Les Essais de Michel de Montaigne (1580-1592), œuvre fondatrice du genre essayiste, rassemblent 107 chapitres en trois livres où l’auteur s’examine librement, sans plan rigide, pour peindre « en toute vérité » la condition humaine dans sa diversité et ses contradictions. Nourri de lectures antiques (Plutarque, Sénèque), de son expérience personnelle, de voyages et des guerres de Religion, Montaigne aborde des thèmes variés – mort, amitié (surtout avec La Boétie), éducation, cruauté, coutume, relativité des mœurs (« Des cannibales »), vanité, maladie, sexualité, politique – sans dogmatisme ni système philosophique. Son scepticisme (« Que sais-je ? ») le pousse à douter des certitudes, à relativiser jugements moraux et culturels, et à privilégier le concret sur l’abstrait. L’unité de l’œuvre réside dans une quête honnête de connaissance de soi (« Je m’étudie plus que tout autre sujet »), une tolérance envers les faiblesses humaines, un humour ironique et une sagesse modérée qui célèbre le plaisir de vivre simplement, sans illusions ni fanatisme. Pleins de digressions, contradictions assumées et retours en arrière, les Essais incarnent un humanisme sceptique et introspectif, précurseur de la modernité, offrant au lecteur un miroir pour mieux se comprendre.