Juriste
Carl Schmitt
Juriste et philosophe politique allemand, Schmitt affirme que le politique repose sur la distinction fondamentale entre ami et ennemi. Il critique les illusions libérales et insiste sur la nécessité d’un souverain capable de trancher dans les situations de crise.
Biographie
Carl Schmitt (11 juillet 1888 – 7 avril 1985) est un juriste, théoricien du droit constitutionnel et philosophe politique allemand, figure majeure et très controversée de la pensée politique du XXe siècle. Conservateur autoritaire, critique radical du libéralisme, du parlementarisme et du cosmopolitisme, il est surtout connu pour ses concepts de souveraineté (celui qui décide de l’état d’exception), de distinction ami-ennemi comme essence du politique, et de « théologie politique ».
Jeunesse et formation
Né à Plettenberg (Westphalie) dans une famille catholique modeste (père employé commercial, mère issue de Trèves), Schmitt étudie le droit à Berlin, Munich et Strasbourg. Il obtient son doctorat en 1910 avec une thèse sur la culpabilité, puis passe l’examen d’assesseur en 1915. Pendant la Première Guerre mondiale, il sert dans l’administration militaire à Munich. Il publie tôt Politische Romantik (1919) et Die Diktatur (1921).
La période de Weimar
Professeur à Greifswald (1921), puis à Bonn (1922) et à Berlin (Handelshochschule dès 1928, Université de Berlin en 1933), Schmitt devient l’un des juristes les plus influents de la République de Weimar. Ses ouvrages majeurs de cette époque sont :
- Politische Theologie (1922) : « Est souverain celui qui décide de l’état d’exception » ;
- Die geistesgeschichtliche Lage des heutigen Parlamentarismus (1923, La Crise de la démocratie parlementaire) ;
- Der Begriff des Politischen (1927/1932, La Notion de politique) : le politique repose sur la distinction ami/ennemi ;
- Verfassungslehre (1928, Théorie de la Constitution).
Il critique le parlementarisme comme impuissant et plaide pour un pouvoir exécutif fort (président de la République comme « gardien de la Constitution »).
Engagement nazi et après-guerre
En mai 1933, Schmitt adhère au NSDAP. Il devient rapidement le « Kronjurist » (juriste de la Couronne) du régime : membre du Conseil d’État prussien, président de l’Association des juristes nationaux-socialistes, il justifie juridiquement la prise de pouvoir, la Nuit des Longs Couteaux (1934) et participe à des actions antisémites (conférence de 1936 sur « le judaïsme dans la science juridique »). Après une disgrâce partielle en 1936 (attaques de la SS et de certains nazis qui le jugent opportuniste), il conserve sa chaire à Berlin jusqu’en 1945 et se tourne vers le droit international (*Großraum*, Le Nomos de la Terre).
À la fin de la guerre, il est interné et interrogé (envisagé pour Nuremberg), mais non jugé. Exclu de l’université, il se retire à Plettenberg, où il continue d’écrire (*Le Nomos de la Terre*, 1950 ; Théorie du partisan, 1963) et reçoit de nombreux visiteurs intellectuels. Il meurt le 7 avril 1985 dans sa ville natale, à 96 ans.
Héritage
Malgré (ou à cause de) son engagement nazi, Schmitt reste l’un des penseurs politiques les plus lus et discutés au monde. Ses analyses de la souveraineté, de l’exception et de l’ennemi influencent aussi bien la droite radicale que certains courants de gauche (Agamben, Mouffe) et les débats contemporains sur l’état d’urgence, le populisme et la géopolitique. Son œuvre est indissociable de sa biographie politique controversée.
Influencé par

Philosophe
A influencé
Journaliste











