Philosophe
René Girard
René Girard était un philosophe français, connu pour ses théories sur le désir mimétique et le bouc émissaire. Son travail a influencé la littérature, la théologie et la psychologie.
Biographie
René Girard (1923-2015) est un anthropologue, philosophe et critique littéraire français dont l’œuvre centrale est la théorie mimétique. Elle propose une anthropologie fondamentale de la violence, du désir et du sacré.
Après un diplôme d'histoire médiévale à Paris en 1947, il part aux États-Unis où il obtient un doctorat d’histoire à l’Indiana University et commence une carrière universitaire américaine, principalement dans des départements de littérature française. Il enseigne dans plusieurs universités dont la Johns Hopkins University où sa pensée prend vraiment forme dans les années 1950-60 puis à la Stanford University (à partir de 1981). Il prend sa retraite en 1995, mais reste très actif intellectuellement. En 2005, il est élu à l’Académie française (fauteuil 37).
Dans les années 1950, alors qu’il développe sa théorie du désir mimétique à partir de la littérature (Cervantès, Stendhal, Dostoïevski, Proust, Shakespeare…), il connaît une conversion personnelle qui le ramène au catholicisme. Cette expérience spirituelle marquera profondément la suite de son œuvre.
Les concepts principaux
1. Le désir mimétique
Le désir humain n’est pas autonome. On désire un objet non pour lui-même, mais parce qu’un autre (le modèle) le désire déjà. Le désir est donc imité.
2. La rivalité mimétique
Quand deux personnes désirent le même objet via le même modèle, le modèle devient rapidement un rival. L’imitation produit alors la concurrence, l’envie, la haine. Plus l’objet est désiré, plus les rivaux se ressemblent (indifférenciation).
3. La crise mimétique
Lorsque la rivalité se généralise dans un groupe, les différences s’effacent. La société bascule dans le chaos : tout le monde imite la violence de tout le monde. C’est la « crise sacrificielle » ou crise d’indifférenciation.
4. Le mécanisme du bouc émissaire
Pour sortir de la crise, le groupe se polarise spontanément contre une victime unique (souvent marginale, différente, ou simplement désignée). Cette victime est accusée de tous les maux, lynchée ou expulsée. Sa mort rétablit l’ordre : la violence unanime produit une paix soudaine. La victime apparaît alors comme à la fois coupable et sacrée (double transfiguration).
5. Le sacré et les institutions
Toutes les institutions archaïques (rites, mythes, interdits, royauté sacrée, systèmes judiciaires primitifs) naissent de ce mécanisme. Le sacré est la violence collective transfigurée et méconnue. Les mythes racontent l’événement en le justifiant du point de vue des persécuteurs.
6. La révélation judéo-chrétienne
Pour Girard, la Bible (surtout les Évangiles) est unique : elle raconte le même mécanisme, mais du point de vue de la victime innocente. Elle dévoile la nature injuste du sacrifice et désacralise la violence. Jésus est le bouc émissaire parfait qui refuse la logique mimétique et expose le mécanisme. Le christianisme est donc, selon lui, la seule tradition qui « démystifie » le sacré violent.
En résumé
Girard voit l’histoire humaine comme une longue série de crises mimétiques résolues par le sacrifice, jusqu’à ce que la révélation chrétienne rende ce mécanisme de plus en plus inopérant. La modernité (démocratie, droits de l’homme, abolition des sacrifices) est le fruit de cette révélation, mais elle laisse aussi l’humanité face à une violence pure, sans filet sacrificiel.
Ses ouvrages majeurs :
- Mensonge romantique et vérité romanesque (1961)
- La Violence et le Sacré (1972)
- Des choses cachées depuis la fondation du monde (1978)
- Le Bouc émissaire (1982)
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