Ouvrage
Surveiller et punir
Publié en 1975, Surveiller et punir retrace la naissance de la prison moderne et le passage, entre le XVIIIe et le XIXe siècle, des châtiments spectaculaires aux techniques disciplinaires. Michel Foucault y analyse comment le pouvoir s'est déplacé du corps supplicié vers la surveillance, la normalisation et l'organisation des corps, de la caserne à l'école et à l'atelier. Un classique de la pensée critique contemporaine.
Auteur

Michel Foucault était un philosophe, historien et théoricien social français. Il est connu pour ses travaux sur le pouvoir, la connaissance et la subjectivité, influençant de nombreux domaines tels que la sociologie, la philosophie et les études culturelles.
Catégories
Positionnement
Cohérent avec les autres fiches Foucault du site (Histoire de la sexualité, Les anormaux : gauche modérée) : pensée critique des institutions et des normes, dans la tradition de la gauche intellectuelle française.
Contenu
Le livre s'ouvre sur une confrontation célèbre : le supplice de Damiens en 1757, décrit dans le détail, et, quelques décennies plus tard, un règlement de maison de jeunes détenus, fait d'horaires et d'exercices. Entre les deux, le châtiment a changé de nature : moins de spectacle, plus d'enfermement. Foucault s'interroge sur ce que signifie cet adoucissement apparent des peines.
Sa réponse déplace la question : il ne s'agit pas seulement d'humaniser, mais de transformer l'exercice du pouvoir. La discipline - quadrillage des espaces, contrôle des activités, examens et classements - fabrique des corps utiles et dociles. La caserne, l'école, l'hôpital et l'atelier fonctionnent comme la prison sur ce point : tous normalisent. Le dispositif du panoptisme, prison conçue par Bentham où chacun peut être vu sans savoir s'il est observé, donne sa figure abstraite à cette société de surveillance.
La thèse du livre tient en un renversement : la prison n'est pas l'échec d'une justice trop douce, mais l'aboutissement d'un pouvoir qui produit le délinquant pour mieux gérer les illégalismes. Savoir et pouvoir s'y renforcent mutuellement : les sciences humaines naissent dans ces dispositifs de quadrillage autant qu'elles les justifient. Cette généalogie a durablement influencé la sociologie, l'histoire et la philosophie politique.
Pourquoi le lire ? Parce que ses concepts - discipline, surveillance, normalisation, panoptisme - irriguent tous les débats contemporains, des vidéosurveillances aux algorithmes de notation ; parce que la démonstration, érudite et concrète, se lit comme une histoire autant que comme une philosophie. À lire aussi pour discuter ses limites : historiens et juristes ont contesté certaines de ses datations et de ses généralisations.