A Droite

Écrivain

Geoffroy de Lagasnerie

Philosophe et sociologue français d'extreme gauche, professeur à l’École nationale supérieure d’arts de Paris-Cergy. Sa pensée s’inscrit dans la théorie critique contemporaine, à la croisée de la philosophie politique, de la sociologie du pouvoir et de l’épistémologie. Influencé notamment par Michel Foucault, Pierre Bourdieu et certains courants abolitionnistes, il développe une approche résolument réaliste et radicale des institutions, de l’État et des formes de vie.

1981–1 ouvrage
Sociologue

Biographie

Une critique radicale de la démocratie et de la théorie politique classique

Dans La Conscience politique (2019), Lagasnerie s’attaque aux catégories traditionnelles de la philosophie politique (peuple, volonté générale, souveraineté, contrat social, démocratie délibérative). Il les considère comme des fictions mythologiques qui masquent la réalité de la violence étatique.

Il propose une théorie « réductionniste » : l’État n’est pas un pacificateur légitime, mais un ensemble de forces armées (police, justice, administration) qui exercent une violence concrète. Voter, selon lui, revient à utiliser l’appareil d’État pour imposer sa volonté à d’autres. Les distinctions classiques (force légitime / violence illégitime, État de droit / exception, démocratie / colonie) s’effondrent dès que l’on regarde le fonctionnement réel des institutions. Il s’appuie notamment sur l’expérience des Black Panthers pour penser le rapport colonial entre certains groupes et la loi.

Cette perspective conduit à un rejet de la non-violence comme posture qui laisserait le monopole de la violence à l’État, et à un appel à inventer un nouveau langage politique capable de saisir la vérité de notre condition.

Critique du système pénal et abolitionnisme

Dans Juger (2016) et plus radicalement dans Par-delà le principe de répression (2025), Lagasnerie mène une critique systématique de la logique punitive. Le tribunal n’est pas un lieu de vérité ou de réparation, mais un dispositif de violence qui individualise les problèmes sociaux et produit de la responsabilité fictive.

Il défend un abolitionnisme pénal : remettre en cause non seulement les prisons, mais les catégories mêmes de crime, de peine et de répression. La punition n’est ni efficace ni juste ; elle amplifie souvent la violence. Il explore des alternatives fondées sur le soin, la réparation, l’analyse sociologique des situations et des dispositifs non punitifs. Cette critique s’étend à la police et aux violences d’État, notamment à travers son engagement aux côtés d’Assa Traoré dans le Comité Adama (*Le Combat Adama*, 2019).

Formes de vie, amitié et politiques de l’existence

Lagasnerie accorde une place centrale aux modes d’existence comme sites de subversion. Dans 3. Une aspiration au dehors (2023) et dans ses interventions sur l’amitié, il valorise l’amitié intense et choisie (modèle de sa relation avec Didier Eribon et Édouard Louis) comme pratique politique contre les normes familialistes, conjugales et institutionnelles. Centrer sa vie sur l’amitié plutôt que sur la famille ou le couple apparaît comme un acte de rupture avec les temporalités et les obligations imposées par l’ordre social.

Il s’intéresse également à l’art, à la culture, à la sexualité et aux intellectuels, en refusant la neutralité académique et en appelant à une pensée engagée, capable de transformer les affects et les perceptions.

Engagement et style intellectuel

Lagasnerie refuse la figure de l’intellectuel distant. Il a coécrit un manifeste pour une « contre-offensive intellectuelle et politique » (avec Édouard Louis), soutient les lanceurs d’alerte (L’Art de la révolte, 2015, sur Snowden, Assange et Manning) et critique les formes d’impuissance politique de la gauche (Sortir de notre impuissance politique, 2020). Sa démarche mêle analyse théorique, sociologie et intervention militante, avec une volonté de déstabiliser les évidences (démocratiques, pénales, morales) et d’ouvrir des horizons utopiques concrets.

En résumé, sa pensée vise à détruire les illusions légitimistes de la démocratie et de la justice pour reconstruire une conscience politique réaliste, attentive à la violence des institutions et capable d’inventer d’autres formes de vie et d’action collective. Elle se situe clairement à gauche, dans un registre radical et anti-institutionnel.

Ouvrages