Thomas Sowell dissèque dans cet essai les sophismes constitutifs du discours contemporain sur la justice sociale. Son argument central s'énonce simplement mais destructeur : présumer que l'absence d'égalité des résultats entre groupes humains découle nécessairement de discriminations systématiques constitue une grave illusion logique. En réalité, la diversité des destins collectifs reflète l'héritage historique, la géographie, les dotations économiques et les capitaux culturels accumulés différemment. Sowell démonte également le sophisme égalitariste selon lequel la prospérité d'une classe résulterait mécaniquement de l'exploitation des pauvres : cette hypothèse marxiste ignore comment la richesse se crée plutôt qu'elle ne se redistribue. Sur le terrain racial américain, l'auteur conteste vigoureusement les politiques de discrimination positive universitaire : admettre des étudiants noirs insuffisamment préparés dans les universités d'élite ne les sauve pas, il les expose à l'échec académique en les plaçant parmi des pairs incomparables. Sowell soulève enfin l'objection épistémologique : même si l'égalité des résultats s'avérait désirable, l'État dispose-t-il véritablement de la connaissance et du pouvoir pour l'imposer sans dévaster d'autres biens précieux, liberté et prospérité comprise ? Ouvrage critique du progressisme, Sowell défend une économie de marché entendue comme meilleure approximation du bien commun.