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Ouvrages de tous horizons, avec une attention particulière et assumée pour la pensée de droite
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Julien Rochedy entreprend dans cet essai une archéologie philosophique et historique des concepts de supériorité et d'infériorité qui structurent depuis l'Antiquité nos représentations de l'humanité. Au-delà de la simple histoire des idées, l'auteur interroge les fondements ontologiques et éthiques de ces distinctions : comment les sociétés légitiment-elles les hiérarchies humaines ? Rochedy refuse tant l'illusion égalitariste moderne qui nierait tout fondement naturel aux différences qu'un darwinisme social brut. Son approche situe plutôt ces catégories dans une longue généalogie : de l'aristocratie antique à l'eugénisme moderne, en passant par les systèmes de castes, ces concepts révèlent comment l'ordre politique s'enracine dans des représentations de la nature humaine. L'essai analyse comment ces concepts impactent concrètement les sociétés : les hiérarchies légitimes crées par la pensée philosophique et religieuse modèlent les institutions, les droits et les devoirs. Rochedy explore particulièrement le moment moderne où la science biologiste a prétendu fonder scientifiquement les distinctions humaines, ouvrant vers les idéologies racistes du XXe siècle. Son analyse reste critique, refusant le relativisme qui dénierait toute validité aux différences réelles tout en combattant les essentialismes réductionnistes. L'ouvrage invite ainsi à repenser radicalement les catégories de supériorité sans sombrer dans l'égalitarisme abstrait.
Julien Rochedy situe Friedrich Nietzsche en penseur d'une pertinence incisive pour le monde contemporain, loin des caricatures nationalistes ou totalitaires qui encombrent son héritage. L'essai récupère Nietzsche pour la pensée politique actuelle en interrogeant comment sa critique radicale de la morale chrétienne et ses concepts de volonté de puissance éclairent les apories présentes. Rochedy analyse le diagnostic nietzschéen du nihilisme, ce processus souterrain où s'effondrent les valeurs fondatrices sans qu'aucune alternative n'émerge pour les remplacer. Le monde contemporain, selon cette lecture, incarne exactement le nihilisme craint et annoncé par Nietzsche : la destruction des cadres de sens traditionnels ouvre sur le vide, sur l'errance de valeurs flottantes. L'auteur explore comment la volonté de puissance, loin de signifier domination brutale, désigne la créativité vitale, la capacité à engendrer des valeurs et du sens. Cette lecture redonne à Nietzsche sa dimension tragique et existentielle, refusant l'instrumentalisation idéologique. Rochedy scrute enfin comment dépasser le nihilisme : peut-on penser une affirmation des valeurs qui ne retourne pas simplement au passé, mais invente l'avenir ? Nietzsche devient alors un compagnon critique du présent, non prophète mais penseur de la crise du sens qui requiert réinvention constante. L'essai tente cette résurrection de Nietzsche pour les défis spirituels actuels.
Émile-Auguste Chartier, connu sous le pseudonyme Alain, a marqué profondément la philosophie française par ses décennies d'enseignement magistral au Lycée Henri-IV de Paris. Les Éléments de philosophie rassemblent cette pédagogie vivante, restituant la clarté et la profondeur du grand professeur qui a formé plusieurs générations d'esprits. L'ouvrage ne prétend pas à la systématicité exhaustive mais à l'accès progressif aux problèmes essentiels : comment connaissons-nous ? Qu'est-ce que la vérité ? Quel fondement éthique pour l'action ? En quatre-vingt-quinze brefs chapitres, Alain guide le lecteur à travers les territoires majeurs de la réflexion philosophique, de l'épistémologie aux questions morales, de la philosophie de la nature à la métaphysique. Le style reste personnel, dialogique, invitant à la réflexion personnelle plutôt qu'imposant des doctrines. Alain incarne la philosophie française du jugement : penser consiste à former son propre jugement, non à réciter des opinions reçues. L'ouvrage joint la clarté pédagogique à la profondeur conceptuelle, accessibilité à rigueur. Chaque chapitre offre une méditation complète mais brève sur un problème, amenant progressivement du particulier au général, de l'expérience au concept. Alain défend une philosophie du consentement et de la liberté, refusant la passivité face au monde. Les Éléments demeurent une introduction incomparable à la vie philosophique, transmettant non des doctrines figées mais une méthode, un ethos intellectuel vivant.
L'ambition de ce volume est de dissiper le sentiment sourd d'arbitraire qui peut accompagner la rencontre de Nietzsche, plus communément sans doute que ce n'est le cas des philosophes qui le précèdent. Son objectif est d'offrir au lecteur une voie d'accès à la démarche que suit le philosophe, de lui en montrer la logique, de lui indiquer quelques-unes des principales justifications sur lesquelles Nietzsche s'appuie constamment, et de faire ainsi apparaître les raisons qui légitiment les positions qu'il adopte. Nietzsche n'a rien d'un mystique, d'un romantique ou- d'un irrationaliste, mais il a bel et bien tout fait pour compliquer la tâche de son lecteur. Et ce, avant tout en masquant la cohérence à laquelle il se soumet. Comprendre un philosophe implique généralement de partir des problèmes qu'il pose, avant de se pencher sur les notions qu'il construit. Les chapitres de ce livre expliquent l'évolution que Nietzsche impose à quelques concepts fondamentaux de la réflexion philosophique - la vérité, la métaphysique, le corps, la pulsion, les passions, la justice, la volonté. Ils permettent ainsi d'élucider les notions de volonté de puissance, de surhumain, d'éternel retour, de nihilisme ou de généalogie, que l'on présente couramment comme les concepts fondamentaux de Nietzsche, et auxquelles on prête la vertu de rendre limpides des doctrines souvent difficiles à pénétrer...
Lorsqu'à l'occasion d'un check-up de routine on découvre un mélanome sous son omoplate droite, Julius Hertzfeld comprend que ses jours sont comptés. Un an tout au plus, lui annonce son dermatologue. Julius, 65 ans, vit à San Francisco où il exerce la profession de psychothérapeute. Le premier moment d'angoisse surmonté, il décide de vivre ses derniers mois comme il a toujours vécu. Et s'interroge: a-t-il vraiment réussi à aider ses patients ? Qu'est devenu par exemple Philip Slate, qu'il considère comme le grand échec de sa carrière ? Les retrouvailles avec Slate, devenu lui aussi psychothérapeute, se soldent par un marché Julius accepte de superviser la carrière de Philip, à la condition que ce dernier suive sa thérapie de groupe pendant six mois. Au coeur de ce voyage où chacun cherche un sens à la vie, Schopenhauer, penseur du détachement et précurseur de la psychanalyse, dont Irvin Yalom nous retrace la vie.
Venise, 1882. La belle et impétueuse Lou Salomé somme le Dr Breuer de rencontrer Friedrich Nietzsche. Encore inconnu du grand public, le philosophe traverse une crise profonde due à ses relations orageuses avec Lou Salomé et à l’échec de leur ménage à trois avec Paul Rée. Friedrich Nietzsche ou le désespoir d’un philosophe. Le Dr Breuer, l’un des fondateurs de la psychanalyse. Un pacte secret, orchestré par Lou Salomé, sous le regard du jeune Sigmund Freud. Tout est là pour une magistrale partie d’échecs entre un patient extraordinaire et son talentueux médecin. Mais qui est le maître ? Qui est l’élève ? Qui soigne qui ? Et c’est à une nouvelle naissance de la psychanalyse, intense, drôle et machiavélique, que nous convie Irvin Yalom. Ce n’est pas tous les jours qu'un livre de psychothérapie se lit comme un roman.
Rémi Soulié propose dans cet essai une réflexion critique sur le mythe du Progrès comme religion séculière de la modernité occidentale. Contre l'idéologie progressiste qui postule une marche irréversible de l'humanité vers le meilleur, l'auteur mobilise la philosophie, l'histoire et la littérature pour démonter les présupposés qui fondent cette croyance. Soulié identifie dans le mythe du progrès une forme d'opium philosophique : il anesthésie la conscience critique en promettant une téléologie rassurante, en rendant acceptable le présent au nom d'un avenir meilleur toujours différé. Comme l'opium religieux dénoncé par Marx, le progressisme fonctionne comme consolation et justification de l'ordre établi. L'essai retrace les origines de cette foi progressiste – Condorcet, Hegel, Comte – et analyse comment elle s'est imposée comme évidence indiscutable, rendant toute réserve suspecte de réaction ou d'obscurantisme. Soulié défend une position qui n'est ni nostalgique ni réactionnaire mais critique : il s'agit de penser le temps autrement que selon le schéma linéaire du progrès continu. L'auteur convoque les grandes voix dissidentes – Baudelaire, Péguy, Bernanos – qui ont résisté à cette métaphysique de l'avenir radieux pour défendre une vision plus complexe et plus tragique de la condition humaine.
Dans la Contre-Histoire de la philosophie, Michel Onfray veut explorer, en six volumes, un vaste pan de pensée qu’il estime écarté des récits académiques : une « philosophie oubliée » couvrant vingt-cinq siècles. Selon lui, cette occultation n’est pas accidentelle : elle découle d’un rapport de forces historique entre idéalistes et matérialistes. Avec l’avènement du christianisme, les idéalistes accèdent à une forme d’hégémonie intellectuelle pendant près de vingt siècles. Ils structurent alors le canon philosophique en favorisant les penseurs compatibles avec leur vision, et en effaçant les traditions concurrentes. Onfray propose donc de redonner vie à tout un « continent » de pensée non canonique : matérialistes, cyniques, cyrénaïques, épicuriens, libertins, courants hétérodoxes, « ultras » des Lumières, utilitaristes, socialistes hédonistes, nietzschéens de gauche, etc. Le point commun de ces traditions : une philosophie claire, incarnée, tournée vers une sagesse praticable, qui refuse la technicité hermétique et la « philosophie de spécialistes ». Onfray revendique une philosophie comme art de vivre, dans la continuité des Anciens. Enfin, ces volumes sont l’aboutissement de sept ans de séminaires menés à l’Université Populaire de Caen (créée en 2002), diffusés sur France Culture et largement édités.
J'ai subi un infarctus quand je n'avais pas encore trente ans, un AVC quelque temps plus tard, puis un deuxième en janvier 2018. Nietzsche a raison de dire que toute pensée est la confession d'un corps, son autobiographie. Que me dit le mien avec ce foudroiement qui porte avec lui un peu de ma mort ? La disparition de ma compagne cinq ans en amont de ce récent creusement dans mon cerveau, qui emporte avec lui un quart de mon champ visuel, transforme mon corps en un lieu de deuil. " Faire son deuil " est une expression stupide, car c'est le deuil qui nous fait. Comment le deuil nous fait-il ? En travaillant un corps pour lequel il s'agit de tenir ou de mourir. Un lustre de mélancolie ou de chagrin porte avec lui ses fleurs du mal. Ce texte est la description du deuil qui me constitue. Faute d'avoir réussi son coup, la mort devra attendre. Combien de temps ? Dieu seul (qui n'existe pas) sait... Pour l'heure, la vie gagne. Ce livre est un manifeste vitaliste. M. O.
Ce texte présente un volet consacré au “Grand Homme” dans le XIXe siècle, complémentaire des deux tomes précédents d’Onfray, L’eudémonisme social : philosophie des masses, Les radicalités existentielles : philosophie des individus. Ici, il s’agit du troisième axe : la construction du surhomme, c’est-à-dire l’aspiration du Grand Homme à une vie sublime. Le texte met en avant Jean-Marie Guyau (1854-1888), tuberculeux mais porté par une discipline stoïcienne, qui développe une philosophie vitaliste opposée à la morale kantienne. Il valorise l’action, le risque, la dépense, la générosité, au point d’apparaître comme un possible « Nietzsche français ». Mais cette pensée comporte aussi un versant ambigu : hygiénisme, racialisme, natalisme, présentés comme des thèmes pouvant annoncer certains aspects idéologiques du XXe siècle. Guyau défend enfin une forme d’immortalité panthéiste, fondée sur les traces laissées par un amour puissant. Le texte relie ensuite cette métaphysique à Nietzsche (1844-1900) et à sa figure du Surhomme : Nietzsche évoluerait de Schopenhauer et Wagner vers une période épicurienne, avant d’aboutir au surhomme (souvent caricaturé). Le Surhomme désigne ici l’individu qui accepte pleinement la volonté de puissance, la veut, puis l’aime, afin d’atteindre une jubilation supérieure – une technique de sagesse accessible à tous.
Socrate a raison: mieux vaut subir l'injustice que la commettre... Je n'ai donc pas répondu aux injures ayant accompagné la sortie de mon Crépuscule d'une idole, sous-titré L'affabulation freudienne, un livre acceuilli par la haine d'un petit milieu et l'emballement du public qui a transformé cet ouvrage en succès de librairie. On a fait de ce gros ouvrage à peine feuilleté un brûlot contre la psychanalyse. Or la psychanalyse freudienne n'est pas toute la psychanalyse, mais sa formule la plus universellement médiatisée... Cette Apostille se propose d'examiner les conditions d'une psychanalyse non freudienne avant Freud, pendant lui, après lui. Avec l'analyse psychologique de Pierre Janet, un philosophe doublé d'un psychologue clinicien pillé, insulté et sali par Freud; avec le freudo-marxisme de Wilhelm Reich persécuté par les freudiens et les marxistes; avec la psychologie concrète de Georges Politzer, philosophe communiste et résistant fusillé par les nazis; avec la psychanalyse existentielle de Sartre, retrouvons la voie du matérialisme psychique contre l'idéalisme de l'inconscient freudien; restaurons le réel concret contre le déni freudien de l'histoire; inscrivons la psychanalyse dans une logique progressiste contre le pessimisme freudien ontologiquement conservateur; réhabilitons le corps immanent contre la parapsychologie viennoise. Cet immense chantier exige un intellectuel collectif. ce livre pourrait en ètre le manifeste... M. O.
Quand les philosophes pensent, ils oublient, le plus souvent, de penser à leur corps et surtout à ce qu'ils y accumulent lorsqu'ils mangent. Pourtant, entre la pensée et la panse, il existe un réseau complexe d'affinités et d'aveux que la réflexion aurait tort de négliger : Diogène aurait-il été cet adversaire de la civilisation et de ses usages sans son goût pour le poulpe cru ? Le Rousseau du {Contrat social} aurait-il fait l'apologie de la frugalité si ses menus ordinaires ne s'étaient composés que de laitages ? Sartre lui-même, dont les cauchemars sont emplis de crabes, n'a-t-il pas, sa vie durant, payé - dans l'ordre de la théorie - son aversion pour les crustacés ? Dans cet essai résolument nietzschéen, Michel Onfray a donc choisi de redonner une dignité philosophique au cabillaud, au potage à l'orge, au vin, à l'andouillette, au café aromatisé ou à l'eau de Cologne qui sont - de Fourier à Marinetti, et de Kant aux existentialistes - les chemins improbables du gai savoir. Critique de la raison diététique ? Ebauche d'une "diététhique" ? Il s'agira d'abord, dans ce livre, de surprendre l'instant, et l'aliment, à partir duquel le corps rattrape l'esprit et lui dicte sa loi.
Dans ce volume consacré au siècle des Lumières, Michel Onfray applique sa démarche de contre-histoire : il oppose aux Lumières « officielles » (Voltaire, Rousseau) un courant beaucoup plus radical, largement négligé par l’enseignement et l’historiographie. Il met en avant une pensée hédoniste, matérialiste, athée et révolutionnaire, mais dont il conteste l’interprétation marxiste classique : selon lui, ce radicalisme ne mène pas principalement au marxisme, mais à une sensibilité distincte qu’il appelle « utilitarisme français ». Exportée ensuite en Angleterre, cette orientation devient une matrice de la philosophie anglo-saxonne, en rupture avec la tradition continentale et notamment avec Kant. Onfray valorise ainsi des figures comme Meslier, La Mettrie, Maupertuis, Helvétius, d’Holbach. En parallèle, il déconstruit le statut de Sade, qu’il refuse de voir comme un libérateur : il le présente plutôt comme un penseur féodal, contre-révolutionnaire, et même précurseur du fascisme.
Ce Tome 6 de la Contre-Histoire de la philosophie appelle à résister à la massification moderne en construisant une subjectivité forte et une vie réellement philosophique. Onfray y met en avant trois penseurs qui ouvrent des formes d’existence radicales : Henry David Thoreau : la nature comme école de liberté contre la technique, la consommation et la modernité ; éloge de Walden, de la marche, de la solitude, de la simplicité, de l’autosubsistance et d’une rébellion libertaire. Arthur Schopenhauer : malgré un pessimisme théorique, il propose un art de vivre proche de l’épicurisme (notamment dans L’Art du bonheur), révélant un hédonisme pratique. Max Stirner : avec L’Unique et sa propriété, il fonde une affirmation post-chrétienne de l’individu et de sa puissance, annonçant certains aspects de Nietzsche. Le message central : la philosophie ne doit pas produire des professeurs, mais permettre de vivre philosophiquement, en transformant sa manière d’être au monde.
Parmi les cinq sens, l'olfaction et le goût sont les plus décriés, car ils rappellent avec trop d'insistance que l'homme n'est pas seulement un être qui pense, mais qu'il est aussi un animal qui renifle, sent et goûte. D'où le discrédit jeté sur ces deux sens et ce qu'ils permettent : la gastronomie, l'art de manger et de boire. Or, on peut entendre la gastronomie comme une discipline qui voit le jour après la Révolution française, avec l'effondrement de l'Ancien Régime ; une philosophie du goût n'est pas pensable dans les catégories classiques de la pensée occidentale. Seule une perspective hédoniste permet d'aborder ce sujet d'une manière spécifiquement philosophique. La Raison gourmande se propose de répondre positivement à la question de Nietzsche : y a-t-il une philosophie du goût ? L'ouvrage est composé sur le mode contrapuntique : un chapitre solide, un chapitre liquide. Dom Perignon, Grimod de la Reynière, Brillat-Savarin, Carême deviennent ainsi - avec Leibniz, Descartes et Condillac - les héros de ce livre savant et drôle. Chaque fois, l'auteur s'interroge : quelle est la métaphysique promise par un ragoût ou une cuisson ? Et, inversement : de quelle technique gastronomique s'autorisent les grands systèmes philosophiques ?
Michel Onfray reste fidèle à la morale "hédoniste" dont il avait déjà esquissé les principes. En effet, pour ce jeune philosophe, l'Occident est fondé sur des valeurs et des vertus caduques. Il leur oppose, avec une grande allégresse de pensée et de style d'autres valeurs tournées vers le plaisir, la jouissance. Il voudrait donc ressusciter la "virtù" de la Renaissance contre les "vertus" judéo-chrétiennes. Il a imaginé ce livre qui est une promenade autour de la Méditerranée, principalement en Italie, à la recherche de tous les vestiges de cette virtù. Il rencontre ainsi la statue équestre d'un condottiere qui lui semble résumer ce dont sa pensée conserve la nostalgie : courage, théâtre, sens du jeu et de l'audace, passion de l'amitié, de la beauté et de la politesse, qualités qui toutes pourraient permettre à l'individu moderne de se "sculpter".
Un siècle après la mort de Nietzsche, notre époque n’a toujours pas examiné en quoi sa philosophie était porteuse d’immenses révolutions. Entre lui et nous, en effet, s’intercalent plusieurs types de parasites : une sœur qui dénatura son héritage, deux guerres et des idéologies qui brandirent son nom pour servir des causes qu’il aurait, à coup sûr, récusées, et, plus gravement, une impressionnante série de lectures de mauvaise foi et d’interprètes mal intentionnés... Tout ceci contribue à produire de Nietzsche une image fausse, floue, dangereuse – qu’il était urgent, à tous égards, de rectifier. C’est à cette tâche que s’emploie Michel Onfray dans ce texte inédit, qui date de 1988. Pour l’auteur hédoniste du Traité d’athéologie – qui a toujours revendiqué ce que sa réflexion devait au Gai savoir –, il s’agit là d’un formidable exposé du nietzschéisme originel et d’une émouvante « reconnaissance de dette » à l’endroit d’un philosophe majeur. D’où cette « introduction à Nietzsche » dont le ton se veut, à la fois, pédagogique et empreint de gratitude.
La plupart du temps, quand un peintre choisit de traiter un sujet philosophique, il peint un texte. Un texte ou une phrase de ce texte, un moment de ce texte, voire un mot. Comme il est difficile de peindre une idée, il lui faut peindre un clin d'oeil qui dira cette idée à laquelle se résume la totalité de la pensée du philosophe : ce clin d'oeil est un détail, or le diable est dans les détails. Ce qu'il faut voir dans une peinture que je dirai philosophique, c'est le détail qui résume cette philosophie. Pour Anaxagore, c'est une lampe à huile, des légumes pour Pythagore, une cruche pour Socrate et Xanthippe, des larmes pour Héraclite, un rire pour Démocrite, une coupe pour Socrate, une lanterne pour Diogène, une caverne pour Platon, un crocodile pour Aristote, une lancette pour Sénèque, un pain pour Marc-Aurèle, une coquille pour Augustin, ceci pour rester dans les limites de la philosophie antique. De Pythagore à Derrida, via Descartes et Kant, Montaigne et Rousseau, Voltaire et Nietzsche parmi d'autres, en trente-quatre toiles, donc en trente-quatre philosophes, Michel Onfray propose une histoire de la philosophie par la peinture !
« L'histoire de l'âme est l'histoire de l'idée que l'homme se fait de lui-même face à la mort. Des premiers hommes qui découvrent les cycles de la nature aux derniers que nous sommes qui envisagent le posthumain en dehors de la vie sur terre, en passant par les hommes des pyramides, de l'agora, du forum, de l'église, avant d'en arriver à celui du supermarché planétaire, c'est cette odyssée que je me propose de raconter. De l'âme immatérielle à l'âme numérique, tout converge vers la possibilité d'un posthumain inaugural de l'inhumain. Cet avenir est déjà notre présent. » Michel Onfray Véritable enquête philosophique construite comme un roman policier, Anima est le premier volume d'une réflexion consacrée à l'homme et au posthumain. Il sera suivi de Barbarie, qui examinera la nature de cet avenir qui se dessine. Michel Onfray est traduit dans vingt-cinq pays et auteur de plus d'une centaine de livres. Il anime une webtv (michelonfray.com) et a récemment cofondé avec Stéphane Simon la revue Front populaire.
À un moment où l’irrationalisme, le relativisme et l’historicisme radical sont devenus obligatoires pour qui veut être un philosophe de notre époque, il est réellement étonnant que le nom de Spengler n’apparaisse pour ainsi dire jamais. Il est vrai que son cas révèle de façon un peu trop voyante l’existence d’un nietzschéisme de droite (pour ne pas dire plus) : un phénomène dont les interprètes français les plus réputés n’aiment généralement pas beaucoup se souvenir. Le Nietzsche de Spengler fait partie des possibilités et des suites que l’on préfère ignorer hypocritement. De façon générale, l’intermède du IIIe Reich a rejeté dans l’oubli un certain nombre d’antécédents hautement significatifs de l’irrationalisme de la philosophie française contemporaine. On peut se demander si ce n’est pas à ce fait qu’elle doit essentiellement sa réputation d’innocence et de progressisme. Il y a des ancêtres qu’on préfère, autant que possible, ne pas connaître. Mais le mieux est encore de ne pas les avoir. Depuis les années 1960, Jacques Bouveresse n’a cessé de confronter nos modes philosophiques successives aux idées d’auteurs « peu fréquentés » ou « mal famés » : Gottfried Benn, le poète expressionniste ; Oswald Spengler, le penseur du Déclin de l’Occident ; Karl Kraus, le satiriste ; mais aussi les philosophes de la tradition autrichienne, notamment ceux du Cercle de Vienne ; et bien sûr Robert Musil. Il n’y a pas seulement trouvé des armes dans son combat contre les fausses valeurs du monde intellectuel. Il pose en les lisant une question cruciale pour tout rationaliste : quelle part de vérité peut-on reconnaître à l’irrationalisme ou au nietzschéisme sans risquer de perdre l’essentiel ? Professeur au Collège de France, Jacques Bouveresse a publié de nombreux ouvrages de philosophie du langage et de la connaissance mais aussi sur des écrivains comme Robert Musil et Karl Kraus. Il est aussi l’un des principaux commentateurs français de Ludwig Wittgenstein.
Emmanuel Mounier, fondateur du personnalisme et de la revue Esprit, aborde dans cet essai la triple dialectique existentielle qui structure selon lui la condition humaine authentique : l'aventure comme ouverture au possible et à la transcendance, l'ennui comme tentation du repli sur soi et du conformisme, le sérieux comme engagement responsable dans le monde. Contre le divertissement pascalien qui fuit la question du sens, Mounier défend une philosophie de l'engagement personnel qui ne sacrifie pas la profondeur intérieure à l'agitation superficielle. L'aventure véritable n'est pas l'escapisme romantique mais l'engagement total d'une personne dans une cause qui la dépasse. L'ennui, loin d'être un simple état affectif négatif, révèle la vacuité d'une existence qui n'a pas trouvé son orientation essentielle. Le sérieux enfin – non la gravité pédante mais l'engagement responsable – caractérise l'existence personnelle qui a choisi de se donner à une vocation. Mounier développe ces thèmes dans un dialogue constant avec les existentialistes de son époque, qu'il admire mais dont il critique l'individualisme athée. Sa vision personnaliste cherche à intégrer la dimension communautaire et spirituelle que l'existentialisme sartrien tend à négliger. Cet essai reste une introduction accessible et stimulante à la pensée personnaliste.
L’humanité entretient depuis longtemps une fascination pour le sacrifice sanglant. En réalité, il n’a nullement été rare qu’un enfant vienne au monde pour n’être ensuite patiemment et affectueusement élevé par des fanatiques religieux, convaincus que la meilleure manière de maintenir le soleil sur sa trajectoire ou d’assurer une récolte abondante consiste à le conduire, d’une main tendre, dans un champ ou au sommet d’une montagne, puis à l’enterrer, l’égorger ou le brûler vif en offrande à un Dieu invisible. L’idée selon laquelle Jésus-Christ est mort pour nos péchés et que sa mort constitue une expiation réussie destinée à apaiser un Dieu « aimant » est un héritage direct et sans fard des saignées superstitieuses qui ont tourmenté des peuples désorientés tout au long de l’histoire.
Thibaut Gress, agrégé de philosophie et auteur de nombreux ouvrages pédagogiques, propose avec ce guide une navigation intelligente à travers l'immense continent de la pensée philosophique occidentale. De Héraclite aux penseurs contemporains, l'ouvrage traverse vingt-cinq siècles d'histoire des idées en soixante fiches thématiques et biographiques soigneusement construites. Chaque fiche restitue l'œuvre dans son contexte intellectuel et historique, expose les thèses fondamentales de l'auteur, identifie ses interlocuteurs implicites et évalue son importance dans la tradition philosophique. L'approche de Gress refuse l'encyclopédisme superficiel : il ne s'agit pas de couvrir exhaustivement l'ensemble de la philosophie, mais de choisir soixante œuvres véritablement charnières dont la lecture permet d'accéder aux problèmes philosophiques essentiels. Des présocratiques et leur interrogation sur l'archè aux existentialismes du XXe siècle, en passant par le rationalisme cartésien, les morales des Lumières et la critique kantienne, chaque étape révèle comment la philosophie répond à des interrogations fondamentales sur l'être, la connaissance, le bien et la politique. Conçu autant pour l'étudiant qui débute que pour le lecteur cultivé souhaitant combler des lacunes, cet ouvrage constitue une invitation à la lecture directe des textes. Gress ne cherche pas à substituer son guide aux œuvres elles-mêmes mais à en faciliter l'accès, rappelant que la philosophie s'apprend en pratiquant la pensée avec ses grands auteurs.
L'homme se tient sur une brèche, dans l'intervalle entre le passé révolu et l'avenir infigurable. Il ne peut s'y tenir que dans la mesure où il pense, brisant ainsi, par sa résistance aux forces du passé infini et du futur infini, le flux du temps indifférent. Chaque génération nouvelle, chaque homme nouveau doit redécouvrir laborieusement l'activité de pensée. Longtemps, pour ce faire, on put recourir à la tradition. Or nous vivons, à l'âge moderne, l'usure de la tradition, la crise de la culture. Il ne s'agit pas de renouer le fil rompu de la tradition, ni d'inventer quelque succédané ultra-moderne, mais de savoir s'exercer à penser pour se mouvoir dans la brèche. Hannah Arendt, à travers ces essais d'interprétation critique - notamment de la tradition et des concepts modernes d'histoire, d'autorité et de liberté, des rapports entre vérité et politique, de la crise de l'éducation entend nous aider à savoir comment penser en notre siècle.