Pierre-Joseph Proudhon, fondateur du mutuellisme et premier penseur à se revendiquer ouvertement anarchiste, élabore dans cet ouvrage sa théorie de la propriété comme instrument central de l'exploitation sociale. Prolongeant son célèbre « La propriété, c'est le vol », Proudhon propose ici une analyse plus systématique des fondements juridiques, économiques et moraux de la propriété privée pour en démontrer l'illégitimité foncière. Sa critique ne vise pas toute forme de possession – il distingue la propriété des moyens de production de la possession d'usage – mais l'accumulation capitaliste qui permet à certains de vivre du travail d'autrui sans contribuer eux-mêmes à la production. La théorie mutuelliste de Proudhon imagine une société d'associations libres de travailleurs où l'échange se ferait à valeur égale, sans profit et sans État. Cette vision anticipe certaines formes modernes d'économie sociale et solidaire. L'influence de Proudhon sur le mouvement ouvrier du XIXe siècle a été considérable, même si Marx et lui se sont violemment opposés sur les moyens de la transformation sociale. Cet ouvrage demeure une pièce maîtresse de la pensée socialiste libertaire, représentant une alternative au collectivisme d'État et au capitalisme libéral, centrée sur l'autonomie et la réciprocité.