A Droite

Ouvrage

Les racines du mal

Ce roman ouvre sur la cavale paranoïaque d’Andreas Schaltzmann, tueur convaincu que nazis et aliens ont envahi la France, puis bascule quand le cogniticien Arthur Darquandier (« Dark ») et sa neuromatrice — une IA qui simule les psychés — montrent que tous les crimes ne sont pas les siens. Derrière le bouc émissaire apparaît une famille de serial killers, les Granada, qui traitent le meurtre comme un jeu mystique jusqu’à la nuit du 31 décembre 1999. Polar d’anticipation et traité sur le mal : la technologie traque l’horreur, mais les racines restent.

Auteur

Maurice Dantec
Maurice Dantec
Écrivain
1959-2016•Français

Maurice G. Dantec (1959-2016) est un romancier de langue française, connu pour ses récits mêlant polar, science-fiction et anticipation. Les Racines du mal et Babylon Babies figurent parmi ses livres les plus connus.

Contenu

Un polar d’anticipation qui mêle cavale psychotique, enquête assistée par IA et métaphysique du mal. Il a reçu le Grand Prix de l’Imaginaire et le Prix Rosny-Aîné. Le récit s’étale de 1993 au 31 décembre 1999.

Première partie — Le dernier homme

Andreas Schaltzmann, Franco-Allemand de Vitry-sur-Seine, est un paranoïaque convaincu que les nazis et les habitants de la planète Vega (« alienazis ») ont colonisé son quartier et l’État. Les organes lui « changent de place », le Christ lui ordonne de se nourrir de sang. Il vide ses comptes, charge ses revolvers et part en cavale meurtrière à travers la France : une dizaine de morts, surnoms de presse (Vampire de Vitry, Ange de Napalm, Éventreur des quais). Dantec s’inspire notamment de Richard Chase. Schaltzmann est arrêté dans la Manche. En prison, on lui colle aussi des crimes qui ne sont pas les siens. Il tentera plus tard le suicide, s’évadera en 1999 et mourra immolé à Utah Beach — bouc émissaire plus que maître du jeu.

L’enquête et la neuromatrice

Le narrateur devient Arthur Darquandier, dit Dark, cogniticien. Avec un trio de spécialistes (dont le psychiatre Stefan Gombrowicz et l’hypnothérapeute Svetlana Terekhovna), il développe la neuromatrice (surnommée aussi Doctor Schizzo) : IA capable de pirater les réseaux, de reconstituer un profil psychique à partir de fragments et de simuler l’esprit de Schaltzmann. La machine montre que deux signatures criminelles distinctes coexistent : Schaltzmann n’explique pas toute la série. La justice s’en moque : un coupable sous les verrous suffit.

Le réseau Granada

Après un saut de plusieurs années (Dark se familiarise avec les technologies de fin de siècle), l’enquête reprend vers 1999. Derrière les crimes « en trop » apparaît une famille de tueurs : Guillaume Granada et sa sœur Irène, éventuellement un troisième. Ce n’est plus la folie isolée, c’est un jeu sadique organisé, une mystique du « matériel humain », snuff films de luxe, meurtres transfrontaliers. Dantec accumule des scènes extrêmes : cimetière sous-marin de cadavres dans des fûts au fond d’un lac alpin, massacre d’une famille dans un chalet, enfant tuée sur la Riviera. La neuromatrice propose des portraits dont Guillaume Granada — et, en clin d’œil, Georges Kernal, futur héros de Villa Vortex.

Fin et thèse

La traque aboutit la nuit du 31 décembre 1999. Dark, aidé d’une machine contaminée par la psychose de Schaltzmann, sème la zizanie dans le réseau et le pousse à s’autodétruire. La chasse réussit ; les racines restent. Le mal, chez Dantec, n’est pas seulement individuel : il est historique (ombre nazie), technologique (réseaux, simulation des inconscients) et métaphysique. L’Europe de fin de millénaire fabrique à la fois le paranoïaque-christ et la famille qui tue comme on programme un jeu. Polar + cyberpunk + traité sur le mal : roman touffu, d’une violence volontairement insoutenable, souvent tenu pour le sommet de Dantec avant ses textes plus hermétiques.