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Mathieu Bock-Côté - La Révolution racialiste (JLUL#02)

20 Août 202523:047 197 vues
Le Musée Maudin

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En s'appuyant sur le livre de Mathieu Bock-Côté, l'auteur de cette vidéo entreprend de décortiquer la logique interne de ce qu'il appelle la « gauche woke » ou le « régime diversitaire ». À travers l'exemple du projet 1619 du New York Times, il retrace comment le racisme est devenu, selon cette grille de lecture, la clé de voûte de l'histoire occidentale, comment le mot « racisme » a été redéfini pour exclure toute possibilité de racisme antiblanc, et comment cette logique aboutit à une injonction de « déblanchisation » individuelle. Le propos se termine par un parallèle entre le wokisme et une structure quasi religieuse, fondée sur la culpabilité, l'orthopraxie et l'impossibilité de rédemption.


Le projet 1619 comme matrice du récit racialiste

L'auteur choisit de partir du projet 1619, lancé par le New York Times et porté par Nikole Hannah-Jones, pour illustrer la pensée racialiste plutôt que de retracer toute la généalogie universitaire du mouvement, qu'il situe pourtant dans la radicalisation des campus américains des années 1980. Le projet propose de réinterpréter l'histoire des États-Unis en plaçant le racisme, et non 1776, au centre du récit national, 1619 marquant l'arrivée des premiers esclaves noirs en Amérique du Nord. Dans cette lecture, la conquête de l'Amérique serait à l'origine même de la suprématie blanche et de la notion de propriété, et le temps serait venu des réparations, un concept mis en avant à l'origine par Ta-Nehisi Coates. La prospérité occidentale ne devrait ainsi rien à sa propre dynamique religieuse, philosophique, politique ou technique : elle serait exclusivement le produit de l'exploitation coloniale et du pillage. Bock-Côté relève une inversion centrale dans ce raisonnement : ce n'est pas parce que l'Occident était puissant qu'il a conquis le monde, mais parce qu'il a conquis le monde qu'il est devenu puissant. Cette inversion s'accompagne d'une uniformisation à la fois géographique — toutes les puissances coloniales, y compris les pays scandinaves pourtant peu concernés par l'immigration extra-européenne qu'ils accueillent aujourd'hui, sont fondues dans la catégorie unique du « blanc » — et temporelle, les mêmes mots désignant indifféremment la société esclavagiste d'hier et la société contemporaine.

La redéfinition du mot « racisme »

Le cœur du dispositif racialiste, selon l'auteur, tient dans le changement de définition du mot racisme lui-même. Puisque le racisme est présenté comme un système de domination indissociable de l'expansion européenne, le racisme antiblanc devient par construction une impossibilité logique : les personnes racisées, étant structurellement héritières du passé colonial, ne peuvent être elles-mêmes racistes. Cette bascule a une conséquence sociale notable : les ouvriers blancs, longtemps figure centrale de l'opprimé dans la pensée de gauche, se retrouvent reclassés du côté des oppresseurs du seul fait de leur couleur de peau — ce que l'auteur qualifie de « grande trahison de la gauche ». Il cite Robin DiAngelo, qui reconnaît elle-même que son objectif principal est de redéfinir le mot racisme, terme presque magique dont l'effet répulsif est universellement reconnu : qui parvient à en changer le sens prépare son hégémonie culturelle. Le racisme n'est ainsi plus un comportement ou une idéologie discriminatoire, mais une structure sociale diffuse qu'il faut « dévoiler » par la théorie critique de la race, selon la formule d'Ibram X. Kendi : il ne suffit pas de ne pas être raciste, il faut être antiraciste, c'est-à-dire adopter activement les théories racialistes. DiAngelo va jusqu'à distinguer, pour une personne blanche minoritaire ayant subi un harcèlement violent, une expérience de « préjugés raciaux » de ce qui resterait, selon elle, la seule vraie catégorie : le racisme systémique, ancré dans la structure de la société blanche elle-même, inconscient et invisible mais qu'il faudrait combattre sans relâche. L'auteur relève également l'interdiction stricte, y compris en contexte pédagogique, de prononcer certains mots — l'exemple donné étant celui d'un professeur de l'université d'Ottawa contraint de s'excuser après avoir employé, à des fins explicatives, le mot en N.

La décolonisation comme horizon et la « déblanchisation » individuelle

De cette structure découle, selon l'auteur, un programme d'action : la victoire totale passerait par la décolonisation, comprise comme l'achèvement de la décolonisation africaine transposée aux sociétés occidentales elles-mêmes, jusqu'à ce que l'homme blanc se sente étranger chez lui. Il établit un parallèle avec la formule existentialiste de Simone de Beauvoir — « on ne naît pas femme, on le devient » — transposée à la race : le blanc ne serait, lui aussi, qu'une construction sociale, et son anéantissement en soi deviendrait un devoir individuel. Mais cette entreprise se heurterait à un obstacle supplémentaire théorisé par DiAngelo, la « fragilité blanche » : un état émotionnel intense — peur, colère, culpabilité, réactions défensives — qui surgirait chez les personnes blanches confrontées à la critique de comportements jugés racistes, et qui déplacerait l'attention vers les sentiments du critiqué plutôt que vers l'expérience vécue du racisme. Pour DiAngelo, une identité blanche positive serait intrinsèquement impossible, et la « déblanchisation » un processus qu'une vie entière ne suffirait pas à achever — ce qui justifierait, selon l'auteur, l'existence d'ateliers et de formations destinés spécifiquement aux hommes blancs hétérosexuels.

Le rejet de l'universalisme et de la méritocratie

L'universalisme, hérité de la Seconde Guerre mondiale, serait banni par la gauche woke au motif qu'il invisibiliserait le racisme systémique ; pour Kendi, la neutralité raciale serait même plus dangereuse que le racisme lui-même. La méritocratie subirait le même sort, perçue comme un outil masquant le racisme structurel : tout ce qui priverait les minorités de leur statut de victime serait perçu comme une menace. La discrimination positive, quant à elle, serait légitimée par son intention réparatrice : selon Kendi, une discrimination est antiraciste si elle produit de l'équité, raciste si elle produit de l'iniquité — un critère qui, note l'auteur, autorise en pratique des propositions comme le doublement de la valeur du vote des personnes racisées ou l'exclusion des blancs de certaines associations antiracistes.

Le concept de « racisé » et ses contradictions

L'auteur s'attarde sur une tension qu'il juge centrale : comment placer la race au cœur de l'analyse sociale tout en niant son existence biologique ? La réponse tient dans le concept de « racisé », qu'il illustre par une citation de Maxime Cervulle définissant la race non comme catégorie biologique mais comme mode de segmentation légitimant un ordre inégalitaire, à travers des « rapports sociaux de race ». Le racisé serait donc celui qui subit le racisme systémique — non parce qu'il appartiendrait à un groupe défini biologiquement, mais parce que les blancs l'auraient soumis au concept même de race. L'auteur relève une seconde contradiction dans le traitement différencié réservé à la race et au genre : alors que la race est présentée comme une construction sociale intégrale, le transracialisme est rejeté comme une usurpation ou une appropriation culturelle, tandis que la même logique appliquée au sexe et au genre est, elle, validée.

Une hiérarchie des minorités et l'attrait sur la jeunesse

Selon l'auteur, une hiérarchie implicite organise les minorités entre elles, le racisé — et en particulier la personne noire — occupant le sommet, les autres minorités se disputant le statut de victime iconique. Il évoque à ce titre l'analyse de Bock-Côté sur l'instrumentalisation de situations minoritaires marginales, comme le sentiment de non-appartenance à son genre, érigées en point d'appui de la déconstruction des identités traditionnelles. L'auteur avance que les adolescents, en pleine quête identitaire, seraient particulièrement réceptifs à un mouvement qui, tout en se présentant comme subversif, reproduirait en réalité la norme dominante de leur génération — un mécanisme qu'il compare à la contre-culture de masse de 1968. Il distingue par ailleurs les transformations réversibles de l'adolescence, comme les tatouages ou piercings, des transformations qu'il juge plus lourdes de conséquences, évoquant au passage un lien, dont il laisse la causalité ouverte, entre le militantisme de justice sociale et une fragilité psychologique accrue.

L'intersectionnalité et les micro-agressions

L'auteur rattache ce dispositif au principe d'intersectionnalité théorisé par Kimberlé Crenshaw, qui ferait du statut de victime la source de doléances légitimes à adresser aux institutions. Toute norme sociale majoritaire deviendrait potentiellement discriminatoire, y compris des règles aussi élémentaires que la politesse — perçue, dans un entretien d'embauche, comme un moyen subtil de renvoyer un individu à ses origines — ou une question sur l'étymologie d'un nom, qualifiée de micro-agression. Le mégenrage en serait un autre exemple, assimilé à une démonstration de privilège blanc. L'auteur en conclut que le régime diversitaire fonctionne comme une logique d'enfermement : se défendre d'être raciste reviendrait à démontrer sa fragilité blanche, ne laissant comme seule issue le renoncement à soi-même.

Une structure quasi religieuse

L'auteur clôt son propos par un parallèle entre le wokisme et une religion : une orthopraxie faite de formules rituelles, une démonstration de vertu proche de la transe, une forme d'autoflagellation, et un mal invisible — le racisme systémique — que seuls les initiés de la théorie critique de la race pourraient interpréter. Il y voit la célébration contradictoire d'une souffrance que ni les blancs ni les noirs d'aujourd'hui n'ont directement connue, revendiquée tout en niant la réalité biologique de l'hérédité qui la fonderait. Il conclut sur une note volontairement provocatrice, reprenant une dernière fois Bock-Côté sur l'antispécisme, pour suggérer que cette logique, poussée à son terme, en viendrait à retirer à l'être humain toute valeur particulière.

Personnalités mentionnées

Mathieu Bock-Côté
Mathieu Bock-Côté

Sociologue

1981-Canadien
Essayiste

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