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Ouvrages de tous horizons, avec une attention particulière et assumée pour la pensée de droite
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Anthony D. Smith montre que les nations modernes ne surgissent pas ex nihilo : elles prolongent des communautés ethniques anciennes dont elles reprennent les mythes, symboles, mémoires et valeurs. Contre les modernistes qui voient la nation comme entièrement récente et contre les primordialistes qui la pensent naturelle, Smith défend une voie médiane : la nation est une construction moderne fondée sur des matériaux pré-modernes. Il distingue le modèle civique-occidental et le modèle ethnique-généalogique, et montre comment l’État moderne, la citoyenneté et la mobilisation de masse ont réorganisé sans effacer les héritages culturels et historiques. Pour Smith, la nation n’abandonne pas l’ethnie : elle la transforme, la politise et la réactive pour garantir continuité et identité.
L’Histoire de France de Jacques Bainville propose une lecture continue et géopolitique du destin français, depuis la Gaule romanisée jusqu’à l’après-1918. Il y montre comment la France s’est patiemment construite autour de la monarchie capétienne, seule force capable d’unifier un territoire morcelé et d’assurer la cohérence politique du pays face aux puissances voisines. Pour Bainville, l’histoire française est une chaîne de causes et de conséquences où chaque erreur – guerres civiles, divisions idéologiques, ruptures révolutionnaires – affaiblit durablement la nation. Il insiste sur la menace récurrente de l’Allemagne, née de la politique napoléonienne, et sur l’instabilité chronique du XIXe siècle qui conduit aux catastrophes de 1870 puis aux fragilités de 1914. Même la victoire de la Grande Guerre lui semble compromise par un traité de Versailles trop clément. Au total, Bainville défend l’idée que la grandeur française repose sur la continuité, la prudence et la force organisatrice de l’État.
Papacito explore le thème grandiose de la décadence civilisationnelle à travers l'analyse de la société contemporaine, en plaçant au centre de son enquête la chute inexorable des structures politiques et sociales qui ont porté les grandes civilisations. L'essai diagnostique comment les valeurs traditionnelles qui cimentaient jadis les communautés humaines s'effondrent sous les assauts combinés du nihilisme et du relativisme culturel. Papacito envisage cette décadence comme phénomène multifactoriel : désagrégation des cadres familiaux, dissolution des références communes, perte de transcendance et d'orientation métaphysique. Le titre « Crépuscule des titans » évoque moins la fatalité pessimiste que l'agonie d'un ordre politique et moral qui se savait fondé sur des essences pérennes. L'auteur interroge les racines de cette crise : elle ne procède ni d'accidents historiques ni de simple fatigue collective, mais du triomphe intellectuel du relativisme post-moderne niant tout ancrage normatif à la réalité. Papacito défend l'intuition que sans hiérarchies de valeurs, sans référence à un ordre naturel ou transcendant, les sociétés libérées sombrent dans l'anomie et l'autodestruction. L'essai propose une archéologie critique de la modernité tardive, identifiant comment le progressisme a systématiquement démoli les piliers civilisationnels. Papacito esquisse une redéfinition des conditions permettant la renaissance d'une civilisation ancrée dans la tradition et l'ordre.
Claude Lévi-Strauss démantèle dans cet essai publié en 1952 le concept même de « race » comme catégorie pertinente pour comprendre l'humanité, substituant au vocabulaire racial une anthropologie attentive aux cultures. Rédigé dans le contexte de l'effort de l'UNESCO contre le racisme, Lévi-Strauss opère un déplacement paradigmatique radical : il élimine la pseudo-biologie raciale pour centraliser l'étude des systèmes culturels. L'auteur critique violemment les théories racialistes de Gobineau et ses épigones qui prétendaient hiérarchiser les « races primitives » selon des critères biologiques, révélant l'absurdité scientifique de ces entreprises. Lévi-Strauss argue que toute culture existe en « coalition » avec d'autres, que les emprunts mutuels constituent la dynamique même de l'évolution culturelle. Aucune civilisation n'accumule seule les progrès : le progrès culturel procède toujours d'une interaction, d'une coagulation entre systèmes distincts. Cette interdépendance révèle une égale dignité à tous les peuples, non par altruisme moral mais par constatation anthropologique. L'essai refuse tant la hiérarchie raciale que le multiculturalisme naïf, insistant sur la structure dialogique de la création culturelle. Lévi-Strauss énonce clairement : chaque culture contribue à l'édifice commun, aucune ne possède le monopole de la vérité. Race et histoire inaugure une anthropologie structurale soucieuse de préserver la diversité culturelle comme bien irremplaçable de l'humanité.
Jean Bordonove est un écrivain et biographe français connu pour ses ouvrages historiques accessibles et bien documentés. Dans ses travaux consacrés à Napoléon, il propose un portrait clair, vivant et dépouillé d’emphase, où l’empereur apparaît avant tout comme un homme politique et un chef militaire façonné par les circonstances exceptionnelles de son époque. Bordonove met l’accent sur la logique interne de l’ascension napoléonienne, la cohérence de ses réformes, la dynamique de ses campagnes et la dimension profondément européenne de son action, tout en évitant les excès hagiographiques ou les condamnations systématiques. Son approche, à la fois narrative et rigoureuse, en fait une porte d’entrée solide pour comprendre Napoléon sans être submergé par l’érudition ou les polémiques.
Une histoire de l'anthropologie L'histoire de l'anthropologie est complexe et bien plus riche que ne le laissent penser certaines approches qui la réduisent à un seul courant. Si l'on veut se donner les moyens de saisir le champ de l'anthropologie dans son ensemble, il faut passer par la Grande-Bretagne, l'Allemagne et les États-Unis autant que par la France - et oser remonter quelque peu dans le temps. C'est l'ambition du présent ouvrage, qui se donne à lire comme un vade-mecum permettant de situer les hommes et les idées qui ont peu à peu construit la discipline en Europe et outre-Atlantique.
Tim Flannery, paléontologue australien de renom, propose dans cet ouvrage une fresque époustouflante de l'histoire naturelle de l'Europe s'étendant sur cent millions d'années. Loin d'une perspective exclusivement géopolitique contemporaine, l'auteur inscrit le continent européen dans une temporalité géologique profonde, envisageant l'Europe comme un supercontinent façonné par les mouvements tectoniques, l'évolution des espèces et les transformations climatiques. Cette analyse novatrice révèle comment l'Europe s'est constituée progressivement comme carrefour de biodiversité accueillant des espèces migratrices en provenance d'Asie, d'Afrique et d'Amérique du Nord. Flannery examine les ruptures environnementales qui ont modelé la faune et la flore, tout en consacrant une attention particulière à l'apparition et à l'évolution de nos ancêtres humains préhistoriques. Son dernier chapitre, traitant l'Europe contemporaine des XXe et XXIe siècles, aborde les questions existentielles de notre époque : les possibilités de recréation génétique d'espèces disparues et la responsabilité humaine face à la préservation écologique. Cette combinaison de paléontologie rigoureuse et de narration captivante transforme la géographie continentale en véritable histoire du vivant.
Daniel Lefeuvre conteste les discours de repentance qui reduisent l histoire coloniale francaise a une logique uniquement criminelle ou predatrice. A partir de donnees historiques, economiques et demographiques, il examine notamment le cas de l Algerie et discute plusieurs idees recues sur les profits de la colonisation, l exploitation et les responsabilites politiques. L ouvrage defend une approche critique mais documentee du fait colonial, opposee a la fois a l apologie nostalgique et a la culpabilisation permanente.
John Iliffe propose ici une histoire générale de l'Afrique, des origines de l'humanité jusqu'à nos jours. Les Africains ont conquis une région particulièrement hostile du globe au nom de toute l'espèce humaine. Le peuplement du continent, la coexistence de l'homme avec son environnement, la construction de sociétés durables et la défense contre les agressions venues des contrées les plus favorisées constituent les axes principaux de cette histoire. Celle-ci est aussi marquée par les blessures et les cicatrices. En consacrant une longue analyse à l'esclavage, John Biffe montre que la souffrance se trouve au coeur de l'expérience africaine. Contre cette souffrance, les Africains ont élaboré des défenses qui leur sont propres : ils placent l'endurance, le courage et le sens de l'honneur au premier plan de toutes les vertus. Autant de valeurs grâce auxquelles ils affrontent les nouveaux défis du monde contemporain -- l'instabilité politique, les guerres, les bouleversements culturels et, surtout, la propagation du Sida. Telle est l'histoire exceptionnelle de populations exceptionnelles : celles du Maghreb, de l'Egypte, de l'Ethiopie, de toute l'Afrique noire -- une communauté de destins qui lie en une seule histoire les tout premiers humains à leurs descendants d'aujourd'hui.
Hippolyte Taine entreprend dans ce monument historiographique une analyse structurale de la Révolution française et de ses origines profondes dans la société d'Ancien Régime. Contrairement aux historiens romantiques qui célébraient 1789 comme avènement de la liberté, Taine adopte une perspective résolument critique, s'attachant à décrire les mécanismes psychologiques et sociaux qui ont conduit à la Terreur. Son approche naturaliste et positiviste – influencée par les sciences naturelles de son époque – cherche à identifier les « forces » et les « milieux » qui expliquent les comportements collectifs révolutionnaires. Taine identifie une « anarchie spontanée » dans les masses révolutionnaires, produit d'une désagrégation brutale des structures sociales traditionnelles. La Révolution n'apparaît pas comme triomphe de la Raison mais comme déchaînement d'instincts primitifs habillés en idéologie. Ce regard conservateur a fortement influencé la tradition contre-révolutionnaire française. L'ouvrage reste une référence majeure pour comprendre les interprétations critiques de la Révolution française et continue d'alimenter les débats historiographiques sur la nature du changement politique radical. Sa vision du peuple révolutionnaire comme masse irrationnelle a profondément marqué la pensée politique française du XIXe au XXe siècle.
La carte n'est pas le territoire : malgré leurs visées scientifiques, les cartes sont toujours subjectives, et intimement liées au contexte dans lequel elles naissent. Les cartographes ne se contentent pas de représenter le monde : ils le construisent, à partir des idées de leur époque et, de leur culture. Telle est la thèse de Jerry Brotton, et le point de départ de cet extraordinaire voyage à travers le temps et l'espace. En observant à la loupe douze cartes du monde, il ouvre autant, de fenêtres sur des civilisations aussi différentes que la Grèce antique et la Corée du XVe siècle, l'Europe des grandes découvertes et celle de la Révolution française, jusqu'au monde globalisé d'aujourd'hui, placé sous l'oeil de Google Earth. A l'issue de ce périple aussi captivant qu'instructif, on aura appris une foule de choses : saviez-vous de quand date l'habitude de placer le Nord en haut d'une carte ? quel planisphère a donné son nom à l'Amérique ? et vous doutiez-vous que, malgré les apparences, les cartes d'aujourd'hui ne sont pas plus définitives ni plus objectives que celles d'autrefois ? Lecteurs de ce livre, vous ne regarderez plus jamais votre GPS de la même façon.
Une œuvre monumentale en trois volumes (1973-1978), sous-titrée « Essai d’investigation littéraire ». Basé sur les témoignages de 227 prisonniers, sur les archives et sur l’expérience personnelle de l’auteur (détenu huit ans dans les camps soviétiques), le livre dénonce le système concentrationnaire stalinien : arrestations arbitraires, interrogatoires brutaux, sentences truquées, déportations massives, travail forcé, famine, exécutions. Soljenitsyne décrit le Goulag comme un véritable « archipel » invisible, disséminé à travers l’URSS, qui a englouti des millions d’innocents de 1918 aux années 1950. Il analyse la mécanique de la terreur, la déshumanisation, la corruption morale des bourreaux comme des victimes, et la complicité de la société. Œuvre magistrale mêlant récit, analyse historique, réflexion philosophique et satire, elle a contribué à démystifier le communisme soviétique et à accélérer sa chute morale. Un document essentiel sur le totalitarisme et la résistance de l’esprit humain.
Henry Laurens, historien spécialiste du Moyen-Orient et professeur au Collège de France, offre dans cet ouvrage une synthèse équilibrée et documentée du conflit israélo-palestinien depuis ses origines jusqu'à nos jours. Refusant les simplifications militantes qui réduisent ce conflit complexe à un affrontement binaire entre victimes et oppresseurs, Laurens reconstruit patiemment les logiques historiques, politiques et diplomatiques qui ont conduit à l'impasse actuelle. L'analyse commence avec le sionisme et le nationalisme arabe naissants à la fin du XIXe siècle, traverse les mandats britanniques, la création de l'État d'Israël en 1948, les guerres successives, les tentatives de paix et les cycles de violence. Laurens accorde une attention particulière aux dynamiques internes de chaque camp – divisions politiques, évolutions idéologiques, pressions démographiques – sans jamais perdre de vue les enjeux régionaux et internationaux. Son approche analytique s'efforce de comprendre les logiques propres à chaque acteur sans les justifier, offrant au lecteur les outils nécessaires pour naviguer dans un débat souvent plus passionnel que rigoureux. Cet ouvrage constitue une référence indispensable pour quiconque souhaite comprendre l'une des questions les plus explosives de la géopolitique mondiale contemporaine.
Marylène Patou-Mathis, préhistorienne et directrice de recherche au CNRS, nous plonge dans la vie et la disparition du Néandertalien, notre cousin le plus proche dans l'arbre de l'évolution humaine. S'appuyant sur les découvertes archéologiques et paléontologiques les plus récentes, l'auteure dresse un portrait nuancé et fascinant de cette espèce longtemps caricaturée comme brute primitive. L'ouvrage déconstruit méthodiquement les stéréotypes : les Néandertaliens enterraient leurs morts avec soin, fabriquaient des outils sophistiqués, utilisaient des pigments et connaissaient probablement une forme de langage. Ces êtres pensants ont peuplé l'Europe et l'Asie pendant plus de trois cent mille ans avant de disparaître il y a environ quarante mille ans. Patou-Mathis explore les hypothèses sur les causes de cette extinction : concurrence avec Homo sapiens, changements climatiques, épidémies ou hybridation progressive. La découverte récente que la plupart des humains modernes portent une petite fraction d'ADN néandertalien bouleverse la vision d'une disparition totale et suggère des échanges entre les deux espèces. Ce livre passionnant nous invite à reconsidérer notre rapport à l'autre et à l'altérité, en révélant que l'humanité a longtemps coexisté avec d'autres formes d'intelligence et de culture.
Les morceaux réunis dans ce volume n'ont qu'un seul lien qui les rattache les uns aux autres, c'est le goût de la vérité historique et des méthodes qui permettent de la trouver. Quelques-uns de ces morceaux sont fort anciens, et remontent à un temps où, sans hésiter sur ma voie (je n'ai jamais compris le devoir et le plaisir que d'une seule manière), j'hésitais encore sur l'application particulière que je donnerais à mes facultés de travail. Quand on est jeune, on croit pouvoir tout embrasser, et, comme pour un esprit vraiment philosophique tout est également digne d'ètre connu, on ne se résigne que tardivement à limiter son horizon, à évacuer des terres qu'on s'était adjugées et que l'on croyait mème avoir conquises.
Rémi Soulié propose dans cet essai une réflexion critique sur le mythe du Progrès comme religion séculière de la modernité occidentale. Contre l'idéologie progressiste qui postule une marche irréversible de l'humanité vers le meilleur, l'auteur mobilise la philosophie, l'histoire et la littérature pour démonter les présupposés qui fondent cette croyance. Soulié identifie dans le mythe du progrès une forme d'opium philosophique : il anesthésie la conscience critique en promettant une téléologie rassurante, en rendant acceptable le présent au nom d'un avenir meilleur toujours différé. Comme l'opium religieux dénoncé par Marx, le progressisme fonctionne comme consolation et justification de l'ordre établi. L'essai retrace les origines de cette foi progressiste – Condorcet, Hegel, Comte – et analyse comment elle s'est imposée comme évidence indiscutable, rendant toute réserve suspecte de réaction ou d'obscurantisme. Soulié défend une position qui n'est ni nostalgique ni réactionnaire mais critique : il s'agit de penser le temps autrement que selon le schéma linéaire du progrès continu. L'auteur convoque les grandes voix dissidentes – Baudelaire, Péguy, Bernanos – qui ont résisté à cette métaphysique de l'avenir radieux pour défendre une vision plus complexe et plus tragique de la condition humaine.
Auberges, bouillons, cafés, brasseries, bistrots, " étoilés "... Plongez au cœur de dix siècles d'une histoire savoureuse : celle du Paris culinaire. Paris est incontestablement la capitale de la gastronomie. Mais qui sait comment cette réputation s'est construite année après année ? Comment se sont progressivement créés les restaurants et les meilleures tables ? Pourquoi les plus grands chefs ont-ils été attirés par cette ville ? Dès le Moyen Âge, la ville est un grand centre de consommation et un important marché alimentaire. Alors que les halles centrales symbolisent le " ventre de Paris ", un artisanat de bouche raffiné s'y développe progressivement. À l'orée de la Renaissance, la capitale est perçue comme une cité de cocagne et donne le ton du bien manger et du bien boire. Elle devient vite le lieu des débats et des révolutions culinaires : on y intellectualise la cuisine, on y crée une nouvelle littérature gourmande, on y invente le restaurant. Petit à petit, l'art de la " bonne chère " est érigé en dogme et Paris devient la capitale mondiale des gourmets. Désormais cosmopolite et dotée d'un rayonnement international, la Ville Lumière est à la pointe de l'innovation : après avoir fait émerger la " nouvelle cuisine " dans les années 1970 et la bistronomie au cours des années 2000, elle réinvente et modernise la gastronomie (grâce aux food trucks et autres " prêts à manger ") depuis les années 2010. Des premiers " petits pâtés " à la parisienne achetés à des marchands ambulants à la création d'institutions iconiques ( Le Dôme, La Coupole, La Closerie des Lilas, etc.) en passant par l'invention des célèbres " bouillons parisiens ", cet ouvrage basé sur une recherche approfondie et inédite nous offre l'histoire riche et méconnue d'un Paris gourmand.
Dans la Contre-Histoire de la philosophie, Michel Onfray veut explorer, en six volumes, un vaste pan de pensée qu’il estime écarté des récits académiques : une « philosophie oubliée » couvrant vingt-cinq siècles. Selon lui, cette occultation n’est pas accidentelle : elle découle d’un rapport de forces historique entre idéalistes et matérialistes. Avec l’avènement du christianisme, les idéalistes accèdent à une forme d’hégémonie intellectuelle pendant près de vingt siècles. Ils structurent alors le canon philosophique en favorisant les penseurs compatibles avec leur vision, et en effaçant les traditions concurrentes. Onfray propose donc de redonner vie à tout un « continent » de pensée non canonique : matérialistes, cyniques, cyrénaïques, épicuriens, libertins, courants hétérodoxes, « ultras » des Lumières, utilitaristes, socialistes hédonistes, nietzschéens de gauche, etc. Le point commun de ces traditions : une philosophie claire, incarnée, tournée vers une sagesse praticable, qui refuse la technicité hermétique et la « philosophie de spécialistes ». Onfray revendique une philosophie comme art de vivre, dans la continuité des Anciens. Enfin, ces volumes sont l’aboutissement de sept ans de séminaires menés à l’Université Populaire de Caen (créée en 2002), diffusés sur France Culture et largement édités.
Ce 3ème volume de la Contre-Histoire de la philosophie (consacré au XVIIe siècle) propose l’« envers » du Grand Siècle officiel enseigné à l’université. Michel Onfray y met en lumière une constellation d’auteurs marginalisés par le canon (au-delà de Descartes, Pascal ou Fénelon) : les « libertins baroques », encore chrétiens pour certains, mais nourris de Montaigne, des récits de voyage du Nouveau Monde, des cabinets de curiosité, des découvertes scientifiques (astronomie), et d’une sensibilité baroque (anamorphoses, art). Le fil conducteur est une philosophie hédoniste, pratique, tournée vers la volupté, la jouissance, la joie, et une forme de liberté intellectuelle face à la morale religieuse. Onfray y traite notamment Charron, La Mothe Le Vayer, Saint-Évremond, Gassendi, Cyrano de Bergerac, et Spinoza (relus sous un angle hédoniste).
Ce texte présente un volet consacré au “Grand Homme” dans le XIXe siècle, complémentaire des deux tomes précédents d’Onfray, L’eudémonisme social : philosophie des masses, Les radicalités existentielles : philosophie des individus. Ici, il s’agit du troisième axe : la construction du surhomme, c’est-à-dire l’aspiration du Grand Homme à une vie sublime. Le texte met en avant Jean-Marie Guyau (1854-1888), tuberculeux mais porté par une discipline stoïcienne, qui développe une philosophie vitaliste opposée à la morale kantienne. Il valorise l’action, le risque, la dépense, la générosité, au point d’apparaître comme un possible « Nietzsche français ». Mais cette pensée comporte aussi un versant ambigu : hygiénisme, racialisme, natalisme, présentés comme des thèmes pouvant annoncer certains aspects idéologiques du XXe siècle. Guyau défend enfin une forme d’immortalité panthéiste, fondée sur les traces laissées par un amour puissant. Le texte relie ensuite cette métaphysique à Nietzsche (1844-1900) et à sa figure du Surhomme : Nietzsche évoluerait de Schopenhauer et Wagner vers une période épicurienne, avant d’aboutir au surhomme (souvent caricaturé). Le Surhomme désigne ici l’individu qui accepte pleinement la volonté de puissance, la veut, puis l’aime, afin d’atteindre une jubilation supérieure – une technique de sagesse accessible à tous.
Michel Onfray propose, dans sa Contre-Histoire de la philosophie, de revisiter 25 siècles de pensée “oubliée” en six volumes, en s’opposant au récit académique classique. Selon lui, l’histoire officielle de la philosophie a été écrite par les vainqueurs (les idéalistes, renforcés par le christianisme), ce qui a conduit à effacer ou marginaliser des traditions entières : matérialistes, cyniques, épicuriens, cyrénaïques, libertins, gnostiques, radicaux des Lumières, utilitaristes, socialistes dionysiens, etc. Le fil conducteur de ces penseurs : une philosophie claire, pratique, tournée vers la sagesse vécue et la philosophie comme art de vivre, plutôt que comme langage obscur réservé aux spécialistes. L’ensemble synthétise sept ans de cours donnés par Onfray à l’Université Populaire de Caen (créée en 2002), popularisés via France Culture et des coffrets audio. Le tome 1 porte sur la période préchrétienne, de Leucippe à Diogène d’Œnoanda.
Dans ce volume consacré au siècle des Lumières, Michel Onfray applique sa démarche de contre-histoire : il oppose aux Lumières « officielles » (Voltaire, Rousseau) un courant beaucoup plus radical, largement négligé par l’enseignement et l’historiographie. Il met en avant une pensée hédoniste, matérialiste, athée et révolutionnaire, mais dont il conteste l’interprétation marxiste classique : selon lui, ce radicalisme ne mène pas principalement au marxisme, mais à une sensibilité distincte qu’il appelle « utilitarisme français ». Exportée ensuite en Angleterre, cette orientation devient une matrice de la philosophie anglo-saxonne, en rupture avec la tradition continentale et notamment avec Kant. Onfray valorise ainsi des figures comme Meslier, La Mettrie, Maupertuis, Helvétius, d’Holbach. En parallèle, il déconstruit le statut de Sade, qu’il refuse de voir comme un libérateur : il le présente plutôt comme un penseur féodal, contre-révolutionnaire, et même précurseur du fascisme.
Ce Tome 6 de la Contre-Histoire de la philosophie appelle à résister à la massification moderne en construisant une subjectivité forte et une vie réellement philosophique. Onfray y met en avant trois penseurs qui ouvrent des formes d’existence radicales : Henry David Thoreau : la nature comme école de liberté contre la technique, la consommation et la modernité ; éloge de Walden, de la marche, de la solitude, de la simplicité, de l’autosubsistance et d’une rébellion libertaire. Arthur Schopenhauer : malgré un pessimisme théorique, il propose un art de vivre proche de l’épicurisme (notamment dans L’Art du bonheur), révélant un hédonisme pratique. Max Stirner : avec L’Unique et sa propriété, il fonde une affirmation post-chrétienne de l’individu et de sa puissance, annonçant certains aspects de Nietzsche. Le message central : la philosophie ne doit pas produire des professeurs, mais permettre de vivre philosophiquement, en transformant sa manière d’être au monde.
Michel Onfray poursuit dans ce neuvième volume de sa contre-histoire de la philosophie l'exploration des figures de la pensée libertaire et matérialiste que l'histoire officielle de la philosophie académique a marginalisées ou ignorées. Fidèle à sa méthode généalogique, Onfray met en lumière des penseurs qui ont proposé des alternatives radicales à la métaphysique platonico-chrétienne dominante. Ce volume se concentre sur des figures du XIXe siècle qui ont développé des philosophies de l'immanence, du corps et de la jouissance en rupture avec les idéalismes dominants. Onfray fait le pari de la réhabilitation : ces philosophes mineurs, oubliés ou méprisés, portent des insights précieux pour penser notre présent. Sa démarche pédagogique rend accessibles des textes souvent ardus, sans sacrifier la rigueur de l'analyse philosophique. La contre-histoire d'Onfray est aussi un acte politique : en réhabilitant les matérialistes, les épicuriens, les cyniques et les libertins, il construit une généalogie alternative de la modernité, opposée à la version officielle dominée par les idéalismes platoniciens et chrétiens. Ce volume témoigne de la cohérence et de l'ambition du projet encyclopédique d'Onfray, qui vise rien moins qu'une réécriture complète de l'histoire de la pensée occidentale depuis ses marges oubliées.
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