André Comte-Sponville, l'un des philosophes français les plus lus de sa génération, poursuit dans cet essai sa méditation sur les conditions du bonheur humain en prenant au sérieux la figure du désespoir, non comme contraire de la joie mais comme son point de départ nécessaire. Le titre, qui joue sur l'écho nietzschéen du « gai savoir », énonce le paradoxe central de la sagesse matérialiste : c'est en acceptant lucidement les limites de l'existence – la mort, la perte, l'absence de sens transcendant – que devient possible une joie authentique et non illusoire. Comte-Sponville hérite ici de Spinoza, pour qui la liberté consiste à connaître sa propre nécessité plutôt qu'à s'en lamenter, et d'Épictète, pour qui la sagesse réside dans la distinction entre ce qui dépend de nous et ce qui n'en dépend pas. Cette philosophie de l'immanence refuse autant le nihilisme déclaratoire que le spiritualisme consolateur : il ne s'agit ni de désespérer du monde ni d'espérer une transcendance fictive, mais d'habiter pleinement le réel dans son impermanence radicale. L'essai se déploie avec la clarté pédagogique caractéristique de l'écriture de Comte-Sponville, accessible sans être superficielle. Il propose une sagesse pratique ancrée dans la tradition matérialiste française, de Montaigne à Camus, contre les illusions religieuses et les ressentiments du nihilisme contemporain.