Ouvrages
Ouvrages de tous horizons, avec une attention particulière et assumée pour la pensée de droite
Ouvrage
Un siècle après la mort de Nietzsche, notre époque n’a toujours pas examiné en quoi sa philosophie était porteuse d’immenses révolutions. Entre lui et nous, en effet, s’intercalent plusieurs types de parasites : une sœur qui dénatura son héritage, deux guerres et des idéologies qui brandirent son nom pour servir des causes qu’il aurait, à coup sûr, récusées, et, plus gravement, une impressionnante série de lectures de mauvaise foi et d’interprètes mal intentionnés... Tout ceci contribue à produire de Nietzsche une image fausse, floue, dangereuse – qu’il était urgent, à tous égards, de rectifier. C’est à cette tâche que s’emploie Michel Onfray dans ce texte inédit, qui date de 1988. Pour l’auteur hédoniste du Traité d’athéologie – qui a toujours revendiqué ce que sa réflexion devait au Gai savoir –, il s’agit là d’un formidable exposé du nietzschéisme originel et d’une émouvante « reconnaissance de dette » à l’endroit d’un philosophe majeur. D’où cette « introduction à Nietzsche » dont le ton se veut, à la fois, pédagogique et empreint de gratitude.
L'intérêt des philosophes romains c'est qu'on peut vivre selon leurs principes. Le poème de Lucrèce, De la nature des choses, se présente un immense traité existentiel perdu dans une encyclopédie du monde. On peut vivre selon Lucrèce. Son poème est d'ailleurs une proposition existentielle faite à son dédicataire Memmius. Le philosophe propose en effet une conversion, autrement dit : une vie nouvelle faisant suite à l'ancienne qu'on abandonne après avoir compris ce qu'il y avait à comprendre, initié par un sage qui nous transmet son savoir. Ici : que le réel est matériel, qu'il n'est fait que d'atomes qui tombent dans le vide et de rien d'autre ; que cette physique de l'ici-bas dispense d'une métaphysique de l'au-delà ; que la religion est superstition et qu'il faut lui préférer la philosophie ; qu'il faut donner au corps ce qu'il demande dans la limite où ce qu'on lui donne ne l'asservit pas ; que l'amour est un remède à la passion ; que la sagesse est atteignable et qu'elle consiste en une arithmétique des plaisirs accompagnée par une diététique des désirs ; qu'il n'y a ni enfer ni paradis mais juste un monde immanent et tangible ; que la mort n'est pas à craindre puisqu'elle n'est qu'une modification de la matière et non sa suppression ; que le réel est tragique et que le savoir confère de la sérénité ; que le paradis existe sur terre pourvu qu'on le construise avec détermination. Ce livre pend donc la forme d'une série de neuf lettres comme autant d'invitations à une sculpture de soi. Cette éthique propose une esthétique de l'existence.
La plupart du temps, quand un peintre choisit de traiter un sujet philosophique, il peint un texte. Un texte ou une phrase de ce texte, un moment de ce texte, voire un mot. Comme il est difficile de peindre une idée, il lui faut peindre un clin d'oeil qui dira cette idée à laquelle se résume la totalité de la pensée du philosophe : ce clin d'oeil est un détail, or le diable est dans les détails. Ce qu'il faut voir dans une peinture que je dirai philosophique, c'est le détail qui résume cette philosophie. Pour Anaxagore, c'est une lampe à huile, des légumes pour Pythagore, une cruche pour Socrate et Xanthippe, des larmes pour Héraclite, un rire pour Démocrite, une coupe pour Socrate, une lanterne pour Diogène, une caverne pour Platon, un crocodile pour Aristote, une lancette pour Sénèque, un pain pour Marc-Aurèle, une coquille pour Augustin, ceci pour rester dans les limites de la philosophie antique. De Pythagore à Derrida, via Descartes et Kant, Montaigne et Rousseau, Voltaire et Nietzsche parmi d'autres, en trente-quatre toiles, donc en trente-quatre philosophes, Michel Onfray propose une histoire de la philosophie par la peinture !
« L'histoire de l'âme est l'histoire de l'idée que l'homme se fait de lui-même face à la mort. Des premiers hommes qui découvrent les cycles de la nature aux derniers que nous sommes qui envisagent le posthumain en dehors de la vie sur terre, en passant par les hommes des pyramides, de l'agora, du forum, de l'église, avant d'en arriver à celui du supermarché planétaire, c'est cette odyssée que je me propose de raconter. De l'âme immatérielle à l'âme numérique, tout converge vers la possibilité d'un posthumain inaugural de l'inhumain. Cet avenir est déjà notre présent. » Michel Onfray Véritable enquête philosophique construite comme un roman policier, Anima est le premier volume d'une réflexion consacrée à l'homme et au posthumain. Il sera suivi de Barbarie, qui examinera la nature de cet avenir qui se dessine. Michel Onfray est traduit dans vingt-cinq pays et auteur de plus d'une centaine de livres. Il anime une webtv (michelonfray.com) et a récemment cofondé avec Stéphane Simon la revue Front populaire.
Le philosophe livre une réflexion spirituelle magnifique issue de son séjour à l'abbaye de Lagrasse. C'est en suivant le cheminement de saint Augustin et en vivant dans son compagnonnage philosophique que Michel Onfray a poussé les portes de l'abbaye de Lagrasse et partagé pendant quelques jours la vie de ce monastère. Expérience bouleversante pour un homme qui ne croit pas, en compagnie de moines qui ont donné leur vie pour un idéal et dont le mode d'existence est conforme précisément à l'enseignement de saint Augustin et à la sa ligne directrice : une vie d'épure selon la volonté de Dieu. Dans cet univers de silence et de lumière, le visiteur assiste aux offices, aux cérémonies " où tout fait sens " écrit-il, et tout est prière. Il suit l'itinéraire quotidien de la communauté, de la cellule au jardin, découvre l'histoire et le parcours de chacun de ses membres, les écoute, dialogue avec eux. Autant de nourritures de l'âme qui rejoignent sa méditation. Il consacre ici une large part à sa propre lecture des Évangiles et des textes augustiniens, confronté à l'histoire de l'humanité et à la morale chrétienne. Il révèle dans la dernière partie de l'ouvrage son échange épistolaire qui a suivi avec le père Michel, le prieur de Lagrasse dont il est resté proche.
Michel Onfray réexamine la figure de Jésus à travers la thèse mythiste, largement ignorée par les théologiens. Il soutient que Jésus n’a pas existé historiquement et qu’il s’agit d’un “Logos” façonné à partir de traditions religieuses antérieures, surtout celles de l’Ancien Testament. Les récits évangéliques – nativité, miracles, paraboles, résurrection – sont analysés comme des constructions symboliques et non des faits. L’auteur critique aussi la formation du judéo-christianisme et les tentatives jugées frauduleuses d’étayer l’existence physique de Jésus par des reliques comme le Suaire de Turin. Il conclut que la force de Jésus tient à sa postérité textuelle et esthétique plutôt qu’à une réalité historique.
L'ouvrage de Robert Nozick, *Anarchie, État et Utopie*, constitue une puissante remise en question philosophique des positions politiques et sociales les plus répandues de notre époque : libéralisme, socialisme et conservatisme. « Les individus ont des droits », écrit Nozick dès sa première phrase, « et il existe des actes qu'aucune personne ni aucun groupe ne peut commettre à leur encontre sans violer ces droits.» L'ouvrage qui suit est une défense à la fois nuancée et passionnée des droits de l'individu face à ceux de l'État. L'auteur soutient que l'État n'est justifié que lorsqu'il est strictement limité à la protection contre la violence, le vol et la fraude, ainsi qu'à l'exécution des contrats. Toute intervention étatique plus étendue, démontre-t-il, violera inévitablement les droits individuels. Parmi les nombreux apports de cet ouvrage figurent une nouvelle théorie importante de la justice distributive, un modèle d'utopie et une intégration de l'éthique, de la philosophie du droit et de la théorie économique en une position profonde en philosophie politique qui alimentera les débats pendant de nombreuses années.
Les Essais de Michel de Montaigne (1580-1592), œuvre fondatrice du genre essayiste, rassemblent 107 chapitres en trois livres où l’auteur s’examine librement, sans plan rigide, pour peindre « en toute vérité » la condition humaine dans sa diversité et ses contradictions. Nourri de lectures antiques (Plutarque, Sénèque), de son expérience personnelle, de voyages et des guerres de Religion, Montaigne aborde des thèmes variés – mort, amitié (surtout avec La Boétie), éducation, cruauté, coutume, relativité des mœurs (« Des cannibales »), vanité, maladie, sexualité, politique – sans dogmatisme ni système philosophique. Son scepticisme (« Que sais-je ? ») le pousse à douter des certitudes, à relativiser jugements moraux et culturels, et à privilégier le concret sur l’abstrait. L’unité de l’œuvre réside dans une quête honnête de connaissance de soi (« Je m’étudie plus que tout autre sujet »), une tolérance envers les faiblesses humaines, un humour ironique et une sagesse modérée qui célèbre le plaisir de vivre simplement, sans illusions ni fanatisme. Pleins de digressions, contradictions assumées et retours en arrière, les Essais incarnent un humanisme sceptique et introspectif, précurseur de la modernité, offrant au lecteur un miroir pour mieux se comprendre.
À un moment où l’irrationalisme, le relativisme et l’historicisme radical sont devenus obligatoires pour qui veut être un philosophe de notre époque, il est réellement étonnant que le nom de Spengler n’apparaisse pour ainsi dire jamais. Il est vrai que son cas révèle de façon un peu trop voyante l’existence d’un nietzschéisme de droite (pour ne pas dire plus) : un phénomène dont les interprètes français les plus réputés n’aiment généralement pas beaucoup se souvenir. Le Nietzsche de Spengler fait partie des possibilités et des suites que l’on préfère ignorer hypocritement. De façon générale, l’intermède du IIIe Reich a rejeté dans l’oubli un certain nombre d’antécédents hautement significatifs de l’irrationalisme de la philosophie française contemporaine. On peut se demander si ce n’est pas à ce fait qu’elle doit essentiellement sa réputation d’innocence et de progressisme. Il y a des ancêtres qu’on préfère, autant que possible, ne pas connaître. Mais le mieux est encore de ne pas les avoir. Depuis les années 1960, Jacques Bouveresse n’a cessé de confronter nos modes philosophiques successives aux idées d’auteurs « peu fréquentés » ou « mal famés » : Gottfried Benn, le poète expressionniste ; Oswald Spengler, le penseur du Déclin de l’Occident ; Karl Kraus, le satiriste ; mais aussi les philosophes de la tradition autrichienne, notamment ceux du Cercle de Vienne ; et bien sûr Robert Musil. Il n’y a pas seulement trouvé des armes dans son combat contre les fausses valeurs du monde intellectuel. Il pose en les lisant une question cruciale pour tout rationaliste : quelle part de vérité peut-on reconnaître à l’irrationalisme ou au nietzschéisme sans risquer de perdre l’essentiel ? Professeur au Collège de France, Jacques Bouveresse a publié de nombreux ouvrages de philosophie du langage et de la connaissance mais aussi sur des écrivains comme Robert Musil et Karl Kraus. Il est aussi l’un des principaux commentateurs français de Ludwig Wittgenstein.
Paul Gottfried, philosophe politique américain et figure du paléoconservatisme, livre dans cet ouvrage une critique acérée des dérives du libéralisme contemporain qui, selon lui, a abandonné ses engagements originels envers la liberté individuelle pour devenir un vecteur d'ingénierie sociale et de conformisme idéologique. Sa thèse centrale est que le libéralisme classique, celui de Locke, Montesquieu et Tocqueville, s'est progressivement transformé en son contraire : une idéologie interventionniste qui utilise l'État pour imposer ses normes culturelles et morales à l'ensemble de la société. Gottfried analyse comment les institutions libérales – universités, médias, administrations – sont devenues les instruments d'une nouvelle orthodoxie progressiste qui n'admet aucune dissidence. Il identifie dans ce phénomène une forme de totalitarisme doux, d'autant plus efficace qu'il procède par la manipulation des mœurs et des représentations plutôt que par la contrainte explicite. Sa perspective est résolument conservatrice et nourrie d'une profonde méfiance envers l'utopisme politique sous toutes ses formes. L'ouvrage constitue une contribution importante au débat sur les limites du libéralisme et sur la tension permanente entre liberté et égalité dans les démocraties contemporaines, même si son positionnement politique tranchant en limite parfois la portée analytique.
Il y a des philosophes mélomanes et des philosophes sourds... Quelques-uns seulement ont fait de la musique l’épicentre de leur vision du monde. Deux ou trois ont été compositeurs – Rousseau, Adorno. D’autres, mélomanes, ont écrit sur la musique ou les musiciens. Nietzsche, lui, a réuni ces trois talents. Avec son ami Jean-Yves Clément, Michel Onfray aborde une multitude de questions : y a-t-il une essence de la musique ? Dit-elle quelque chose ? Comment et pourquoi devient-on mélomane ? Quels rapports entretiennent musique et philosophie ? Michel Onfray raconte ses premières expériences, ses rendez-vous manqués, la façon dont il a construit sa culture musicale en autodidacte, avant de travailler aujourd’hui avec des compositeurs contemporains. Il nous confie comment la musique lui a appris à écrire, à composer ses livres...
Comme dans Anna Karénine, Madame Bovary et Othello, il en va de même dans la vie. La plupart des formes de vice privé et de mal public naissent et se maintiennent par le mensonge. L’adultère et autres trahisons personnelles, la fraude financière, la corruption gouvernementale – voire le meurtre et le génocide – exigent généralement un défaut moral supplémentaire : la disposition à mentir. Dans Lying, l’auteur à succès et neuroscientifique Sam Harris soutient que nous pouvons simplifier radicalement nos vies et améliorer la société en disant simplement la vérité dans des situations où d’autres mentent souvent. Il se concentre sur les « mensonges blancs » – ces mensonges que nous racontons pour épargner aux gens un malaise – car ce sont ceux qui nous tentent le plus souvent. Et ils tendent à être les seuls mensonges que les gens bien racontent, tout en s’imaginant qu’ils font le bien en agissant ainsi.
Thibaut Gress, agrégé de philosophie et auteur de nombreux ouvrages pédagogiques, propose avec ce guide une navigation intelligente à travers l'immense continent de la pensée philosophique occidentale. De Héraclite aux penseurs contemporains, l'ouvrage traverse vingt-cinq siècles d'histoire des idées en soixante fiches thématiques et biographiques soigneusement construites. Chaque fiche restitue l'œuvre dans son contexte intellectuel et historique, expose les thèses fondamentales de l'auteur, identifie ses interlocuteurs implicites et évalue son importance dans la tradition philosophique. L'approche de Gress refuse l'encyclopédisme superficiel : il ne s'agit pas de couvrir exhaustivement l'ensemble de la philosophie, mais de choisir soixante œuvres véritablement charnières dont la lecture permet d'accéder aux problèmes philosophiques essentiels. Des présocratiques et leur interrogation sur l'archè aux existentialismes du XXe siècle, en passant par le rationalisme cartésien, les morales des Lumières et la critique kantienne, chaque étape révèle comment la philosophie répond à des interrogations fondamentales sur l'être, la connaissance, le bien et la politique. Conçu autant pour l'étudiant qui débute que pour le lecteur cultivé souhaitant combler des lacunes, cet ouvrage constitue une invitation à la lecture directe des textes. Gress ne cherche pas à substituer son guide aux œuvres elles-mêmes mais à en faciliter l'accès, rappelant que la philosophie s'apprend en pratiquant la pensée avec ses grands auteurs.
Transcription de son cours au Collège de France de l'année 1974-1975, Les anormaux prolonge et radicalise l'enquête généalogique que Michel Foucault consacre aux mécanismes de pouvoir traversant le corps social moderne. L'ouvrage s'articule autour de trois figures historiques centrales – le monstre humain, l'individu à corriger, l'onaniste – dont Foucault retrace la construction progressive comme objets d'un savoir spécialisé et d'une intervention institutionnelle. Le monstre humain, figure juridico-naturelle héritée du Moyen Âge, se transforme progressivement en objet psychiatrique ; l'enfant à corriger devient la cible des pédagogies normalisatrices ; l'onaniste, figure éminemment moderne, concentre les angoisses médicales sur la sexualité enfantine. En reconstituant ces généalogies, Foucault montre que les catégories d'anormalité ne sont pas des découvertes objectives mais des productions historiques, engendrées par la rencontre entre des savoirs – psychiatrie, criminologie, pédagogie – et des institutions – hôpital, école, tribunal. Cette analyse éclaire la manière dont les sociétés modernes exercent leur pouvoir moins par la répression frontale que par la normalisation continue des conduites et des corps. Les enjeux contemporains de ces analyses demeurent considérables : ils interrogent les fondements de la psychiatrie légale, les catégories du normal et du pathologique, et les dispositifs disciplinaires qui fabriquent en permanence de nouveaux individus à corriger ou à traiter.
Archéologie : mot dangereux puisqu'il semble évoquer des traces tombées hors du temps et figées maintenant dans leur mutisme. En fait, il s'agit pour Michel Foucault de décrire des discours. Non point des livres (dans leur rapport à leur auteur), non point des théories (avec leurs structures et leur cohérence), mais ces ensembles à la fois familiers et énigmatiques qui, à travers le temps, se donnent comme la médecine, ou l'économie politique, ou la biologie. Ces unités forment autant de domaines autonomes, bien qu'ils ne soient pas indépendants, réglés, bien qu'ils soient en perpétuelle transformation, anonymes et sans sujet, bien qu'ils traversent tant d'œuvres individuelles. Et là où l'histoire des idées cherchait à déceler, en déchiffrant les textes, les mouvements secrets de la pensée, apparaît alors, dans sa spécificité, le niveau des 'choses dites' : leur condition d'apparition, les formes de leur cumul et de leur enchaînement, les règles de leur transformation, les discontinuités qui les scandent. Le domaine des choses dites, c'est ce qu'on appelle l'archive ; l'archéologie est destinée à en faire l'analyse.
Thèse de doctorat soutenue en 1961 sous la direction de Georges Canguilhem, cette Histoire de la folie constitue l'œuvre fondatrice de Michel Foucault, celle dans laquelle s'élaborent les grandes intuitions qui traverseront toute son entreprise ultérieure. L'enquête archéologique porte sur un paradoxe central : pourquoi la modernité occidentale, qui se définit par l'avènement de la Raison, a-t-elle commencé par enfermer les fous ? Foucault montre que la Renaissance entretenait avec la folie un dialogue ambivalent mais fécond – la folie portait un sens mystérieux, comme en témoigne l'iconographie de la Nef des fous. L'époque classique rompt radicalement avec cette cohabitation : le Grand Renfermement du XVIIe siècle relègue les fous, avec les pauvres, les vagabonds et les libertins, dans les hôpitaux généraux, lieux de travail forcé et d'exclusion sociale. Ce n'est qu'à la fin du XVIIIe siècle, avec Pinel et Tuke, que la folie devient un objet médical proprement dit – mais cet affranchissement des chaînes cache une domination plus subtile, celle du regard psychiatrique qui impose sa vérité au malade. Foucault invite à considérer la naissance de la psychiatrie non comme un progrès humaniste mais comme un nouvel exercice du pouvoir sur la déviance, rendant impossible la parole de la folie que nos sociétés avaient d'abord choisi de faire taire.
Recueil d'essais et d'entretiens parus entre 2013 et 2015, ce volume rassemble la pensée d'Alain Finkielkraut autour de sa préoccupation centrale et constante : la défense de la culture et de la liberté de penser face aux conformismes du temps. L'exactitude du titre n'est pas mathématique ; elle désigne l'exigence intellectuelle qui consiste à nommer les choses avec précision, à refuser les facilités du langage idéologique et à maintenir un rapport juste avec la réalité, même lorsque cela dérange. Finkielkraut se confronte ici aux grandes questions qui agitent le débat public français contemporain : la crise de la transmission culturelle, le défi de l'immigration et de l'intégration, la montée des identitarismes concurrents, le déclin du sens critique dans les institutions d'enseignement. Sa posture d'humaniste libéral-conservateur le conduit à refuser avec la même vigueur les simplifications de la gauche progressiste et les crispations xénophobes de la droite réactionnaire. Ce qu'il défend, c'est un espace intellectuel où la pensée complexe reste possible, où les grandes œuvres de la littérature et de la philosophie continuent de nourrir notre rapport au monde. L'ouvrage incarne un type rare d'engagement intellectuel : celui qui ne sacrifie pas la nuance à l'efficacité rhétorique, et qui considère que la fidélité à la réalité – même inconfortable – constitue la première obligation de l'honnêteté intellectuelle.
Walter Benjamin collectionnait amoureusement les citations. Dans la magnifique étude qu'elle lui a consacrée, Hannah Arendt compare ce penseur inclassable à un pêcheur de perles qui va au fond des mers « pour en arracher le riche et l'étrange ».Subjugué par cette image, je me suis plongé dans les carnets de citations que j'accumule pieusement depuis plusieurs décennies. J'ai tiré de ce vagabondage les phrases qui me font signe, qui m'ouvrent la voie, qui désentravent mon intelligence 3e la vie et du monde.Arendt, Kundera, Levinas, mais aussi Valéry, Canetti, Tocqueville, Nietzsche, Thomas Mann, Virginia Woolf ont été quelques-uns de mes guides. Dans leur sillage, j'ai essayé de penser à nouveaux frais l'expérience de l'amour, la mort, les avatars de la civilité, le destin de l'Europe, la fragilité de l'humour, le monde comme il va et surtout comme il ne va pas.[lelivre.ch]
La Lettre à Ménécée constitue le texte le plus accessible par lequel Épicure nous a transmis les fondements de sa philosophie du bonheur. Adressée à un disciple, elle expose avec une concision remarquable les quatre remèdes – le tétrapharmakos – contre les principales causes de l'inquiétude humaine : la crainte des dieux, la peur de la mort, l'incapacité à atteindre le bien et la difficulté à supporter le mal. Épicure y développe sa célèbre distinction entre les désirs naturels et nécessaires, naturels mais non nécessaires, et les désirs vains engendrés par des opinions fausses. Seule la satisfaction des premiers garantit l'ataraxie – la tranquillité de l'âme – et l'aponie – l'absence de douleur corporelle – qui constituent pour lui le souverain bien. Sa philosophie, profondément matérialiste, s'appuie sur la physique atomiste de Démocrite pour libérer l'homme des superstitions religieuses : si l'âme est un assemblage d'atomes qui se dissout à la mort, la mort ne peut être crainte, car là où elle est, nous ne sommes plus. Complétée par la Lettre à Hérodote sur la physique, la Lettre à Pythoclès sur les phénomènes célestes et les Maximes capitales, cette édition restitue la cohérence d'une philosophie qui ne vise pas le plaisir débridé mais la sérénité obtenue par la raison, l'amitié et la contemplation philosophique.
André Comte-Sponville, l'un des philosophes français les plus lus de sa génération, poursuit dans cet essai sa méditation sur les conditions du bonheur humain en prenant au sérieux la figure du désespoir, non comme contraire de la joie mais comme son point de départ nécessaire. Le titre, qui joue sur l'écho nietzschéen du « gai savoir », énonce le paradoxe central de la sagesse matérialiste : c'est en acceptant lucidement les limites de l'existence – la mort, la perte, l'absence de sens transcendant – que devient possible une joie authentique et non illusoire. Comte-Sponville hérite ici de Spinoza, pour qui la liberté consiste à connaître sa propre nécessité plutôt qu'à s'en lamenter, et d'Épictète, pour qui la sagesse réside dans la distinction entre ce qui dépend de nous et ce qui n'en dépend pas. Cette philosophie de l'immanence refuse autant le nihilisme déclaratoire que le spiritualisme consolateur : il ne s'agit ni de désespérer du monde ni d'espérer une transcendance fictive, mais d'habiter pleinement le réel dans son impermanence radicale. L'essai se déploie avec la clarté pédagogique caractéristique de l'écriture de Comte-Sponville, accessible sans être superficielle. Il propose une sagesse pratique ancrée dans la tradition matérialiste française, de Montaigne à Camus, contre les illusions religieuses et les ressentiments du nihilisme contemporain.
Page 4 / 4 - 20 affiches sur 92