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Ouvrages de tous horizons, avec une attention particulière et assumée pour la pensée de droite
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Camus présente dans cet essai majeur une pensée de la révolte comme seule réponse authentique face à l'absurde condition humaine. Face au silence du monde et à l'indifférence de l'univers, l'homme ne peut se résigner à la passivité : il affirme sa liberté en se révoltant. Cette révolte diffère fondamentalement de la résignation ou de l'acceptation, elle incarne une affirmation existentielle qui dit non sans renoncer, qui refuse en restant affirmative. Camus distingue rigoureusement entre la révolte authentique et la révolution totalitaire qui la pervertit. La révolution, en cherchant à réaliser idéologiquement l'absolu, perd de vue le mouvement révolté initial et sombre dans le nihilisme, justifiant le meurtre de masse au nom de l'utopie. L'histoire du XXe siècle incarne précisément cette tragédie : la révolte contre l'oppression s'est transformée en systèmes policiers et camps de concentration. L'auteur déplore comment l'élan révolté originel s'est corrompu en rationalisations de la violence politique. Camus trace une généalogie des révoltes historiques, de la Révolution française aux mouvements contemporains, montrant comment chacune a glissé de l'affirmation éthique vers la domination autoritaire. L'Homme révolté appelle à une révolte perpétuelle refusant la révolution, acceptant la limite morale et la finitude humaine. Cet essai inaugura des polémiques majeures avec Sartre et l'existentialisme, Camus défendant l'absurde contre l'engagement totalitaire.
Épicure est le philosophe du plaisir : il proclame, contre les parangons de vertu, que le plaisir est à la fois le but de toutes nos activités et le critère auquel nous reconnaissons qu’elles sont bonnes. Pour nous en convaincre, il fallait qu’il soit un théoricien du juste calcul des plaisirs et des peines, et un penseur de l’amitié, condition de la félicité. Mais aussi un philosophe de la nature – parce qu’il n’y a pas de sérénité possible pour qui vit dans l’ignorance des causes, dans l’angoisse de la mort et dans la crainte superstitieuse des châtiments divins. Il nous enseigne ainsi que la philosophie est un tout, que l’éthique se fonde sur une véritable science du bonheur, et que le savoir lui-même, s’il ne nous rendait pas plus heureux, ne servirait à rien...
Le présent ouvrage est le texte des leçons professées par Raymond Aron à l’École Nationale d’Administration en 1952. Il ne constitue pas un exposé de faits ou de doctrines mais une analyse conceptuelle de la démocratie moderne dans ses deux versions antithétiques : institutions représentatives des grands pays occidentaux d’une part, démocraties populaires de l’autre. Il s’attache à définir, au-delà de leurs idéaux proclamés (égalité, liberté, souveraineté populaire, avènement d’une société sans classe), leur réalité essentielle, leur logique interne, en un mot leur principe. La conquête du pouvoir résulte pour les premières d’une compétition pacifique ; son exercice fait appel à l’art du compromis : l’expression des mécontentements catégoriels nés d’un état social naturellement imparfait peut s’y donner libre cours. Dans les secondes les gouvernants tirent leur légitimité d’un processus révolutionnaire mené au nom d’une doctrine millénariste qui justifie l’élimination des opposants et l’emprise d’un parti unique sur l’ensemble de la vie sociale. Comment, à partir de ces prémisses, discerner leur évolution comme leur devenir ? Telle est, dans la lignée de la pensée politique classique, la question centrale de ce livre où Raymond Aron enseigne avec une rigueur méthodique exemplaire l’art de soumettre à la raison les passions politiques de notre temps.
Marc Aurèle, à Carnuntum, écrit ses "Pensées pour moi-même", chef-d’œuvre de la philosophie stoïcienne, en douze livres, sans doute pour oublier le tumulte de la journée précédente passée à se battre. Stoïcisme ? Certes, bien que son œuvre ne soit pas totalement un traité de philosophie stoïcienne – elle ne comprend ni le dogme impitoyable d’Épictète ni le ton professoral et théorique de Sénèque –, elle a quelque chose de tout à fait propre à Marc Aurèle, c’est-à-dire la manière humaine, intime et émouvante dont il transforme la doctrine en un constant examen de conscience. Le constat de vanité et de caducité des choses le pousse à chercher une raison profonde à l’univers. Toute réalité est l’élément d’un organisme divin, unique, ordonné et harmonieux. L’homme, composé de trois principes: corps, âme, esprit, occupe une position centrale dans le cosmos. L’esprit, élément divin en chaque individu, guide son action. La prise de conscience de sa participation au divin doit ramener l’homme à sa vie intérieure pour qu’il retrouve la paix.
"Dans toutes les écoles, seront ainsi pratiqués des exercices destinés à assurer le progrès spirituel vers l'état idéal de la sagesse, des exercices de la raison qui seront, pour l'âme, analogues à l'entraînement de l'athlète ou aux pratiques d'une cure médicale. D'une manière générale, ils consistent surtout dans le contrôle de soi et dans la méditation. Le contrôle de soi est fondamentalement attention à soi-même : vigilance tendue dans le stoïcisme, renoncement aux désirs superflus dans l'épicurisme." Dans cette leçon inaugurale de la chaire d'histoire de la pensée hellénistique et romaine professée au Collège de France, Pierre Hadot expose la démarche qui préside à l'ensemble de ses travaux et développe l'une de ses idées directrices : la philosophie antique n'était pas un ensemble de connaissances à assimiler, mais une pratique de transformation de soi-même, une initiation.
Cet ouvrage explore l'articulation historique et théorique entre la pensée anarchiste et les mouvements ouvriers, refusant de les envisager comme simples antécédents ou épiphénomènes d'idéologies politiques majeures. L'auteur analyse comment les idées anarchistes ont perméé les luttes ouvrières, fournissant des cadres conceptuels et des imaginaires de libération authentiquement enracinés dans l'expérience des travailleurs. Inversement, les pratiques ouvrières ont validé ou infléchi la théorie anarchiste, créant une dialectique féconde entre action et pensée. L'essai examine les concepts clés de l'anarchisme : l'abolition de l'État, le fédéralisme ouvrier, l'autogestion, l'action directe, en montrant comment ces catégories procèdent de l'expérience collective des prolétaires. L'anarchisme ouvrier refuse tant la dictature du prolétariat marxiste que la représentation parlementaire capitaliste, imaginant une démocratie directe fondée sur les associations volontaires. Le texte scrute les expériences historiques : les conseils ouvriers russes de 1917, les collectivités espagnoles de 1936, les mouvements autonomes contemporains. Chaque cas révèle comment la philosophie anarchiste ne constitue pas une utopie abstraite mais une cristallisation théorique des aspirations réelles des travailleurs. L'ouvrage défend une dignité intellectuelle à cette pensée politique marginalisée, montrant comment elle articule justice économique et liberté politique. Il redéfinit l'héritage anarchiste comme ressource critique toujours pertinente pour les luttes actuelles.
Émile-Auguste Chartier, connu sous le pseudonyme Alain, a marqué profondément la philosophie française par ses décennies d'enseignement magistral au Lycée Henri-IV de Paris. Les Éléments de philosophie rassemblent cette pédagogie vivante, restituant la clarté et la profondeur du grand professeur qui a formé plusieurs générations d'esprits. L'ouvrage ne prétend pas à la systématicité exhaustive mais à l'accès progressif aux problèmes essentiels : comment connaissons-nous ? Qu'est-ce que la vérité ? Quel fondement éthique pour l'action ? En quatre-vingt-quinze brefs chapitres, Alain guide le lecteur à travers les territoires majeurs de la réflexion philosophique, de l'épistémologie aux questions morales, de la philosophie de la nature à la métaphysique. Le style reste personnel, dialogique, invitant à la réflexion personnelle plutôt qu'imposant des doctrines. Alain incarne la philosophie française du jugement : penser consiste à former son propre jugement, non à réciter des opinions reçues. L'ouvrage joint la clarté pédagogique à la profondeur conceptuelle, accessibilité à rigueur. Chaque chapitre offre une méditation complète mais brève sur un problème, amenant progressivement du particulier au général, de l'expérience au concept. Alain défend une philosophie du consentement et de la liberté, refusant la passivité face au monde. Les Éléments demeurent une introduction incomparable à la vie philosophique, transmettant non des doctrines figées mais une méthode, un ethos intellectuel vivant.
Sur la généalogie de la morale (Zur Genealogie der Moral, 1887) est un ouvrage fondamental de Nietzsche qui prolonge sa critique des valeurs morales entamée dans Par-delà le bien et le mal. Il ne cherche pas à justifier la morale, mais à retracer son développement historique et psychologique via une méthode généalogique quasi-scientifique, ce qui a profondément influencé des penseurs comme Freud et Foucault. Structuré en trois traités, ce livre systématique explore notamment l'opposition entre la morale du maître et la morale de l'esclave (concept issu de Hegel), le rôle de la culpabilité dans la conscience, et la critique de l'idéal ascétique. L'ouvrage est essentiel pour comprendre la pensée tardive de Nietzsche et a marqué durablement la philosophie moderne et la culture du XXe siècle. Une édition moderne cherche souvent à rendre son langage complexe accessible au grand public, avec un matériel contextuel riche.
Le Gai Savoir (Die fröhliche Wissenschaft, 1882) est un ouvrage fondamental de Nietzsche, célèbre pour son style aphoristique et sa tonalité expérimentale. Son titre, inspiré des troubadours provençaux (gai saber), reflète une approche du savoir à la fois joyeuse, sceptique et artistique, cherchant à dépasser les dogmes par la légèreté. C'est dans ce livre qu'apparaît la notion la plus célèbre de Nietzsche : la mort de Dieu (§ 125), annoncée par l'homme fou. Ce constat est la reconnaissance que les fondations métaphysiques et morales de la civilisation occidentale se sont effondrées, ouvrant une crise existentielle et la nécessité de créer de nouvelles valeurs. Deux autres concepts cruciaux y sont introduits : le principe de l'Éternel Retour (§ 341), présenté comme une épreuve de force pour l'affirmation de la vie, et l'Amor Fati (l'amour du destin), l'acceptation joyeuse de sa propre nécessité. L'ouvrage est considéré comme une œuvre de transition majeure, annonçant directement les thèmes de Ainsi parlait Zarathoustra et invitant à l'affirmation inconditionnelle de la vie face au nihilisme.
L'Énéide de Virgile constitue bien plus qu'une simple narration héroïque : c'est une méditation profonde sur le destin, la piété et les fondations mythologiques de Rome. Cette épopée retrace le périple du Troyen Énée qui, après la chute catastrophique de Troie, entreprend un voyage initiatique guidé par les dieux vers l'Italie où l'attend une destinée transcendante. À travers les épreuves multiples qui jalonnent son chemin – des tempêtes provoquées par Junon aux enchantements de Didon – Énée incarne l'héros romain idéal, celui qui subordonne ses désirs personnels au bien collectif. Virgile construit son récit en explorant les tensions entre la volonté divine et les aspirations humaines, entre l'amour et le devoir, questions universelles intemporelles. L'œuvre célèbre la grandeur de Rome en la projetant dans une antiquité mythique tout en interrogeant le prix humain de la gloire politique. Par sa maîtrise de la langue latine et sa richesse symbolique, l'Énéide s'affirme comme le poème fondateur de la civilisation occidentale et demeure un texte paradigmatique pour comprendre comment les sociétés se racontent leurs origines.
« Tout ce qu’un homme réussit et tout ce qu’il échoue dépend directement de ses propres pensées. » Si vous n’avez qu’un livre à lire ce pourrait-être celui-‐là ! James Allen, vous prend par la main et vous ouvre grand le chemin de la connaissance de soi. La visualisation et l’imagination créatrice sont des facultés que nous avons perdues dans cet environnement matérialiste et polluant dans lequel nous vivons. La faiblesse et la force d’un homme, sa pureté et son impureté, ses souffrances et ses joies sont les siennes et non pas celles d’un autre. C’est lui-même qui en est responsable et lui seul peut les transformer. L’homme est ce qu’il pense. Par conséquent, un homme ne peut parvenir à s'élever, à conquérir et à réussir qu'en élevant ses pensées. Allen insiste sur la capacité de chacun à forger son propre caractère et à créer son propre bonheur. Pour lui, nous sommes notre propre puissance créatrice, la pensée mène à l'action et nous aide à réaliser nos rêves. « Rêvez à des choses sublimes et tandis que vous rêverez, vous obtiendrez ce que vous aurez rêvé. »
Parmi les Anciens, Démocrite, Épicure et Lucrèce ont eu le génie de professer que l’univers entier est une sorte d’immense Lego ! Ils enseignèrent que l’être est un et, tout à la fois, sporadique ; que la naissance est composition et la mort désagrégation ; que de minuscules éléments de construction, lesquels, pris un à un, sont éternels et immodifiables, se combinent puis se dissocient au gré de leur agitation incessante dans le vide immense. Épicure et Lucrèce, son plus grand disciple romain, furent en outre deux maîtres de volupté : beaucoup plus que chez Démocrite, la philosophie des atomes a chez eux partie liée avec la poursuite du plaisir qu’ils identifient au bien souverain. À ce titre, ils sont résolument modernes. Comme ils le sont aussi quand ils annoncent que, dans un univers dont la Providence est exclue, dans ce Lego fait de corpuscules insensibles, chacun pourra mesurer le néant des fables qui agitent les mortels, l’absurdité des mythes relatifs aux châtiments infernaux et, ainsi, parvenir à l’idée qu’il est possible d’atteindre un bonheur intense, durable et parfait, dans les limites de la vie terrestre. Édition revue et corrigée 2013
D'une grande figure de la philosophie à une école de pensée, des maîtres aux disciples, d'un discours sur sa méthode à une leçon d'histoire, Lucien Jerphagnon nous plonge aux sources de notre temps et de notre culture. Avec son érudition savoureuse, et cet art fulgurant d'exhumer le passé et d'incarner les textes, le grand historien nous rappelle pourquoi les penseurs de l'Antiquité - Platon, Plotin et saint Augustin en tête - ont porté jusqu'à nos jours une irréfutable initiation à tout ce qui est la vie de l'esprit, et à tout ce qui rend vivant en général. En recréant, par-delà les siècles, la plus enthousiasmante des communautés d'esprit, Lucien Jerphagnon remplit tous les devoirs de la paideia, cet art d'enseigner et de transmettre qui, plus qu'un savoir, est une éducation de l'être.
L'ambition de ce volume est de dissiper le sentiment sourd d'arbitraire qui peut accompagner la rencontre de Nietzsche, plus communément sans doute que ce n'est le cas des philosophes qui le précèdent. Son objectif est d'offrir au lecteur une voie d'accès à la démarche que suit le philosophe, de lui en montrer la logique, de lui indiquer quelques-unes des principales justifications sur lesquelles Nietzsche s'appuie constamment, et de faire ainsi apparaître les raisons qui légitiment les positions qu'il adopte. Nietzsche n'a rien d'un mystique, d'un romantique ou- d'un irrationaliste, mais il a bel et bien tout fait pour compliquer la tâche de son lecteur. Et ce, avant tout en masquant la cohérence à laquelle il se soumet. Comprendre un philosophe implique généralement de partir des problèmes qu'il pose, avant de se pencher sur les notions qu'il construit. Les chapitres de ce livre expliquent l'évolution que Nietzsche impose à quelques concepts fondamentaux de la réflexion philosophique - la vérité, la métaphysique, le corps, la pulsion, les passions, la justice, la volonté. Ils permettent ainsi d'élucider les notions de volonté de puissance, de surhumain, d'éternel retour, de nihilisme ou de généalogie, que l'on présente couramment comme les concepts fondamentaux de Nietzsche, et auxquelles on prête la vertu de rendre limpides des doctrines souvent difficiles à pénétrer...
Michael Sandel's Justice: What's the Right Thing to Do? invites readers of all ages and political persuasions on a journey of moral reflection, and shows how reasoned debate can illuminate our lives. Is it always wrong to lie? Should there be limits to personal freedom? Can killing sometimes be justified? Is the free market fair? What is the right thing to do? Questions like these are at the heart of our lives. In this acclaimed book Michael Sandel - BBC Reith Lecturer and the Harvard professor whose 'Justice' course has become world famous - gives us a lively and accessible introduction to the intersection of politics and philosophy. He helps us think our way through such hotly contested issues as equal rights, democracy, euthanasia, abortion and same-sex marriage, as well as the ethical dilemmas we face every day. 'One of the most popular teachers in the world' - Observer 'Enormously refreshing ... Michael Sandel transforms moral philosophy by putting it at the heart of civic debate' - New Statesman 'One of the world's most interesting political philosophers' - Guardian 'Spellbinding' - The Nation
The phenomenal international bestseller that shows us how to stop trying to predict everything - and take advantage of uncertainty What have the invention of the wheel, Pompeii, the Wall Street Crash, Harry Potter and the internet got in common? Why are all forecasters con-artists? Why should you never run for a train or read a newspaper? This book is all about Black Swans: the random events that underlie our lives, from bestsellers to world disasters. Their impact is huge; they're impossible to predict; yet after they happen we always try to rationalize them. 'Taleb is a bouncy and even exhilarating guide ... I came to relish what he said, and even develop a sneaking affection for him as a person' Will Self, Independent on Sunday 'He leaps like some superhero of the mind' Boyd Tonkin, Independent
Rémi Soulié propose dans cet essai une réflexion critique sur le mythe du Progrès comme religion séculière de la modernité occidentale. Contre l'idéologie progressiste qui postule une marche irréversible de l'humanité vers le meilleur, l'auteur mobilise la philosophie, l'histoire et la littérature pour démonter les présupposés qui fondent cette croyance. Soulié identifie dans le mythe du progrès une forme d'opium philosophique : il anesthésie la conscience critique en promettant une téléologie rassurante, en rendant acceptable le présent au nom d'un avenir meilleur toujours différé. Comme l'opium religieux dénoncé par Marx, le progressisme fonctionne comme consolation et justification de l'ordre établi. L'essai retrace les origines de cette foi progressiste – Condorcet, Hegel, Comte – et analyse comment elle s'est imposée comme évidence indiscutable, rendant toute réserve suspecte de réaction ou d'obscurantisme. Soulié défend une position qui n'est ni nostalgique ni réactionnaire mais critique : il s'agit de penser le temps autrement que selon le schéma linéaire du progrès continu. L'auteur convoque les grandes voix dissidentes – Baudelaire, Péguy, Bernanos – qui ont résisté à cette métaphysique de l'avenir radieux pour défendre une vision plus complexe et plus tragique de la condition humaine.
Pierre-Joseph Proudhon publie en 1846 ce traité en deux volumes qui constitue sa contribution la plus ambitieuse à la théorie économique et sociale. L'ouvrage s'engage dans un dialogue critique avec les économistes classiques et avec Hegel, cherchant à dépasser les contradictions du capitalisme par une synthèse dialectique. Proudhon y développe sa vision d'une économie mutuelliste fondée sur l'échange équitable et le crédit gratuit, alternative aux deux formes d'exploitation qu'il identifie : le profit capitaliste et la rente foncière. Sa critique de la propriété s'approfondit ici par une analyse des mécanismes économiques concrets par lesquels la propriété génère une extraction systématique de valeur du travail productif. L'ouvrage contient également une critique précoce du socialisme autoritaire et de la planification étatique, préfigurant les débats ultérieurs entre anarchistes et marxistes. Marx lui-même répondra avec sa Misère de la philosophie, lançant une polémique intellectuelle qui traversera tout le mouvement ouvrier du XIXe siècle. Proudhon y affirme que les contradictions économiques ne se résolvent pas par leur suppression violente mais par leur dépassement dialectique vers des formes d'organisation plus justes. Ce texte dense et ambitieux reste une œuvre fondamentale pour comprendre les origines du socialisme libertaire et ses différences fondamentales avec le marxisme orthodoxe.
Dans la Contre-Histoire de la philosophie, Michel Onfray veut explorer, en six volumes, un vaste pan de pensée qu’il estime écarté des récits académiques : une « philosophie oubliée » couvrant vingt-cinq siècles. Selon lui, cette occultation n’est pas accidentelle : elle découle d’un rapport de forces historique entre idéalistes et matérialistes. Avec l’avènement du christianisme, les idéalistes accèdent à une forme d’hégémonie intellectuelle pendant près de vingt siècles. Ils structurent alors le canon philosophique en favorisant les penseurs compatibles avec leur vision, et en effaçant les traditions concurrentes. Onfray propose donc de redonner vie à tout un « continent » de pensée non canonique : matérialistes, cyniques, cyrénaïques, épicuriens, libertins, courants hétérodoxes, « ultras » des Lumières, utilitaristes, socialistes hédonistes, nietzschéens de gauche, etc. Le point commun de ces traditions : une philosophie claire, incarnée, tournée vers une sagesse praticable, qui refuse la technicité hermétique et la « philosophie de spécialistes ». Onfray revendique une philosophie comme art de vivre, dans la continuité des Anciens. Enfin, ces volumes sont l’aboutissement de sept ans de séminaires menés à l’Université Populaire de Caen (créée en 2002), diffusés sur France Culture et largement édités.
Ce Tome 5 poursuit la Contre-Histoire de la philosophie en déplaçant le centre de gravité : après les matérialistes, libertins et Lumières radicales, Onfray s’intéresse au XIXe siècle et à la manière dont l’hédonisme peut devenir une doctrine sociale. Il commence par une précision sémantique : l’eudémonisme (du grec eudaimonia, « bonheur ») désigne les philosophies qui font du bonheur le but ultime de la vie humaine et, plus largement, le principe directeur de toute organisation sociale. L’introduction (“Stupide XIXe siècle ?”) annonce une relecture critique de ce siècle souvent réduit à l’industrialisation, au moralisme et aux grands récits idéologiques.
Ce 3ème volume de la Contre-Histoire de la philosophie (consacré au XVIIe siècle) propose l’« envers » du Grand Siècle officiel enseigné à l’université. Michel Onfray y met en lumière une constellation d’auteurs marginalisés par le canon (au-delà de Descartes, Pascal ou Fénelon) : les « libertins baroques », encore chrétiens pour certains, mais nourris de Montaigne, des récits de voyage du Nouveau Monde, des cabinets de curiosité, des découvertes scientifiques (astronomie), et d’une sensibilité baroque (anamorphoses, art). Le fil conducteur est une philosophie hédoniste, pratique, tournée vers la volupté, la jouissance, la joie, et une forme de liberté intellectuelle face à la morale religieuse. Onfray y traite notamment Charron, La Mothe Le Vayer, Saint-Évremond, Gassendi, Cyrano de Bergerac, et Spinoza (relus sous un angle hédoniste).
J'ai subi un infarctus quand je n'avais pas encore trente ans, un AVC quelque temps plus tard, puis un deuxième en janvier 2018. Nietzsche a raison de dire que toute pensée est la confession d'un corps, son autobiographie. Que me dit le mien avec ce foudroiement qui porte avec lui un peu de ma mort ? La disparition de ma compagne cinq ans en amont de ce récent creusement dans mon cerveau, qui emporte avec lui un quart de mon champ visuel, transforme mon corps en un lieu de deuil. " Faire son deuil " est une expression stupide, car c'est le deuil qui nous fait. Comment le deuil nous fait-il ? En travaillant un corps pour lequel il s'agit de tenir ou de mourir. Un lustre de mélancolie ou de chagrin porte avec lui ses fleurs du mal. Ce texte est la description du deuil qui me constitue. Faute d'avoir réussi son coup, la mort devra attendre. Combien de temps ? Dieu seul (qui n'existe pas) sait... Pour l'heure, la vie gagne. Ce livre est un manifeste vitaliste. M. O.
Gilles Kepel, politologue spécialiste de l'islam et du monde arabe, propose dans cet ouvrage ambitieux une lecture des transformations de l'islam contemporain qui s'oppose aux thèses de l'islamophobie comme aux apologétiques de l'islam politique. Kepel analyse la montée en puissance des courants salafistes et djihadistes non comme expression authentique d'une tradition religieuse millénaire mais comme produit de ruptures historiques récentes : la révolution iranienne, l'exportation du wahhabisme saoudien, les défaites du nationalisme arabe. Son diagnostic central est que l'islam politique est entré dans une phase de « fitna » – guerre civile – entre courants concurrents, et que l'Europe constitue le terrain d'une bataille idéologique cruciale pour définir l'avenir du monde musulman. Kepel examine avec une rigueur analytique particulière les transformations des communautés musulmanes européennes, distinguant les différentes générations et les différents courants qui les traversent. Il s'oppose à une vision homogénéisante qui ferait de tous les musulmans des adeptes potentiels du radicalisme, tout en refusant de minimiser la réalité du problème djihadiste. Penser l'Islam constitue une contribution majeure à un débat souvent manichéen, offrant les outils analytiques nécessaires pour comprendre un phénomène religieux et politique d'une complexité considérable.
Ce texte présente un volet consacré au “Grand Homme” dans le XIXe siècle, complémentaire des deux tomes précédents d’Onfray, L’eudémonisme social : philosophie des masses, Les radicalités existentielles : philosophie des individus. Ici, il s’agit du troisième axe : la construction du surhomme, c’est-à-dire l’aspiration du Grand Homme à une vie sublime. Le texte met en avant Jean-Marie Guyau (1854-1888), tuberculeux mais porté par une discipline stoïcienne, qui développe une philosophie vitaliste opposée à la morale kantienne. Il valorise l’action, le risque, la dépense, la générosité, au point d’apparaître comme un possible « Nietzsche français ». Mais cette pensée comporte aussi un versant ambigu : hygiénisme, racialisme, natalisme, présentés comme des thèmes pouvant annoncer certains aspects idéologiques du XXe siècle. Guyau défend enfin une forme d’immortalité panthéiste, fondée sur les traces laissées par un amour puissant. Le texte relie ensuite cette métaphysique à Nietzsche (1844-1900) et à sa figure du Surhomme : Nietzsche évoluerait de Schopenhauer et Wagner vers une période épicurienne, avant d’aboutir au surhomme (souvent caricaturé). Le Surhomme désigne ici l’individu qui accepte pleinement la volonté de puissance, la veut, puis l’aime, afin d’atteindre une jubilation supérieure – une technique de sagesse accessible à tous.
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