A Droite

Philosophe

Leo Strauss

Philosophe politique germano-américain d’origine juive, naît à Kirchhain en Allemagne, se forme à Hambourg et Freiburg (influencé par Cassirer, Husserl et Heidegger), s’intéresse au sionisme puis à Spinoza et Maïmonide, fuit le nazisme pour Paris, l’Angleterre puis les États-Unis en 1937-1938, enseigne à la New School puis surtout à l’Université de Chicago (1949-1969), et meurt à Annapolis. Il est célèbre pour sa redécouverte de la philosophie politique classique, sa thèse sur l’écriture ésotérique des philosophes et sa critique radicale de la modernité (historisme, relativisme), développée dans des ouvrages majeurs comme Natural Right and History et Persecution and the Art of Writing.

1899–1973

Biographie

Leo Strauss (20 septembre 1899 – 18 octobre 1973) est un philosophe politique et historien de la philosophie germano-américain, figure majeure de la philosophie politique du XXe siècle. Il est surtout connu pour sa redécouverte de la philosophie politique classique (Platon, Aristote, Xénophon), sa thèse sur l’écriture ésotérique des philosophes, sa critique de la modernité (historisme, relativisme, positivisme) et sa réflexion sur le « problème théologico-politique » (tension entre raison et révélation, Athènes et Jérusalem).

Jeunesse et formation en Allemagne

Né à Kirchhain (Hesse), dans une famille juive observante (mais peu savante en matière religieuse), Strauss est le fils d’Hugo Strauss, commerçant en équipements agricoles. Il fréquente le Gymnasium Philippinum de Marburg, où il côtoie des disciples du néo-kantien Hermann Cohen. À 17 ans, il devient sioniste politique (influence de Jabotinsky), engagement qu’il abandonne progressivement vers 30 ans.

Il sert dans l’armée allemande pendant la Première Guerre mondiale (1917-1918). En 1921, il soutient à l’Université de Hambourg une thèse sur « Le problème de la connaissance dans la doctrine philosophique de F. H. Jacobi », sous la direction d’Ernst Cassirer. En 1922, il suit à Freiburg les cours d’Edmund Husserl et de son assistant Martin Heidegger, qui le marquent profondément. Il se lie d’amitié avec Jacob Klein, Karl Löwith, Hans-Georg Gadamer, Gerhard Krüger, Gershom Scholem, Alexandre Kojève et d’autres. Il est également en contact avec Franz Rosenzweig (à qui il dédie son premier livre).

À partir de 1925, il travaille à l’Akademie für die Wissenschaft des Judentums à Berlin. Son premier grand ouvrage, Die Religionskritik Spinozas (1930 ; traduit en anglais Spinoza’s Critique of Religion, 1965), analyse la critique de la religion par Spinoza.

Exil et années européennes

Avec l’arrivée du nazisme, Strauss quitte l’Allemagne. Grâce à une bourse Rockefeller, il séjourne à Paris en 1932 (où il épouse la veuve Mirjam Bernsohn, dont il adopte le fils) puis en Angleterre (Cambridge). Il publie Philosophie und Gesetz (*Philosophy and Law*, 1935) sur Maïmonide et The Political Philosophy of Hobbes (1936).

Carrière aux États-Unis

En 1937-1938, il s’installe définitivement aux États-Unis. Il enseigne à la New School for Social Research de New York (1938-1948/1949), période très productive. Il rejoint ensuite l’Université de Chicago (1949-1969), où il devient Robert Maynard Hutchins Distinguished Service Professor. Ses séminaires y forment une génération d’étudiants (les « straussiens »). Il passe ensuite brièvement à Claremont Men’s College, puis à St. John’s College (Annapolis) comme Scott Buchanan Distinguished Scholar in Residence jusqu’à sa mort.

Il adopte également la fille de sa sœur Bettina et de Paul Kraus (décédés en Égypte). Strauss meurt de pneumonie le 18 octobre 1973 à Annapolis.

Œuvres majeures et apports intellectuels

Parmi ses livres les plus influents :

  • On Tyranny (1948) – lecture de Xénophon ;

  • Persecution and the Art of Writing (1952) – thèse centrale sur l’écriture ésotérique (les philosophes écrivent à double niveau pour se protéger et former une élite) ;

  • Natural Right and History (1953) – critique de l’historisme et du relativisme moderne, retour au droit naturel classique ;

  • Thoughts on Machiavelli (1958) ;

  • What Is Political Philosophy? (1959) ;

  • The City and Man (1964).

Strauss défend que la modernité (à partir de Machiavel et Hobbes) a rompu avec la compréhension classique de la vie bonne et de la politique, menant au nihilisme. Il appelle à un retour patient et rigoureux aux textes anciens et médiévaux (y compris juifs et islamiques : Maïmonide, Al-Fârâbî) pour retrouver les questions fondamentales. Son influence s’étend à la théorie politique américaine, à l’interprétation des classiques et à des débats sur le libéralisme, le conservatisme et le rapport entre philosophie et politique.

Sa pensée reste controversée : admirée pour sa profondeur et sa rigueur textuelle, parfois critiquée pour un certain élitisme ou pour les usages politiques qu’en ont faits certains de ses disciples.

A influencé

Pierre Manent
Pierre Manent

Philosophe

Philosophe et politologue français, spécialiste de la pensée politique moderne,
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