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Ouvrages de tous horizons, avec une attention particulière et assumée pour la pensée de droite
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Hippolyte Taine entreprend dans ce monument historiographique une analyse structurale de la Révolution française et de ses origines profondes dans la société d'Ancien Régime. Contrairement aux historiens romantiques qui célébraient 1789 comme avènement de la liberté, Taine adopte une perspective résolument critique, s'attachant à décrire les mécanismes psychologiques et sociaux qui ont conduit à la Terreur. Son approche naturaliste et positiviste – influencée par les sciences naturelles de son époque – cherche à identifier les « forces » et les « milieux » qui expliquent les comportements collectifs révolutionnaires. Taine identifie une « anarchie spontanée » dans les masses révolutionnaires, produit d'une désagrégation brutale des structures sociales traditionnelles. La Révolution n'apparaît pas comme triomphe de la Raison mais comme déchaînement d'instincts primitifs habillés en idéologie. Ce regard conservateur a fortement influencé la tradition contre-révolutionnaire française. L'ouvrage reste une référence majeure pour comprendre les interprétations critiques de la Révolution française et continue d'alimenter les débats historiographiques sur la nature du changement politique radical. Sa vision du peuple révolutionnaire comme masse irrationnelle a profondément marqué la pensée politique française du XIXe au XXe siècle.
La carte n'est pas le territoire : malgré leurs visées scientifiques, les cartes sont toujours subjectives, et intimement liées au contexte dans lequel elles naissent. Les cartographes ne se contentent pas de représenter le monde : ils le construisent, à partir des idées de leur époque et, de leur culture. Telle est la thèse de Jerry Brotton, et le point de départ de cet extraordinaire voyage à travers le temps et l'espace. En observant à la loupe douze cartes du monde, il ouvre autant, de fenêtres sur des civilisations aussi différentes que la Grèce antique et la Corée du XVe siècle, l'Europe des grandes découvertes et celle de la Révolution française, jusqu'au monde globalisé d'aujourd'hui, placé sous l'oeil de Google Earth. A l'issue de ce périple aussi captivant qu'instructif, on aura appris une foule de choses : saviez-vous de quand date l'habitude de placer le Nord en haut d'une carte ? quel planisphère a donné son nom à l'Amérique ? et vous doutiez-vous que, malgré les apparences, les cartes d'aujourd'hui ne sont pas plus définitives ni plus objectives que celles d'autrefois ? Lecteurs de ce livre, vous ne regarderez plus jamais votre GPS de la même façon.
Un recueil de six essais provocateurs publiés en 2005, où l’économiste conservateur examine la race, la culture et l’histoire. L’essai principal, qui donne son titre au livre, soutient une thèse controversée : la culture dite « de ghetto » des Afro-Américains urbains actuels provient non de l’esclavage ou d’une spécificité raciale, mais d’une sous-culture « redneck » (ou « cracker ») importée par les immigrants écossais-irlandais dans le Sud des États-Unis. Cette culture – violence, impulsivité, aversion pour l’éducation, irresponsabilité – a été partagée par les Blancs pauvres du Sud et adoptée par les esclaves noirs. Au XXe siècle, la plupart des Blancs du Sud l’ont abandonnée en s’élevant socialement, tandis qu’elle persiste dans les ghettos noirs. Sowell critique les libéraux blancs qui, par paternalisme, sacralisent cette culture dysfonctionnelle comme une « identité raciale » authentique, entravant ainsi l’ascension des Noirs. Les autres essais portent sur les minorités intermédiaires (Juifs), l’histoire de l’esclavage, l’Allemagne, l’éducation noire et le multiculturalisme. Un ouvrage iconoclaste qui remet en cause les explications dominantes sur les inégalités raciales.
Thomas Sowell signe avec Basic Economics l'un des manuels d'initiation à l'économie les plus limpides et les plus vendus du monde anglophone. Refusant délibérément tout jargon technique et toute équation, Sowell expose les principes fondamentaux de l'analyse économique en s'appuyant sur des exemples concrets tirés de la vie quotidienne, de l'histoire et de l'actualité politique. Le fil directeur de l'ouvrage est la notion de rareté et de coûts d'opportunité : toute décision économique implique des arbitrages entre des usages alternatifs de ressources limitées, et ignorer ces contraintes fondamentales conduit aux politiques les plus désastreuses. Sowell déconstruit méthodiquement les erreurs de raisonnement économique les plus répandues : l'illusion que les prix peuvent être fixés arbitrairement sans effets secondaires, que les loyers peuvent être contrôlés sans pénurie de logements, que les salaires minimum peuvent être relevés sans chômage. Chaque chapitre illustre comment le marché coordonne spontanément des millions de décisions individuelles sans qu'aucune autorité centrale ne doive diriger ce processus. L'ouvrage plaide pour une compréhension des conséquences à long terme des politiques économiques, au-delà de leurs effets immédiats et visibles. Basic Economics demeure la meilleure introduction disponible pour comprendre pourquoi les bonnes intentions ne suffisent pas à produire de bonnes politiques économiques.
Sociologie du dragueur, publié en 1996, est l’ouvrage qui a fait connaître Alain Soral comme sociologue pugnace et franc-parleur, hostile à tout communautarisme. Ancien dragueur des rues revendiquant plus de 700 conquêtes, il y étudie avec rigueur la drague sous tous ses aspects : fondements, règles, techniques, idéologie et ce qu’elle révèle de l’être masculin. Où, quand, qui et comment drague-t-on ? Tout est décortiqué pour comprendre les motivations du dragueur. Il s’agit d’une étude exclusivement masculine, menée loin des femmes et contre elles, à laquelle le pur penseur ne peut accéder : seule la pratique permet de conceptualiser la démarche. Parler de la drague permet de dépasser à la fois l’apologie de la femme et la misogynie officielle. Soral y livre une critique acerbe du féminisme, vu comme pensée des femmes et vecteur de la social-démocratie qui féminise la société à outrance. Le dragueur incarne alors la seule réponse masculine à cette féminisation.
Une œuvre monumentale en trois volumes (1973-1978), sous-titrée « Essai d’investigation littéraire ». Basé sur les témoignages de 227 prisonniers, sur les archives et sur l’expérience personnelle de l’auteur (détenu huit ans dans les camps soviétiques), le livre dénonce le système concentrationnaire stalinien : arrestations arbitraires, interrogatoires brutaux, sentences truquées, déportations massives, travail forcé, famine, exécutions. Soljenitsyne décrit le Goulag comme un véritable « archipel » invisible, disséminé à travers l’URSS, qui a englouti des millions d’innocents de 1918 aux années 1950. Il analyse la mécanique de la terreur, la déshumanisation, la corruption morale des bourreaux comme des victimes, et la complicité de la société. Œuvre magistrale mêlant récit, analyse historique, réflexion philosophique et satire, elle a contribué à démystifier le communisme soviétique et à accélérer sa chute morale. Un document essentiel sur le totalitarisme et la résistance de l’esprit humain.
Henry Laurens, historien spécialiste du Moyen-Orient et professeur au Collège de France, offre dans cet ouvrage une synthèse équilibrée et documentée du conflit israélo-palestinien depuis ses origines jusqu'à nos jours. Refusant les simplifications militantes qui réduisent ce conflit complexe à un affrontement binaire entre victimes et oppresseurs, Laurens reconstruit patiemment les logiques historiques, politiques et diplomatiques qui ont conduit à l'impasse actuelle. L'analyse commence avec le sionisme et le nationalisme arabe naissants à la fin du XIXe siècle, traverse les mandats britanniques, la création de l'État d'Israël en 1948, les guerres successives, les tentatives de paix et les cycles de violence. Laurens accorde une attention particulière aux dynamiques internes de chaque camp – divisions politiques, évolutions idéologiques, pressions démographiques – sans jamais perdre de vue les enjeux régionaux et internationaux. Son approche analytique s'efforce de comprendre les logiques propres à chaque acteur sans les justifier, offrant au lecteur les outils nécessaires pour naviguer dans un débat souvent plus passionnel que rigoureux. Cet ouvrage constitue une référence indispensable pour quiconque souhaite comprendre l'une des questions les plus explosives de la géopolitique mondiale contemporaine.
Marylène Patou-Mathis, préhistorienne et directrice de recherche au CNRS, nous plonge dans la vie et la disparition du Néandertalien, notre cousin le plus proche dans l'arbre de l'évolution humaine. S'appuyant sur les découvertes archéologiques et paléontologiques les plus récentes, l'auteure dresse un portrait nuancé et fascinant de cette espèce longtemps caricaturée comme brute primitive. L'ouvrage déconstruit méthodiquement les stéréotypes : les Néandertaliens enterraient leurs morts avec soin, fabriquaient des outils sophistiqués, utilisaient des pigments et connaissaient probablement une forme de langage. Ces êtres pensants ont peuplé l'Europe et l'Asie pendant plus de trois cent mille ans avant de disparaître il y a environ quarante mille ans. Patou-Mathis explore les hypothèses sur les causes de cette extinction : concurrence avec Homo sapiens, changements climatiques, épidémies ou hybridation progressive. La découverte récente que la plupart des humains modernes portent une petite fraction d'ADN néandertalien bouleverse la vision d'une disparition totale et suggère des échanges entre les deux espèces. Ce livre passionnant nous invite à reconsidérer notre rapport à l'autre et à l'altérité, en révélant que l'humanité a longtemps coexisté avec d'autres formes d'intelligence et de culture.
L’Abistan, immense empire, tire son nom du prophète Abi, "délégué" de Yölah sur terre. Son système est fondé sur l’amnésie et la soumission au dieu unique. Toute pensée personnelle est bannie, un système de surveillance omniprésent permet de connaître les idées et les actes déviants. Officiellement, le peuple unanime vit dans le bonheur de la foi sans questions. Le personnage central, Ati, met en doute les certitudes imposées. Il se lance dans une enquête sur l’existence d’un peuple de renégats, qui vit dans des ghettos, sans le recours de la religion... Boualem Sansal s’est imposé comme une des voix majeures de la littérature contemporaine. Au fil d’un récit débridé, plein d’innocence goguenarde, d’inventions cocasses ou inquiétantes, il s’inscrit dans la filiation d’Orwell pour brocarder les dérives et l’hypocrisie du radicalisme religieux qui menace les démocraties. Grand Prix du roman de l'Académie française 2015.
Les morceaux réunis dans ce volume n'ont qu'un seul lien qui les rattache les uns aux autres, c'est le goût de la vérité historique et des méthodes qui permettent de la trouver. Quelques-uns de ces morceaux sont fort anciens, et remontent à un temps où, sans hésiter sur ma voie (je n'ai jamais compris le devoir et le plaisir que d'une seule manière), j'hésitais encore sur l'application particulière que je donnerais à mes facultés de travail. Quand on est jeune, on croit pouvoir tout embrasser, et, comme pour un esprit vraiment philosophique tout est également digne d'ètre connu, on ne se résigne que tardivement à limiter son horizon, à évacuer des terres qu'on s'était adjugées et que l'on croyait mème avoir conquises.
Rémi Soulié propose dans cet essai une réflexion critique sur le mythe du Progrès comme religion séculière de la modernité occidentale. Contre l'idéologie progressiste qui postule une marche irréversible de l'humanité vers le meilleur, l'auteur mobilise la philosophie, l'histoire et la littérature pour démonter les présupposés qui fondent cette croyance. Soulié identifie dans le mythe du progrès une forme d'opium philosophique : il anesthésie la conscience critique en promettant une téléologie rassurante, en rendant acceptable le présent au nom d'un avenir meilleur toujours différé. Comme l'opium religieux dénoncé par Marx, le progressisme fonctionne comme consolation et justification de l'ordre établi. L'essai retrace les origines de cette foi progressiste – Condorcet, Hegel, Comte – et analyse comment elle s'est imposée comme évidence indiscutable, rendant toute réserve suspecte de réaction ou d'obscurantisme. Soulié défend une position qui n'est ni nostalgique ni réactionnaire mais critique : il s'agit de penser le temps autrement que selon le schéma linéaire du progrès continu. L'auteur convoque les grandes voix dissidentes – Baudelaire, Péguy, Bernanos – qui ont résisté à cette métaphysique de l'avenir radieux pour défendre une vision plus complexe et plus tragique de la condition humaine.
Jean Raspail signe avec ce roman apocalyptique l'un des textes les plus controversés de la littérature française du XXe siècle. Publié en 1973, Le Camp des saints décrit l'arrivée sur les côtes françaises d'une armada de navires transportant des millions d'émigrants du tiers-monde, et la désintégration d'une civilisation occidentale incapable de leur opposer la moindre résistance. Ce roman-pamphlet, régulièrement réédité et traduit dans de nombreuses langues, est devenu au fil des décennies une référence paradoxale : instrument de polémique pour les uns, prophétie littéraire pour les autres. Raspail y dépeint avec une ironie mordante une élite intellectuelle, médiatique et religieuse qui, par culpabilité, idéalisme ou lâcheté, facilite ce qu'il présente comme une submersion démographique. Le style est délibérément baroque et visionnaire, plus proche du pamphlet politique que du réalisme romanesque. Quelle que soit la position du lecteur face à sa thèse centrale, Le Camp des saints demeure un document littéraire révélateur des angoisses identitaires qui traversent la France depuis un demi-siècle, et une provocation qui force à penser les limites de l'universalisme humaniste face aux réalités démographiques mondiales.
Auberges, bouillons, cafés, brasseries, bistrots, " étoilés "... Plongez au cœur de dix siècles d'une histoire savoureuse : celle du Paris culinaire. Paris est incontestablement la capitale de la gastronomie. Mais qui sait comment cette réputation s'est construite année après année ? Comment se sont progressivement créés les restaurants et les meilleures tables ? Pourquoi les plus grands chefs ont-ils été attirés par cette ville ? Dès le Moyen Âge, la ville est un grand centre de consommation et un important marché alimentaire. Alors que les halles centrales symbolisent le " ventre de Paris ", un artisanat de bouche raffiné s'y développe progressivement. À l'orée de la Renaissance, la capitale est perçue comme une cité de cocagne et donne le ton du bien manger et du bien boire. Elle devient vite le lieu des débats et des révolutions culinaires : on y intellectualise la cuisine, on y crée une nouvelle littérature gourmande, on y invente le restaurant. Petit à petit, l'art de la " bonne chère " est érigé en dogme et Paris devient la capitale mondiale des gourmets. Désormais cosmopolite et dotée d'un rayonnement international, la Ville Lumière est à la pointe de l'innovation : après avoir fait émerger la " nouvelle cuisine " dans les années 1970 et la bistronomie au cours des années 2000, elle réinvente et modernise la gastronomie (grâce aux food trucks et autres " prêts à manger ") depuis les années 2010. Des premiers " petits pâtés " à la parisienne achetés à des marchands ambulants à la création d'institutions iconiques ( Le Dôme, La Coupole, La Closerie des Lilas, etc.) en passant par l'invention des célèbres " bouillons parisiens ", cet ouvrage basé sur une recherche approfondie et inédite nous offre l'histoire riche et méconnue d'un Paris gourmand.
In this New York Times bestseller, a young and successful entrepreneur makes the case that politics has no place in business, and sets out a new vision for the future of American capitalism. There’s a new invisible force at work in our economic and cultural lives. It affects every advertisement we see and every product we buy, from our morning coffee to a new pair of shoes. “Stakeholder capitalism” makes rosy promises of a better, more diverse, environmentally-friendly world, but in reality this ideology championed by America’s business and political leaders robs us of our money, our voice, and our identity. Vivek Ramaswamy is a traitor to his class. He’s founded multibillion-dollar enterprises, led a biotech company as CEO, he became a hedge fund partner in his 20s, trained as a scientist at Harvard and a lawyer at Yale, and grew up the child of immigrants in a small town in Ohio. Now he takes us behind the scenes into corporate boardrooms and five-star conferences, into Ivy League classrooms and secretive nonprofits, to reveal the defining scam of our century. The modern woke-industrial complex divides us as a people. By mixing morality with consumerism, America’s elites prey on our innermost insecurities about who we really are. They sell us cheap social causes and skin-deep identities to satisfy our hunger for a cause and our search for meaning, at a moment when we as Americans lack both. This book not only rips back the curtain on the new corporatist agenda, it offers a better way forward. America’s elites may want to sort us into demographic boxes, but we don’t have to stay there. Woke, Inc. begins as a critique of stakeholder capitalism and ends with an exploration of what it means to be an American today – a journey that begins with cynicism and ends with hope.
Pierre-Joseph Proudhon, fondateur du mutuellisme et premier penseur à se revendiquer ouvertement anarchiste, élabore dans cet ouvrage sa théorie de la propriété comme instrument central de l'exploitation sociale. Prolongeant son célèbre « La propriété, c'est le vol », Proudhon propose ici une analyse plus systématique des fondements juridiques, économiques et moraux de la propriété privée pour en démontrer l'illégitimité foncière. Sa critique ne vise pas toute forme de possession – il distingue la propriété des moyens de production de la possession d'usage – mais l'accumulation capitaliste qui permet à certains de vivre du travail d'autrui sans contribuer eux-mêmes à la production. La théorie mutuelliste de Proudhon imagine une société d'associations libres de travailleurs où l'échange se ferait à valeur égale, sans profit et sans État. Cette vision anticipe certaines formes modernes d'économie sociale et solidaire. L'influence de Proudhon sur le mouvement ouvrier du XIXe siècle a été considérable, même si Marx et lui se sont violemment opposés sur les moyens de la transformation sociale. Cet ouvrage demeure une pièce maîtresse de la pensée socialiste libertaire, représentant une alternative au collectivisme d'État et au capitalisme libéral, centrée sur l'autonomie et la réciprocité.
Pierre-Joseph Proudhon publie en 1846 ce traité en deux volumes qui constitue sa contribution la plus ambitieuse à la théorie économique et sociale. L'ouvrage s'engage dans un dialogue critique avec les économistes classiques et avec Hegel, cherchant à dépasser les contradictions du capitalisme par une synthèse dialectique. Proudhon y développe sa vision d'une économie mutuelliste fondée sur l'échange équitable et le crédit gratuit, alternative aux deux formes d'exploitation qu'il identifie : le profit capitaliste et la rente foncière. Sa critique de la propriété s'approfondit ici par une analyse des mécanismes économiques concrets par lesquels la propriété génère une extraction systématique de valeur du travail productif. L'ouvrage contient également une critique précoce du socialisme autoritaire et de la planification étatique, préfigurant les débats ultérieurs entre anarchistes et marxistes. Marx lui-même répondra avec sa Misère de la philosophie, lançant une polémique intellectuelle qui traversera tout le mouvement ouvrier du XIXe siècle. Proudhon y affirme que les contradictions économiques ne se résolvent pas par leur suppression violente mais par leur dépassement dialectique vers des formes d'organisation plus justes. Ce texte dense et ambitieux reste une œuvre fondamentale pour comprendre les origines du socialisme libertaire et ses différences fondamentales avec le marxisme orthodoxe.
Thomas Piketty présente dans ce travail monumental, fruit de quinze années de recherche sur les inégalités économiques dans vingt pays sur trois siècles, une thèse centrale et provocatrice : le capitalisme génère structurellement des inégalités croissantes, et seule une intervention politique délibérée peut les contenir. La loi fondamentale que Piketty énonce – r > g, le rendement du capital excède structurellement la croissance économique – explique pourquoi les détenteurs de patrimoine s'enrichissent plus vite que les travailleurs. L'auteur mobilise une masse considérable de données fiscales et successorales pour montrer que le XXe siècle, avec sa compression des inégalités, constituait une exception historique liée aux deux guerres mondiales et aux politiques redistributives qui s'ensuivirent. Le retour aux inégalités de type patrimonial du XIXe siècle serait désormais amorcé. Face à ce diagnostic, Piketty propose un impôt mondial progressif sur le capital comme seule mesure capable d'enrayer la reconcentration des richesses. L'ouvrage a suscité des débats considérables : certains contestent les données, d'autres la politique préconisée, mais tous reconnaissent la contribution exceptionnelle de Piketty à la documentation empirique des inégalités. Capital et idéologie demeure une référence incontournable du débat contemporain sur la justice économique.
Un guide philosophique pour naviguer entre l'ordre et le chaos. L'auteur part du postulat que la vie est indissociable de la souffrance, une réalité explorée à travers la psychologie, la mythologie et les traditions religieuses. Face à cette tragédie existentielle, Peterson soutient que le salut réside dans la responsabilité individuelle et le développement du caractère, plutôt que dans la quête d'un bonheur éphémère. Il exhorte ainsi chacun à « remettre sa propre maison en ordre » avant de critiquer le monde. À travers douze règles, telles que « dire la vérité » ou « se comparer à qui l'on était hier », l'ouvrage illustre comment stabiliser son existence. Peterson s'appuie sur la neurochimie des homards pour démontrer l'aspect biologique des hiérarchies et sur les grands récits pour analyser la lutte humaine entre le connu (l'ordre) et l'inconnu (le chaos). Le sens de la vie se trouve à l'équilibre entre ces deux forces, là où l'individu peut croître et se transformer. Finalement, l'ouvrage se veut un antidote au nihilisme, invitant à poursuivre ce qui est significatif pour améliorer l'Être.
Dans la Contre-Histoire de la philosophie, Michel Onfray veut explorer, en six volumes, un vaste pan de pensée qu’il estime écarté des récits académiques : une « philosophie oubliée » couvrant vingt-cinq siècles. Selon lui, cette occultation n’est pas accidentelle : elle découle d’un rapport de forces historique entre idéalistes et matérialistes. Avec l’avènement du christianisme, les idéalistes accèdent à une forme d’hégémonie intellectuelle pendant près de vingt siècles. Ils structurent alors le canon philosophique en favorisant les penseurs compatibles avec leur vision, et en effaçant les traditions concurrentes. Onfray propose donc de redonner vie à tout un « continent » de pensée non canonique : matérialistes, cyniques, cyrénaïques, épicuriens, libertins, courants hétérodoxes, « ultras » des Lumières, utilitaristes, socialistes hédonistes, nietzschéens de gauche, etc. Le point commun de ces traditions : une philosophie claire, incarnée, tournée vers une sagesse praticable, qui refuse la technicité hermétique et la « philosophie de spécialistes ». Onfray revendique une philosophie comme art de vivre, dans la continuité des Anciens. Enfin, ces volumes sont l’aboutissement de sept ans de séminaires menés à l’Université Populaire de Caen (créée en 2002), diffusés sur France Culture et largement édités.
Ce Tome 5 poursuit la Contre-Histoire de la philosophie en déplaçant le centre de gravité : après les matérialistes, libertins et Lumières radicales, Onfray s’intéresse au XIXe siècle et à la manière dont l’hédonisme peut devenir une doctrine sociale. Il commence par une précision sémantique : l’eudémonisme (du grec eudaimonia, « bonheur ») désigne les philosophies qui font du bonheur le but ultime de la vie humaine et, plus largement, le principe directeur de toute organisation sociale. L’introduction (“Stupide XIXe siècle ?”) annonce une relecture critique de ce siècle souvent réduit à l’industrialisation, au moralisme et aux grands récits idéologiques.
Ce 3ème volume de la Contre-Histoire de la philosophie (consacré au XVIIe siècle) propose l’« envers » du Grand Siècle officiel enseigné à l’université. Michel Onfray y met en lumière une constellation d’auteurs marginalisés par le canon (au-delà de Descartes, Pascal ou Fénelon) : les « libertins baroques », encore chrétiens pour certains, mais nourris de Montaigne, des récits de voyage du Nouveau Monde, des cabinets de curiosité, des découvertes scientifiques (astronomie), et d’une sensibilité baroque (anamorphoses, art). Le fil conducteur est une philosophie hédoniste, pratique, tournée vers la volupté, la jouissance, la joie, et une forme de liberté intellectuelle face à la morale religieuse. Onfray y traite notamment Charron, La Mothe Le Vayer, Saint-Évremond, Gassendi, Cyrano de Bergerac, et Spinoza (relus sous un angle hédoniste).
J'ai subi un infarctus quand je n'avais pas encore trente ans, un AVC quelque temps plus tard, puis un deuxième en janvier 2018. Nietzsche a raison de dire que toute pensée est la confession d'un corps, son autobiographie. Que me dit le mien avec ce foudroiement qui porte avec lui un peu de ma mort ? La disparition de ma compagne cinq ans en amont de ce récent creusement dans mon cerveau, qui emporte avec lui un quart de mon champ visuel, transforme mon corps en un lieu de deuil. " Faire son deuil " est une expression stupide, car c'est le deuil qui nous fait. Comment le deuil nous fait-il ? En travaillant un corps pour lequel il s'agit de tenir ou de mourir. Un lustre de mélancolie ou de chagrin porte avec lui ses fleurs du mal. Ce texte est la description du deuil qui me constitue. Faute d'avoir réussi son coup, la mort devra attendre. Combien de temps ? Dieu seul (qui n'existe pas) sait... Pour l'heure, la vie gagne. Ce livre est un manifeste vitaliste. M. O.
Gilles Kepel, politologue spécialiste de l'islam et du monde arabe, propose dans cet ouvrage ambitieux une lecture des transformations de l'islam contemporain qui s'oppose aux thèses de l'islamophobie comme aux apologétiques de l'islam politique. Kepel analyse la montée en puissance des courants salafistes et djihadistes non comme expression authentique d'une tradition religieuse millénaire mais comme produit de ruptures historiques récentes : la révolution iranienne, l'exportation du wahhabisme saoudien, les défaites du nationalisme arabe. Son diagnostic central est que l'islam politique est entré dans une phase de « fitna » – guerre civile – entre courants concurrents, et que l'Europe constitue le terrain d'une bataille idéologique cruciale pour définir l'avenir du monde musulman. Kepel examine avec une rigueur analytique particulière les transformations des communautés musulmanes européennes, distinguant les différentes générations et les différents courants qui les traversent. Il s'oppose à une vision homogénéisante qui ferait de tous les musulmans des adeptes potentiels du radicalisme, tout en refusant de minimiser la réalité du problème djihadiste. Penser l'Islam constitue une contribution majeure à un débat souvent manichéen, offrant les outils analytiques nécessaires pour comprendre un phénomène religieux et politique d'une complexité considérable.
Ce texte présente un volet consacré au “Grand Homme” dans le XIXe siècle, complémentaire des deux tomes précédents d’Onfray, L’eudémonisme social : philosophie des masses, Les radicalités existentielles : philosophie des individus. Ici, il s’agit du troisième axe : la construction du surhomme, c’est-à-dire l’aspiration du Grand Homme à une vie sublime. Le texte met en avant Jean-Marie Guyau (1854-1888), tuberculeux mais porté par une discipline stoïcienne, qui développe une philosophie vitaliste opposée à la morale kantienne. Il valorise l’action, le risque, la dépense, la générosité, au point d’apparaître comme un possible « Nietzsche français ». Mais cette pensée comporte aussi un versant ambigu : hygiénisme, racialisme, natalisme, présentés comme des thèmes pouvant annoncer certains aspects idéologiques du XXe siècle. Guyau défend enfin une forme d’immortalité panthéiste, fondée sur les traces laissées par un amour puissant. Le texte relie ensuite cette métaphysique à Nietzsche (1844-1900) et à sa figure du Surhomme : Nietzsche évoluerait de Schopenhauer et Wagner vers une période épicurienne, avant d’aboutir au surhomme (souvent caricaturé). Le Surhomme désigne ici l’individu qui accepte pleinement la volonté de puissance, la veut, puis l’aime, afin d’atteindre une jubilation supérieure – une technique de sagesse accessible à tous.
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