Ouvrage
Réflexions sur la guillotine
Publié en 1957, l'année de son prix Nobel, Réflexions sur la guillotine est le grand texte d'Albert Camus contre la peine de mort. L'écrivain y démonte, un à un, les arguments des partisans du châtiment suprême - l'exemple, la dissuasion, la justice - et oppose à la logique de l'État la mesure de l'homme. Un classique du combat abolitionniste, toujours d'actualité.
Auteur

Albert Camus était un écrivain, philosophe et journaliste français, connu pour ses contributions à l'existentialisme et l'absurde. Il a reçu le prix Nobel de littérature en 1957.
Catégories
Positionnement
Cohérent avec la fiche L'Homme révolté, classée centre transversal sur le site : l'éthique de la mesure de Camus, au-delà des clivages, relève du patrimoine commun.
Contenu
En 1957, Camus répond à la demande d'Arthur Koestler : leurs deux essais paraissent ensemble chez Calmann-Lévy sous le titre Réflexions sur la peine capitale. La France guillotine encore - la dernière exécution aura lieu en 1977 - et la guerre d'Algérie donne au débat une urgence particulière. Camus, qui a renoncé au communisme après avoir vu la terreur à l'œuvre, aborde la question en moraliste, non en juriste.
L'essai procède par réfutations. La peine de mort n'exemple pas : les exécutions, retirées de la place publique, se déroulent dans la honte et sans effet mesurable sur la criminalité, comme le montrent les statistiques des pays abolitionnistes. Elle ne répare rien : elle ajoute une mort administrée à une mort subie, et elle est irréversible, alors que l'erreur judiciaire demeure possible. Camus insiste sur la longue attente du condamné, qu'il décrit comme une torture prolongée.
La thèse du livre oppose deux conceptions de la justice. Pour Camus, l'État qui tue de sang-froid, après un rituel de procédure, commet un meurtre prémédité d'une espèce pire que le crime passionnel qu'il punit. La société a le droit de se défendre, non de se venger ; la peine capitale la rabaisse au niveau de ce qu'elle combat. Cette position prolonge l'éthique de la mesure développée dans L'Homme révolté.
Pourquoi le lire ? Parce que c'est l'un des textes fondateurs du combat qui aboutira à l'abolition en France en 1981, et que ses arguments restent ceux des débats actuels ; parce que la rigueur de la démonstration, sans pathos inutile, en fait un modèle d'essai moral. L'édition Folioplus l'accompagne d'un dossier précieux pour les lycéens et les lecteurs qui découvrent le texte.