la destruction révolutionnaire des essences. L'ouvrage se veut synthèse accessible de la pensée politique de droite.
Julien Rochedy situe Friedrich Nietzsche en penseur d'une pertinence incisive pour le monde contemporain, loin des caricatures nationalistes ou totalitaires qui encombrent son héritage. L'essai récupère Nietzsche pour la pensée politique actuelle en interrogeant comment sa critique radicale de la morale chrétienne et ses concepts de volonté de puissance éclairent les apories présentes. Rochedy analyse le diagnostic nietzschéen du nihilisme, ce processus souterrain où s'effondrent les valeurs fondatrices sans qu'aucune alternative n'émerge pour les remplacer. Le monde contemporain, selon cette lecture, incarne exactement le nihilisme craint et annoncé par Nietzsche : la destruction des cadres de sens traditionnels ouvre sur le vide, sur l'errance de valeurs flottantes. L'auteur explore comment la volonté de puissance, loin de signifier domination brutale, désigne la créativité vitale, la capacité à engendrer des valeurs et du sens. Cette lecture redonne à Nietzsche sa dimension tragique et existentielle, refusant l'instrumentalisation idéologique. Rochedy scrute enfin comment dépasser le nihilisme : peut-on penser une affirmation des valeurs qui ne retourne pas simplement au passé, mais invente l'avenir ? Nietzsche devient alors un compagnon critique du présent, non prophète mais penseur de la crise du sens qui requiert réinvention constante. L'essai tente cette résurrection de Nietzsche pour les défis spirituels actuels.
Arthur Schopenhauer construisit dans ce monument théorique une métaphysique révolutionnaire où la volonté devient l'essence cachée de tout être, tandis que le monde phénoménal ne subsiste que comme voile d'illusion tissé par la perception. Publié en 1818, cet ouvrage inaugure un renversement du platonisme : l'apparence n'accède jamais à la réalité véritable, elle en demeure l'antithèse. Derrière le spectacle du monde spatial et temporel palpite une Volonté métaphysique, aveugle, irrationnelle, pulsant sans fin et sans direction, elle-même dépourvue de conscience. Cette Volonté constitue la chose-en-soi kantienne mais libérée du statut d'inconnaissable : Schopenhauer la saisit comme volonté de vivre, dynamique éternelle d'auto-conservation et de reproduction. Toute existence phénoménale devient manifestation de ce vouloir-vivre primordial, depuis les atomes minéraux jusqu'aux créatures conscientes. L'humanité s'enracine dans cette irrationalité fondamentale, contrairement au rationalisme cartésien. Schopenhauer déploie les conséquences existentielles : la volonté génère souffrance, frustration, conflit perpétuel, car elle demeure jamais satisfaite. Seules trois voies pallient cette condition : l'esthétique transcendante, l'ascétisme mystique ou la compassion métaphysique. Cette philosophie pessimiste inaugura l'influence nietzschéenne, freudienne et exprima une mélancolie profonde face à la condition humaine.
Dans Décadence, Michel Onfray retrace deux millénaires de civilisation judéo-chrétienne pour montrer comment une culture naît, s’élève, puis décline selon une loi quasi biologique. Il déroule une vaste fresque où se mêlent figures religieuses, violences fondatrices, hérésies, inquisitions, révolutions, totalitarismes et ruptures intellectuelles, afin de montrer que l’Occident s’est peu à peu épuisé en perdant les croyances et les structures qui l’avaient fait naître. Pour Onfray, la mort de Dieu, l’effondrement des valeurs classiques, les dérives idéologiques modernes et les attaques internes comme externes – jusqu’au terrorisme islamiste – témoignent d’une civilisation arrivée à son stade terminal. Son livre n’est ni un pamphlet ni un appel à la nostalgie, mais une lecture tragique du destin occidental, qui vise moins à déplorer qu’à comprendre les mécanismes de la décadence.
Michel Onfray poursuit dans cette réflexion philosophique son projet encyclopédique de réexamen des fondations intellectuelles et spirituelles de la civilisation occidentale. Cet ouvrage prolonge sa « Brève encyclopédie du monde » et sa critique du judéo-christianisme, en explorant comment la sagesse pourrait se redéfinir au-delà des héritages religieux et métaphysiques qui l'ont structurée. Onfray interroge la question éternelle : comment vivrons-nous bien après l'effondrement des systèmes de croyances qui nous ont guidés ? La sagesse n'est pas pure abstraction métaphysique, mais art de vivre enraciné dans l'expérience et la physis. L'auteur débat comment on pourrait édifier une sagesse post-chrétienne qui ne replonge pas dans les nihilismes destructeurs, mais reconnaît les vérités vitales ensevelies sous les dogmes. Onfray examine l'héritage philosophique antique, redécouvrant Épicure et les cyniques comme penseurs d'une vie sage, sobre, voluptueuse rationnellement. Cette sagesse hédoniste assume le corporel et le sensible sans s'y abandonner. L'essai défend une philosophie pratique, un ethos capable de donner sens et équilibre à l'existence post-moderne. Sagesse s'inscrit dans le mouvement intellectuel contemporain de rethéologisation séculière, cherchant les conditions du bien-vivre une fois épuisée la transcendance religieuse. Onfray œuvre à une spiritualité immanente fondée sur la connaissance de soi et la maîtrise des désirs.
Camus présente dans cet essai majeur une pensée de la révolte comme seule réponse authentique face à l'absurde condition humaine. Face au silence du monde et à l'indifférence de l'univers, l'homme ne peut se résigner à la passivité : il affirme sa liberté en se révoltant. Cette révolte diffère fondamentalement de la résignation ou de l'acceptation, elle incarne une affirmation existentielle qui dit non sans renoncer, qui refuse en restant affirmative. Camus distingue rigoureusement entre la révolte authentique et la révolution totalitaire qui la pervertit. La révolution, en cherchant à réaliser idéologiquement l'absolu, perd de vue le mouvement révolté initial et sombre dans le nihilisme, justifiant le meurtre de masse au nom de l'utopie. L'histoire du XXe siècle incarne précisément cette tragédie : la révolte contre l'oppression s'est transformée en systèmes policiers et camps de concentration. L'auteur déplore comment l'élan révolté originel s'est corrompu en rationalisations de la violence politique. Camus trace une généalogie des révoltes historiques, de la Révolution française aux mouvements contemporains, montrant comment chacune a glissé de l'affirmation éthique vers la domination autoritaire. L'Homme révolté appelle à une révolte perpétuelle refusant la révolution, acceptant la limite morale et la finitude humaine. Cet essai inaugura des polémiques majeures avec Sartre et l'existentialisme, Camus défendant l'absurde contre l'engagement totalitaire.
Épicure est le philosophe du plaisir : il proclame, contre les parangons de vertu, que le plaisir est à la fois le but de toutes nos activités et le critère auquel nous reconnaissons qu’elles sont bonnes. Pour nous en convaincre, il fallait qu’il soit un théoricien du juste calcul des plaisirs et des peines, et un penseur de l’amitié, condition de la félicité. Mais aussi un philosophe de la nature – parce qu’il n’y a pas de sérénité possible pour qui vit dans l’ignorance des causes, dans l’angoisse de la mort et dans la crainte superstitieuse des châtiments divins. Il nous enseigne ainsi que la philosophie est un tout, que l’éthique se fonde sur une véritable science du bonheur, et que le savoir lui-même, s’il ne nous rendait pas plus heureux, ne servirait à rien...
Le présent ouvrage est le texte des leçons professées par Raymond Aron à l’École Nationale d’Administration en 1952. Il ne constitue pas un exposé de faits ou de doctrines mais une analyse conceptuelle de la démocratie moderne dans ses deux versions antithétiques : institutions représentatives des grands pays occidentaux d’une part, démocraties populaires de l’autre. Il s’attache à définir, au-delà de leurs idéaux proclamés (égalité, liberté, souveraineté populaire, avènement d’une société sans classe), leur réalité essentielle, leur logique interne, en un mot leur principe. La conquête du pouvoir résulte pour les premières d’une compétition pacifique ; son exercice fait appel à l’art du compromis : l’expression des mécontentements catégoriels nés d’un état social naturellement imparfait peut s’y donner libre cours. Dans les secondes les gouvernants tirent leur légitimité d’un processus révolutionnaire mené au nom d’une doctrine millénariste qui justifie l’élimination des opposants et l’emprise d’un parti unique sur l’ensemble de la vie sociale. Comment, à partir de ces prémisses, discerner leur évolution comme leur devenir ? Telle est, dans la lignée de la pensée politique classique, la question centrale de ce livre où Raymond Aron enseigne avec une rigueur méthodique exemplaire l’art de soumettre à la raison les passions politiques de notre temps.
Marc Aurèle, à Carnuntum, écrit ses "Pensées pour moi-même", chef-d’œuvre de la philosophie stoïcienne, en douze livres, sans doute pour oublier le tumulte de la journée précédente passée à se battre. Stoïcisme ? Certes, bien que son œuvre ne soit pas totalement un traité de philosophie stoïcienne – elle ne comprend ni le dogme impitoyable d’Épictète ni le ton professoral et théorique de Sénèque –, elle a quelque chose de tout à fait propre à Marc Aurèle, c’est-à-dire la manière humaine, intime et émouvante dont il transforme la doctrine en un constant examen de conscience. Le constat de vanité et de caducité des choses le pousse à chercher une raison profonde à l’univers. Toute réalité est l’élément d’un organisme divin, unique, ordonné et harmonieux. L’homme, composé de trois principes: corps, âme, esprit, occupe une position centrale dans le cosmos. L’esprit, élément divin en chaque individu, guide son action. La prise de conscience de sa participation au divin doit ramener l’homme à sa vie intérieure pour qu’il retrouve la paix.
"Dans toutes les écoles, seront ainsi pratiqués des exercices destinés à assurer le progrès spirituel vers l'état idéal de la sagesse, des exercices de la raison qui seront, pour l'âme, analogues à l'entraînement de l'athlète ou aux pratiques d'une cure médicale. D'une manière générale, ils consistent surtout dans le contrôle de soi et dans la méditation. Le contrôle de soi est fondamentalement attention à soi-même : vigilance tendue dans le stoïcisme, renoncement aux désirs superflus dans l'épicurisme." Dans cette leçon inaugurale de la chaire d'histoire de la pensée hellénistique et romaine professée au Collège de France, Pierre Hadot expose la démarche qui préside à l'ensemble de ses travaux et développe l'une de ses idées directrices : la philosophie antique n'était pas un ensemble de connaissances à assimiler, mais une pratique de transformation de soi-même, une initiation.
Cet ouvrage explore l'articulation historique et théorique entre la pensée anarchiste et les mouvements ouvriers, refusant de les envisager comme simples antécédents ou épiphénomènes d'idéologies politiques majeures. L'auteur analyse comment les idées anarchistes ont perméé les luttes ouvrières, fournissant des cadres conceptuels et des imaginaires de libération authentiquement enracinés dans l'expérience des travailleurs. Inversement, les pratiques ouvrières ont validé ou infléchi la théorie anarchiste, créant une dialectique féconde entre action et pensée. L'essai examine les concepts clés de l'anarchisme : l'abolition de l'État, le fédéralisme ouvrier, l'autogestion, l'action directe, en montrant comment ces catégories procèdent de l'expérience collective des prolétaires. L'anarchisme ouvrier refuse tant la dictature du prolétariat marxiste que la représentation parlementaire capitaliste, imaginant une démocratie directe fondée sur les associations volontaires. Le texte scrute les expériences historiques : les conseils ouvriers russes de 1917, les collectivités espagnoles de 1936, les mouvements autonomes contemporains. Chaque cas révèle comment la philosophie anarchiste ne constitue pas une utopie abstraite mais une cristallisation théorique des aspirations réelles des travailleurs. L'ouvrage défend une dignité intellectuelle à cette pensée politique marginalisée, montrant comment elle articule justice économique et liberté politique. Il redéfinit l'héritage anarchiste comme ressource critique toujours pertinente pour les luttes actuelles.
Émile-Auguste Chartier, connu sous le pseudonyme Alain, a marqué profondément la philosophie française par ses décennies d'enseignement magistral au Lycée Henri-IV de Paris. Les Éléments de philosophie rassemblent cette pédagogie vivante, restituant la clarté et la profondeur du grand professeur qui a formé plusieurs générations d'esprits. L'ouvrage ne prétend pas à la systématicité exhaustive mais à l'accès progressif aux problèmes essentiels : comment connaissons-nous ? Qu'est-ce que la vérité ? Quel fondement éthique pour l'action ? En quatre-vingt-quinze brefs chapitres, Alain guide le lecteur à travers les territoires majeurs de la réflexion philosophique, de l'épistémologie aux questions morales, de la philosophie de la nature à la métaphysique. Le style reste personnel, dialogique, invitant à la réflexion personnelle plutôt qu'imposant des doctrines. Alain incarne la philosophie française du jugement : penser consiste à former son propre jugement, non à réciter des opinions reçues. L'ouvrage joint la clarté pédagogique à la profondeur conceptuelle, accessibilité à rigueur. Chaque chapitre offre une méditation complète mais brève sur un problème, amenant progressivement du particulier au général, de l'expérience au concept. Alain défend une philosophie du consentement et de la liberté, refusant la passivité face au monde. Les Éléments demeurent une introduction incomparable à la vie philosophique, transmettant non des doctrines figées mais une méthode, un ethos intellectuel vivant.
Sur la généalogie de la morale (Zur Genealogie der Moral, 1887) est un ouvrage fondamental de Nietzsche qui prolonge sa critique des valeurs morales entamée dans Par-delà le bien et le mal. Il ne cherche pas à justifier la morale, mais à retracer son développement historique et psychologique via une méthode généalogique quasi-scientifique, ce qui a profondément influencé des penseurs comme Freud et Foucault. Structuré en trois traités, ce livre systématique explore notamment l'opposition entre la morale du maître et la morale de l'esclave (concept issu de Hegel), le rôle de la culpabilité dans la conscience, et la critique de l'idéal ascétique. L'ouvrage est essentiel pour comprendre la pensée tardive de Nietzsche et a marqué durablement la philosophie moderne et la culture du XXe siècle. Une édition moderne cherche souvent à rendre son langage complexe accessible au grand public, avec un matériel contextuel riche.
Le Gai Savoir (Die fröhliche Wissenschaft, 1882) est un ouvrage fondamental de Nietzsche, célèbre pour son style aphoristique et sa tonalité expérimentale. Son titre, inspiré des troubadours provençaux (gai saber), reflète une approche du savoir à la fois joyeuse, sceptique et artistique, cherchant à dépasser les dogmes par la légèreté. C'est dans ce livre qu'apparaît la notion la plus célèbre de Nietzsche : la mort de Dieu (§ 125), annoncée par l'homme fou. Ce constat est la reconnaissance que les fondations métaphysiques et morales de la civilisation occidentale se sont effondrées, ouvrant une crise existentielle et la nécessité de créer de nouvelles valeurs. Deux autres concepts cruciaux y sont introduits : le principe de l'Éternel Retour (§ 341), présenté comme une épreuve de force pour l'affirmation de la vie, et l'Amor Fati (l'amour du destin), l'acceptation joyeuse de sa propre nécessité. L'ouvrage est considéré comme une œuvre de transition majeure, annonçant directement les thèmes de Ainsi parlait Zarathoustra et invitant à l'affirmation inconditionnelle de la vie face au nihilisme.
L'Énéide de Virgile constitue bien plus qu'une simple narration héroïque : c'est une méditation profonde sur le destin, la piété et les fondations mythologiques de Rome. Cette épopée retrace le périple du Troyen Énée qui, après la chute catastrophique de Troie, entreprend un voyage initiatique guidé par les dieux vers l'Italie où l'attend une destinée transcendante. À travers les épreuves multiples qui jalonnent son chemin – des tempêtes provoquées par Junon aux enchantements de Didon – Énée incarne l'héros romain idéal, celui qui subordonne ses désirs personnels au bien collectif. Virgile construit son récit en explorant les tensions entre la volonté divine et les aspirations humaines, entre l'amour et le devoir, questions universelles intemporelles. L'œuvre célèbre la grandeur de Rome en la projetant dans une antiquité mythique tout en interrogeant le prix humain de la gloire politique. Par sa maîtrise de la langue latine et sa richesse symbolique, l'Énéide s'affirme comme le poème fondateur de la civilisation occidentale et demeure un texte paradigmatique pour comprendre comment les sociétés se racontent leurs origines.
« Tout ce qu’un homme réussit et tout ce qu’il échoue dépend directement de ses propres pensées. » Si vous n’avez qu’un livre à lire ce pourrait-être celui-‐là ! James Allen, vous prend par la main et vous ouvre grand le chemin de la connaissance de soi. La visualisation et l’imagination créatrice sont des facultés que nous avons perdues dans cet environnement matérialiste et polluant dans lequel nous vivons. La faiblesse et la force d’un homme, sa pureté et son impureté, ses souffrances et ses joies sont les siennes et non pas celles d’un autre. C’est lui-même qui en est responsable et lui seul peut les transformer. L’homme est ce qu’il pense. Par conséquent, un homme ne peut parvenir à s'élever, à conquérir et à réussir qu'en élevant ses pensées. Allen insiste sur la capacité de chacun à forger son propre caractère et à créer son propre bonheur. Pour lui, nous sommes notre propre puissance créatrice, la pensée mène à l'action et nous aide à réaliser nos rêves. « Rêvez à des choses sublimes et tandis que vous rêverez, vous obtiendrez ce que vous aurez rêvé. »
Parmi les Anciens, Démocrite, Épicure et Lucrèce ont eu le génie de professer que l’univers entier est une sorte d’immense Lego ! Ils enseignèrent que l’être est un et, tout à la fois, sporadique ; que la naissance est composition et la mort désagrégation ; que de minuscules éléments de construction, lesquels, pris un à un, sont éternels et immodifiables, se combinent puis se dissocient au gré de leur agitation incessante dans le vide immense. Épicure et Lucrèce, son plus grand disciple romain, furent en outre deux maîtres de volupté : beaucoup plus que chez Démocrite, la philosophie des atomes a chez eux partie liée avec la poursuite du plaisir qu’ils identifient au bien souverain. À ce titre, ils sont résolument modernes. Comme ils le sont aussi quand ils annoncent que, dans un univers dont la Providence est exclue, dans ce Lego fait de corpuscules insensibles, chacun pourra mesurer le néant des fables qui agitent les mortels, l’absurdité des mythes relatifs aux châtiments infernaux et, ainsi, parvenir à l’idée qu’il est possible d’atteindre un bonheur intense, durable et parfait, dans les limites de la vie terrestre. Édition revue et corrigée 2013
D'une grande figure de la philosophie à une école de pensée, des maîtres aux disciples, d'un discours sur sa méthode à une leçon d'histoire, Lucien Jerphagnon nous plonge aux sources de notre temps et de notre culture. Avec son érudition savoureuse, et cet art fulgurant d'exhumer le passé et d'incarner les textes, le grand historien nous rappelle pourquoi les penseurs de l'Antiquité - Platon, Plotin et saint Augustin en tête - ont porté jusqu'à nos jours une irréfutable initiation à tout ce qui est la vie de l'esprit, et à tout ce qui rend vivant en général. En recréant, par-delà les siècles, la plus enthousiasmante des communautés d'esprit, Lucien Jerphagnon remplit tous les devoirs de la paideia, cet art d'enseigner et de transmettre qui, plus qu'un savoir, est une éducation de l'être.
L'ambition de ce volume est de dissiper le sentiment sourd d'arbitraire qui peut accompagner la rencontre de Nietzsche, plus communément sans doute que ce n'est le cas des philosophes qui le précèdent. Son objectif est d'offrir au lecteur une voie d'accès à la démarche que suit le philosophe, de lui en montrer la logique, de lui indiquer quelques-unes des principales justifications sur lesquelles Nietzsche s'appuie constamment, et de faire ainsi apparaître les raisons qui légitiment les positions qu'il adopte. Nietzsche n'a rien d'un mystique, d'un romantique ou- d'un irrationaliste, mais il a bel et bien tout fait pour compliquer la tâche de son lecteur. Et ce, avant tout en masquant la cohérence à laquelle il se soumet. Comprendre un philosophe implique généralement de partir des problèmes qu'il pose, avant de se pencher sur les notions qu'il construit. Les chapitres de ce livre expliquent l'évolution que Nietzsche impose à quelques concepts fondamentaux de la réflexion philosophique - la vérité, la métaphysique, le corps, la pulsion, les passions, la justice, la volonté. Ils permettent ainsi d'élucider les notions de volonté de puissance, de surhumain, d'éternel retour, de nihilisme ou de généalogie, que l'on présente couramment comme les concepts fondamentaux de Nietzsche, et auxquelles on prête la vertu de rendre limpides des doctrines souvent difficiles à pénétrer...
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